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Tuesday, Jul 16

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ADECO - Terimbere



Au Burundi, l’entreprenariat devient de plus en plus une réalité. Appuyés par les partenaires du gouvernement, différents entrepreneurs réunis dans des coopératives, se lancent dans des activités qui leur permettent d’améliorer les revenus dans leurs ménages et de participer dans le développement local. C’est le cas de la coopérative ADECA-TERIMBERE de la commune Mwumba, province de Ngozi. Interview avec le président de la coopérative, Jean-Pierre NIMBONA. La rédaction d’IPM l’a rencontré lors de son exposé sur la pisculture intégrée qu’il a faite dans le cadre de la 10eme Foire Agricole et Forum Paysan, édition 2019 qui se tient à Ngozi (nord du Burundi), du 3 au 5 juillet.

Comment est née la coopérative ADECA-Terimbere ?

La naissance de notre coopérative date de 2004. D’abord, les membres de la coopérative ont un profil professionnel différent. Parmi eux, se trouvent des pisculteurs, des agriculteurs et des gens qui font d’autres petits métiers. En 2004, un des membres de la coopérative, du nom de Nduwayo Issa, qui est l’initiateur de l’ADECA avait commencé une petite pisculture dans ses propres champs. Il avait creusé les puits pour pisculture, y déversait de l’eau qu’il puisait à 200 m. En 2013, lors d’une émission radiophonique que le Président Nkurunziza animait à l’endroit de la population, il a téléphoné, parlé au Président et lui a présenté son projet. Il avait exprimé au Président son souci d’élargir ses activités. Par un soutien qu’il a reçu après, Il a dû créer, en 2014, avec d’autres personnes, la coopérative ADECA TERIMBERE qui s’investit pour une pisculture intégrée. Elle compte actuellement 353 membres dont 266 femmes, 87 hommes et 90 jeunes. L’objectif de la coopérative ADECA est de promouvoir une bonne santé communautaire et d’améliorer les revenus dans les ménages. 

Comment pratiquez-vous cette pisculture intégrée ?

La coopérative ADECA TERIMBERE travaille à la colline VYERWA, commune MWUMBA, province Ngozi. Ça fait deux ans que nous avons commencé à mettre en place une véritable activité de la pisculture intégrée. Pour y arriver, nous avons déjà creusé 10 puits qui vont servir dans cette activité. Nous sommes en train de mettre en place des poulaillers pour l’élevage des poules afin que leurs déchets servent de nourriture au poisson en étang d’eau. Chaque étang d’eau a une longueur de 50 m sur une largeur de 40 m. Nous allons pratiquer cette pisculture intégrée avec 3 sortes de poissons : les tilapias, les clarias et les carpes communes. Dans chaque étang d’eau, nous allons y mettre 10.000 petits poissons qui vont se multiplier pendant une période qui va de 6 à 8 mois. Après cette période, le petit poisson qui a grandi va avoir un poids qui varie de 2 à 3 kg.

La pisculture, est-elle rentable ?

Théoriquement, je peux bel et bien affirmer qu’elle est très lucrative. Par nos calculs déjà faits, 1 kg de poisson va coûter 5.000 fr bu. Alors, souvenez-vous qu’au départ, nous allons mettre 10.000 kg de poissons dont la récolte se fera après 8 mois. Le calcul sont alors simples à faire : on prend les 10.000 multiplié par 5.000 (prix d’achat par 1kg), on obtient une somme de 50.000.000 fr burundais pour une période de 8 mois. 

Pourquoi parlez-vous de pisculture intégrée ?

Cette activité associe deux autres sortes d’activités connexes. Il s’agit de l’agriculture et de l’élevage des poules. L’agriculture sert dans la production des aliments pour les poules ; et celles-ci donnent, par leurs déchets, des aliments pour les poissons. On voit que c’est un système de travail intégré. D’où nous parlons d’une pisculture intégrée.

Quels sont les défis que vous rencontrez dans cette activité ?

Les défis sont nombreux. Je peux citer les plus importants ici. Il s’agit du manque de variétés de poissons pour pisculture sur le marché local, manque de nourriture de poisson suffisante, manque de terrain pour une pisculture intégrée et étendue, manque de crédits qui peuvent servir dans l’appui et le développement de cette activité, manque de connaissances théoriques qui peuvent nous rendre plus professionnelles et le manque de variétés de poules qui peuvent résister aux maladies. Ce sont les plus grands défis que nous avons et pour lesquels il faut une synergie des acteurs pour trouver des solutions durables.

Quelles sont les perspectives d’avenir de votre coopérative ?

Dans l’avenir, nous voulons travailler essentiellement autour de 3 grands projets : Le premier projet se rapporte à l’écloserie, c’est-à-dire à la création d’un centre de multiplication de poissons. Nous voulons aussi créer une industrie du poisson, c’est-à-dire une industrie qui transforme les poissons. Un autre projet auquel nous allons nous atteler est la création de nourriture des poissons.  

Propos recueillis par Steve Baragafise

L'Afrique, malade de ses tribus, ethnies, bref de son racisme



Il faut arrêter de fermer les yeux sur le tribalisme et l'ethnisme. Ces formes de racisme empêchent le continent africain de sortir de l'ornière.

Des pays africains, hélas nombreux, sont en train de s'enfoncer dans la misère à cause d'un mal qui ronge leurs populations: le racisme. Des Africains seront les premiers à trouver que mon jugement est exagéré mais à certains moments il faut réveiller les consciences par des mots forts.

A force d'expliquer les dérapages incessants de certains dirigeants africains, de certains groupes armés qui sèment la mort pour conquérir le pouvoir sans donner des garanties d'amélioration aux populations qu'ils sont censés défendre, par l'ethnisme ou le tribalisme, des mots devenus édulcorés, certains poussent les responsables et les populations africaines à fermer les yeux et à être fatalistes.

En effet, alors que dans tous les pays du monde, les dirigeants luttent contre le racisme, aucune lutte contre le tribalisme et l'ethnisme, pratiques presque exclusivement africaines, n'est annoncée, ni par la communauté internationale, ni par les Africains eux-mêmes.

Et pourtant l'idéologie de ces deux pratiques rejoint parfaitement celle du racisme. Et dans les faits, nous constatons dans plusieurs pays africains, des personnes ou des groupes de personnes qui décrètent du jour au lendemain des guerres tribales ou ethniques, en désignant «les autres» qui appartiennent aux tribus ou ethnies différentes de la leur comme étant «des êtres du mal» à éliminer ou psychologiquement ou pire physiquement. Ces dix dernières années, ce genre de guerriers est apparu dans plusieurs pays: je ne cite que les cas graves comme le Libéria, la Somalie, le Congo, la République démocratique du Congo, le Burundi, le Rwanda, la Sierra Leone, et la Côte d'Ivoire.

Si les pays de la Région des Grands Lacs sont les plus touchés par le racisme, le cas de la Côte d'Ivoire devrait interpeller les consciences africaines et faire peur aux pays qui ont encore la chance de vivre en paix. En effet voilà un pays, stable depuis l'indépendance, prospère malgré le manque des matières premières comme le pétrole ou les minerais, dont l'image à l'étranger était parmi les meilleures et la capitale parmi les plus belles, devenu en quelques années un espace livré au racisme. Nous en connaissons les conséquences: une chasse à l'«Autre» qui a engendré des morts, des réfugiés, des orphelins, bref une image qui a fait réfléchir plus d'un Africain et qui nous a plongés dans un pessimisme indescriptible. Nous croyions ce pays définitivement sur le bon chemin.

Un exemple du fait que c'est le «racisme» qui est naturel et qu'il n'a pas besoin de beaucoup de temps pour être efficace. Dans des pays comme les nôtres, une fois qu'un «chef d'état ou de guerre» fait appel à lui, il va aussi vite qu'un feu de brousse en été, parce que les insatisfactions de la vie sont profondes et nombreuses. Il recrute facilement parmi les laisser pour compte, qui se sentent utiles et considérés pour une fois dans leur vie. Il recrute parmi les jeunes, abandonnés par des structures sans moyens, qui eux aussi sont toujours prêts à l'aventure quitte à y laisser leur vie de misère et qui tuent avec autant d'application et d'énergie que s'ils livraient un combat qui les conduira vers une vie meilleure. Le temps d'un jour, d'une semaine, d'un mois... avant de mourir ou de tomber dans une misère pire que celle qu'ils connaissaient avant.

L'ethnisme, le tribalisme, le racisme, des maux qui peuvent se résumer en un seul, le racisme, le mot universel, pour que nous puissions sentir le besoin de lutter contre ce mal. Quand on parle des tribus ou des ethnies en Afrique, il y a un certain fatalisme; c'est naturel, nous sommes divisés en ethnies ou en tribus; cela nous plonge fréquemment dans le chaos mais nous n'y pouvons rien. Elles sont là, nous ne pouvons pas les combattre; nous décidons de fuir... vers quoi?

Et pourtant, les intellectuels africains savent que seuls les plus chanceux d'entre ceux qui vivent en exil, arrivent à trouver un travail correspondant à leur qualification. Certains atteindront l'âge de la retraite sans pouvoir utiliser leur savoir. Pourquoi dans ce cas, ils n'essaient pas d'imaginer des solutions qui pourraient aider leurs pays à vaincre le racisme, pour pouvoir enfin les aider à se développer?

Le fatalisme qui consiste à dire «il est écrit là-haut que je mourrais en exil» pourrait faire place à un acharnement commun afin de supprimer le mal qui ronge nos pays et qui les empêche d'avancer. Disons-nous la vérité: la communauté internationale nous trouve des solutions qui ne correspondent pas toujours à ce que nous souhaitons. Si elle constate qu'elle a fait des erreurs, elle essaiera autre chose. La balle est toujours dans son camp car c'est elle qui réfléchit à notre place.

Je ne vais pas terminer sans parler du Burundi, mon pays d'origine, celui que je connais le mieux. Ce pays, comme tous ceux qui connaissent périodiquement des guerres ethniques, des guerres racistes, a une culture de racisme depuis longtemps. Sous la Monarchie, avant la colonisation allemande et la tutelle belge, le Roi tout puissant, ordonnait, le génocide d'un clan, lorsque ce dernier avait la malchance d'avoir un rebelle en son sein. Ce clan, composé de plusieurs familles issues d'un ancêtre commun, était alors visé dans son entièreté. Les membres qui arrivaient à fuir abandonnaient leurs terres et s'établissaient assez loin pour ne pas être reconnus. Parfois, ils étaient obligés de changer de clan et de noms pour survivre.

D'autres clans, au lieu d'être condamnés à mort, subissaient une exclusion difficile à vivre psychologiquement: les Hima étaient obligés de rester entre eux car ils n'avaient pas l'autorisation d'entrer dans les enclos des autres citoyens: toute une littérature malfaisante avait été élaborée pour faire comprendre que sur leur passage se traînaient la mort, la maladie pour les humains et le bétail, la malchance, etc...

Les Hutus étaient considérés comme inférieurs et lorsque le Roi se sentait redevable vis-à-vis de quelques familles, il leur accordait « le privilège d'être des Tutsi s». Les ethnies n'étaient pas figées. Mais aucune personne ne pouvait devenir «noble», ce titre était réservé aux descendants mâles des différents Rois ainsi qu'à leurs épouses destinées à multiplier les familles «nobles ou ganwa». Les nobles se disaient «au-dessus» des ethnies pour mieux les dominer.

Les Républiques qui ont suivi la Monarchie, toutes par le plus grand des hasards, dirigées par des Hima, ont pratiqué l'exclusion des Twa, des Hutus et des Ganwa, à des degrés différents. Et des Hutus n'ont pas trouvé mieux pour se défendre que des actes de génocides des Tutsis, répétés, suivis par des massacres des attaquants; et la boucle était bouclée. Cela s'est passé à plusieurs reprises (1965,1972, 1988, 1993...) et entre deux crises, les uns et les autres vivaient comme si les tueries n'allaient plus recommencer. Ils espéraient l'éradication d'un mal pour lequel personne n'avait trouvé de médicament.

L'exclusion et la mort comme moyens de gouverner! L'exclusion et la mort comme moyens de réclamer ses droits! L'exclusion ou la mort pour résoudre ses problèmes existentiels... Le modèle n'a jamais changé: vous m'avez exclu ou pire tué des personnes de mon groupe, une fois au pouvoir je fais de même pour tous ceux qui ne sont pas de mon ethnie. Un modèle qui doit casser pour ne pas connaître des guerres sans fin.

Le Burundi sort, péniblement, d'une guerre plus longue et plus meurtrière que toutes les autres (1993-2005). Il y a des morts jusqu'à ce jour. La communauté internationale a mis beaucoup de moyens financiers pour «nous sauver de nos démons». Les accords d'Arusha ont consacré les divisions ethniques. Le racisme! La communauté internationale s'est fait piéger par les «malades du racisme que sont les Hutus, les Tutsis...», comme un psychiatre qui se laisserait piéger par les psychopathes qu'il était censé arriver à soigner. Les partis politiques ont signé ces accords parce qu'ils voulaient être parmi ceux à qui la communauté internationale allait attribuer des places; la majorité n'ayant aucun programme, aucun projet de société.

Dans d'autres pays où on a toujours reconnu les ethnies et où chacun s'en réclamait à haute voix; des ethnies ou des tribus qui ont des territoires distincts comme au Congo, en République démocratique du Congo, au Libéria... il y a eu des guerres tribales ou ethniques meurtrières: il a suffi qu'un politicien ou un «seigneur de la guerre» décide d'utiliser le racisme. Qu'a alors gagné le Burundi? Un racisme officiel va-t-il arriver à le sauver? L'Union africaine devrait se donner pour objectif essentiel de lutter contre ce fléau. Cela pourrait redorer son blason car elle paraît absente partout. Les Etats européens, les Etats-Unis ont lutté conte le racisme pour former des Etats dans lesquels chaque citoyen jouit de ses droits quel que soit son origine. Ainsi ils ont construit des pays riches dans lesquels les citoyens n'ont pas à remonter à leurs origines pour pouvoir vivre ensemble. Ils portent tous le nom du pays ! Ceux qui sont encore branchés sur leur «différence» connaissent des problèmes comme les nôtres (exemple la Bosnie) ou des problèmes réels mais atténués (exemple la Corse, la Belgique...). Nous pouvons aussi par un choix personnel, devenir des Burundais, des Libériens, des Congolais... Pourquoi pas des Africains, et ainsi penser au développement de nos pays, de notre continent au lieu de reculer?

Nous ne pourrons devenir des pays viables qu'à condition de travailler au lieu de perdre du temps dans des considérations inutiles et destructrices. Personne ne doit nous dire ce que nous devons trouver nous-mêmes. C'est le racisme qui nous empêche d'avancer. C'est lui qui perturbe nos raisonnements. Si la communauté internationale ne met pas le doigt dessus, c'est qu'elle a ses raisons et peut-être ses intérêts... Et puis les pays africains sont des pays indépendants !

© La Libre Belgique 2005

Marie NZIGAMYE 

Présidente de la Communauté des Sans-Ethnies

Sarah Mbuyi et l'AAEF pour le retour aux vraies valeurs de notre société



Beaucoup d'acteurs de la société civile surtout chrétiens tirent la sonnette d'alarme sur certains problèmes de société qui menacent de plus en plus l'unité de la famille. La rédaction d'Imburi Phare a rencontré un de ces acteurs: Sarah Mbuyi, jeune chrétienne, à la tête du mouvement citoyen "Alliance Afro-Européenne de la famille (AAEF)", qui mène des actions de sensibilisation, vis à vis de ces questions éthiques (avortement, droit de la femme, divorce, homosexualité) qui menacent la famille. Interview. 

Bonjour, pourriez-vous vous présenter à nos visiteurs? 

Mon nom est Sarah Mbuyi, quoi que je préfère que l’on m’appelle entre amis par le nom de mon père, Mundabi. J’ai 35 ans. Je suis avant tout chrétienne, née de nouveau et on va dire « politicienne » de vocation, façon de parler. Je suis surtout une activiste qui considère la politique comme un moyen pour arriver à une fin.

Pourquoi une alliance afro-européenne de la famille ?

La famille est le noyau et le pilier de la société. Je crois sincèrement qu’il n’y a pas de plus grand rôle donné par Dieu à l’homme que ceux de conjoint et parent, et il y a dans le mariage un pouvoir de rédemption pour l’Humanité. Le mariage, après tout, a été créé comme illustration de l’amour qui unit Christ à Son Église.  Aujourd’hui les rues, les cimetières et les prisons sont remplis d’êtres humains qui ont été brisés, blessés dans leur parcours au sein de leur famille. Les prisons en particulier regorgent de conjoints délaissés, d’orphelins de père/mère ou d’enfants de divorcés. Par orphelins j’entends aussi bien orphelins au sens propre que figuré, c’est-à-dire abandonnés voire maltraités par leur père ou mère, ou les deux. Ce sont des gens seuls, en colère, amers, qui ont fait de mauvais choix à cause de leurs souffrances. Je ne suis certainement pas en train d’excuser ces choix, mais une chose est certaine c’est que si la prison et la rue n’apportent pas le salut, on peut commencer par travailler à restaurer les valeurs cruciales de la famille, contre laquelle le diable s’acharne de toutes ses forces.

Quelle est votre force pour changer les choses ?

Ma force se trouve d’abord en Christ  bien sûr, ensuite dans mon indignation face à la situation de crise familiale que nous connaissons aujourd’hui en société. Cela m’embrase et me donne l’adrénaline pour changer les choses. Enfin je suis bénie avec un réseau grandissant d’associations et individus qui pensent comme moi et qui m’apportent beaucoup sur le plan de l’information, la formation, l’argumentation etc. C’est comme une grande famille en soi !

Vous vous présentez aux élections en Belgique. Est-ce une façon de porter votre projet de promotion de la famille  plus loin ?

Absolument ! La politique est comme je disais un moyen pour arriver à une fin, laquelle est de remettre la famille au centre de la société. Si nos lois s’articulent autour de la protection et la promotion de la famille, au lieu de la désintégrer toujours davantage, nous aurons une société plus forte. A l’heure actuelle il est considéré comme plus économique de ne pas se marier et de faire le moins d’enfants possible, quand ils ne sont pas tout simplement avortés! Ceci est non seulement contraire à la volonté de Dieu mais contribue directement à la cassure du lien social. Les gens sont de plus en plus solitaires, égocentriques, individualistes et instables. Sur le long-terme, c’est toute l’Europe, l’Occident et l’Afrique (que les Nations-Unies essaient d’entraîner dans leur sillon autodestructeur), qui s’écrouleront si cela continue. C’est un message que quelqu’un comme Alain Destexhe, qui se place à la droite classique de l’échiquier politique, est capable d’entendre et de comprendre. En particulier le chapitre de l’Afrique dont il est proche et dont il est très apprécié. Je parle plus spécifiquement de la communauté rwandaise.

Remarquez, en ce qui mes propres ambitions politiques, je suis encore loin du compte, hein ! Je suis plutôt d’avis de construire notre mouvement citoyen, l’Alliance afro-européenne de la Famille, et notre visibilité à nous chrétiens politiquement engages, afin que tous nous soyons prêts dans cinq ans. Nous allons la conquérir pour Jésus, cette Europe !

Vous venez d’animer une conférence sur le vote chrétien. Quelle est cette façon chrétienne de voter ?

Premièrement, il FAUT voter ! Il ne faut surtout pas rester dans l’ombre car nos voix sont beaucoup plus importantes que nous ne pouvons l’imaginer. Elles peuvent tout changer. Notre abstention ne fait qu’encourager les ennemis de Dieu.

Deuxièmement, pour ma part j’encourage tout le monde à s’intéresser aux points fondamentaux des programmes de partis : que disent-ils au sujet de ce qu’ils appellent « l’égalité des genres » ? Soutiennent-ils la redéfinition de la famille selon laquelle deux hommes ou deux femmes peuvent remplacer l’unité familiale comme Dieu l’a conçue? Enfin : quelle est leur position concernant la protection de la Vie ? Considèrent-ils comme leur responsabilité de mettre fin à la vie humaine dans le ventre de la mère ou sur un lit d’hôpital ? En fonction de leurs réponses, vous vous faites une idée de leur orientation.

Troisièmement je veux insister : ne votez pas pour un PARTI. Votez pour un CANDIDAT ! Et donnez-vous la peine de jeter un coup d’œil sur le pédigrée de ce candidat avant de vous rendre aux urnes. Notre Mouvement peut vous faire quelques recommandations de vote d’au moins quatre partis francophones, y compris moi-même, hihi ! Mais sinon il faut consulter les listes mises à notre disposition et faire des recherches sur le background des candidats. Et il ne faut exclure aucun parti, y compris à droite. Ne vous laissez pas influencer par les discours biaisés de nos média. Je n’en dirai pas plus.

 Enfin : je veux quand même vous faire part d’un outil exceptionnel pour visiter les profils de nos quelques candidats qui se soumettent à l’interrogatoire, si j’ose dire : Il s’agit de la plateforme NousCitoyens, un GPS électoral qui sert en quelque sorte de « profiler » (en Anglais). J’y suis répertoriée d’ailleurs.

Je vous donne le lien ici : https://www.wecitizens.be/fr/

Propos recueillis par Alison Mani

Pamela Mubeza, une activiste, féministe et incontestable défenseuse des droits des femmes et des filles



Vous le savez déjà ! Depuis quelques décennies, les femmes revendiquent leurs droits : droit à l’éducation, droit à la succession, droits reproductifs, etc. Dans certaines sociétés, cette revendication des femmes a été entendue. Mais dans d’autres, le chemin est encore très long ! En plus de ces droits qui leur manquent, ces femmes sont violées, traitées comme objet et d’autres maux encore dont vivent ces femmes. Pourtant, la femme joue un rôle central dans la stabilité de la famille et de la nation. Elle est aussi d’une importance capitale dans la réussite de la résolution des conflits par le dialogue.

Mais pour bien accorder toutes ces questions relatives à la situation de la femme et son rôle dans les conflits qui minent la plupart des pays africains, Imburi Phare a rencontré Madame Pamela Mubeza, une activiste et ardente défenseuse des droits des femmes. Longtemps au service de la femme burundaise, Pamela Mubeza vit actuellement en exil au Canada. Mais malgré cet exil, cette infatigable féministe d’origine burundaise poursuit son combat dans plusieurs organisations régionales, continentales et internationales. INTERVIEW

Bonjour Madame Mubeza ! avant d’aller plus loin dans notre interview, pourriez-vous vous présenter à nos visiteurs ?

Je suis activiste mais féministe avant tout et défenseure des droits des femmes/filles depuis 15ans

Mais quand j’étais plus jeune, mon entourage me disait que j’avais la fibre activiste.

Fondatrice de l’Association des Mamans Célibataires pour la paix et le Développement (lauréate du prix With and for Girls) qui milite pour les droits de la jeunesse féminine, notamment le droit à l’éducation et les droits reproductifs. Je suis aussi initiatrice des projets "our rights our choice" avec les femmes/filles en exil pour leur autonomisation économique. Je suis la première personne qui a essayé de mener la campagne pour la gratuité des pads hygiénique, je suis aussi présidente de l’Alliance Burundaise des Activistes et des Défenseurs des Droits Humains. Je suis membre fondatrice de l’AFA, Activiste Féministe Africaine. En exil je suis co-fondatrice de l’East African Integration in Canada, organisation qui facilite l’intégration et l’implication dans la vie canadienne, et dont les services sont offerts dans des langues parlées dans la communauté Est-africaine. Je suis également chargée de programme au CICAN (Cooperation Integration Canada),

Militante au MOFIF (Mouvement Ontarien des Femmes Immigrantes Francophone) et cchampionne pour le programme accès et équité de l’OCASI (Ontario Council of Agencies Serving Immigrants) (Access and Equity Program). Je suis membre de plusieurs organisations féminines.

A part mon activisme,  je suis une mère et fait un master en études des conflits

Vous êtes en exil après avoir travaillé pour la promotion de la femme burundaise pendant plusieurs années. Comment voyez-vous la vie en exil ?

L’exil ne nous diminue pas, elle nous rend plutôt plus forts ! 

On apprend à résister aux problèmes, on s’adapte et on réfléchit sur la façon d’avoir le droit d’être un citoyen burundais jouissant de tous les droits.

L’exil n’est jamais facile mais c’est un des moyens de devenir plus solide. 

Avez-vous gardé un lien avec les femmes restées au pays ou en exil dans les pays voisins ? Si oui, comment soutenez-vous ces femmes ?

Le monde évolue, et les techniques de communication aussi.

Les femmes restées au pays ont plus que jamais besoin de notre soutien. Elles voient leurs droits régresser comme une peau de chagrin, il est très rare que les violences et autres formes d’abus faites aux femmes/filles soient reportées de la même manière que d’autres violences liées à la politique.

J’ai initié plusieurs initiatives pour soutenir les femmes/filles en exil que ce soit au Congo, au Rwanda ou à Kampala.

Ce sont des initiatives qui renforcent la dignité des femmes/filles et qui leur permettent de devenir autonomes financièrement en plus de comprendre leurs droits.

Au Burundi, on a pu permettre la réinsertion scolaire d’environ 100 jeunes mères adolescentes. Certaines bénéficient des frais scolaires, d’autres non. 

Selon vous, à part la crise actuelle et l’exil, quels sont les autres problèmes auxquels est confrontée la femme burundaise ?

Il est impossible de tout décrire ici.

A la base, nous sommes une société patriarcale avec tout ce que cela implique,

A titre d’exemple, les femmes n’héritent pas ni de leur mari ni de leurs parents jusqu’ à maintenant. Nous n’avons toujours pas de loi sur la succession et du coup nous nous référons au droit coutumier.

Nous avons toujours des difficultés pour accéder d’une façon égale à la scolarité, et aux postes de décisions.

 D’une part, il y a des lois discriminatoires y compris dans la législation scolaire, je vous donnerai l’exemple du principe qui veut que :

Si une jeune fille mineure tombe enceinte, sachant que légalement les mineures ne peuvent pas consentir aux rapports sexuels, elle écope d’un renvoi scolaire, elle ne pourra reprendre l’école que deux ans plus tard, à la condition d’avoir écrit une lettre adressée à la ministre de l’éducation signifiant qu’elle ne le fera plus (qu’elle ne se fera plus violer ??).

Donc, les jeunes filles sont des victimes et ce sont elles qui sont punies. Reprendre l’école est un défi. J’en ai entendu des filles auxquelles on a empêché de faire le concours national, ou l’examen d’état …

Peu importe le point de vue abordé, que ce soit du point de vue socio-économique, politique et/ou culturel si nous ne régressons pas nous faisons une marche sur place...

Il suffit de voir combien de femmes occupent des postes de haute responsabilité, ou combien de femme sont dans le haut commandement militaire, aucune ! Le nombre des  femmes qui dirigent des medias ? Presque aucune ! Femme bâtonnier ? Jamais de l’histoire du Burundi ! Femmes leaders des partis politiques sur 10 c’est moins de 10%.

Quelques femmes commencent à percer vers l’entreprenariat mais le terrain reste glissant.

Je ne peux pas tout expliquer ici, mais le ciel est toujours gris pour les filles et les femmes. Allez visiter les prisons burundaises, 90% des femmes incarcérées le sont parce qu’elles ont avorté ou tenté de le faire, et les géniteurs se la coulent douce dans la communauté…

En plus, elles retombent enceintes dans les lieux de détentions, elles ne bénéficient d’aucun suivi psychologique et sont livrées à elles-mêmes avec tous les préjugés qui leurs sont accolés.

Par ailleurs, il est aberrant de constater qu’en 2019 il n’est toujours pas tabou de taper sur « sa femme » comme si c’était quelque chose qui appartient à l’homme, comme les meubles, la voiture , la vache , et qu’ il peut échanger au moment qu’il veut et où il  le veut.

Oui, nous avons quelques lois, mais elles sont difficilement applicables car les esprits sont obnubilés par le système patriarcal,

Nous citerions ici le cas d’un médecin qui avait enjoint aux femmes enceintes de ne venir en consultations qu’en compagnie de leur époux ! Une administratrice communale a mis un couvre-feu pour toutes les femmes non mariées, on est toujours en 2019 ! C’est presque hilarant, parce que ceux qui sont censés faire respecter la loi ignorent que ces lois existent.

Nous nous sommes toujours heurtés aux problèmes du tabou autour des droits reproductifs, alors que les punitions sociales sont bien là, pour punir les conséquences.

Les femmes burundaises n’ont toujours pas accès aux serviettes hygiéniques pour leurs menstruations, c’est même tabou d’en parler alors que c’est un phénomène tout à fait normal sur chaque fille et femme du monde entier.

Les femmes sont toujours dotées, les femmes ne peuvent pas battre le tambour, les femmes sont encore exclues de certains métiers.

A l’intérieur du pays les femmes font quasiment tous les travaux ménagers et champêtres, mais au moment de la récolte, c’est monsieur qui encaisse les dividendes et s’il est gentil, il pourra offrir un pagne à son épouse et/ou prendre une concubine.

Comment voyez-vous la situation de la femme burundaise actuelle ? (Recul, stagnation ou progrès ?)

Franchement, nous faisons une marche sur place, on avance de deux pas et on recule de trois pas et avance de quatre pas et on recule de trois pas, et pourtant presque tous les outils et atouts sont là.

La plupart des mécanismes internationaux sont signés et ratifiés par le Burundi.  Les conventions, les traités, les résolutions, les lois, les programmes internationaux et régionaux sont bien là, mais les mentalités restent statiques, la communauté ne veut pas changer.

Je verrais ce progrès le jour où les femmes vont représenter les grandes organisations de la société civile mixte, pas uniquement les organisations spécifiques des femmes.

Le jour où je verrais des femmes dans les hauts postes de commandement militaires

Le jour où des mécanismes pour favoriser l’accès égal à la scolarité seront mis en place

Le jour où le viol sera strictement puni

Le jour où les femmes auront les mêmes droits sociaux économiques comme l’accès à la propriété.

Le jour où les femmes apprendront à apprendre à leurs enfants leur propre généalogie, car certains enfants ignorent jusqu’au prénom de leurs grand-mère maternel, et certaines femmes depuis leurs mariages ont automatiquement perdu leurs propres noms.

 Vous avez milité, comme d’autres femmes éprises de paix, contre le 3e mandat illégal de Nkurunziza. Malheureusement, ce mandat a continué et va même bientôt s’achever. Et probablement, un 4e mandat aussi. Sentez-vous un certain découragement vis-à-vis de cette crise burundaise qui s’enlise ?

Chaque chose a un début et une fin. A mon avis le découragement est synonyme d'échec. Entre autre caractéristiques, un État de Droit respecte les droits des femmes .Personnellement, mon engagement dans la lutte contre la violation de la constitution a été et reste motivée par la lutte contre un système corrompu, criminel, misogyne et anticonstitutionnel. Il pourrait y avoir 3,4, ou 10 mandats ou même un changement de régime, si nous gardons le même système là ,notre lutte sera vaine. Mon espoir est que les femmes aient cette résilience en elles qui nous permettra de triompher dans notre lutte pour un État de droit.

Vous êtes active au sein du MOFIF au Canada. En quoi votre participation au MOFIF peut-être utile aux femmes burundaises restées au pays ?  Ou c’est pour un autre combat des femmes immigrées confrontées à d’autres problèmes dans leur pays d’accueil ?

Le MOFIF a pour mission de travailler à la mise en place des conditions favorables pour améliorer la situation des filles et des femmes immigrantes francophones et favoriser leur intégration ainsi que leur participation active dans toutes les sphères de la société. C’est une grande organisation qui donne les opportunités aux femmes immigrantes pour devenir actives et agir comme des citoyens intégrés. En 2018 j’ai été choisie par le MOFIF comme une femme qui fait la différence et j’ai ainsi eu l’occasion de partager mon parcours dans la page spéciale du "Le Métropolitain" de Toronto. Je reste Burundaise et j’espère que c’est inspirant pour mes consœurs.

Je performe mes propres compétences à travers le Mofif, j’influence d’autres femmes et en même temps, les femmes burundaises avec lesquels je suis en contact bénéficient de mes aptitudes et ressources. Tout est lié en ce qui concerne la cause des femmes. 

Vous poursuivez actuellement des études de master en gestion de conflits au Canada. Selon vous, quel est le rôle de la femme burundaise dans la résolution de la crise burundaise ?

Nous savons tous que la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité qui a été adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2000, est devenue historiquement importante pour nous,  car elle demande à l’ONU et aux États membres de prendre en compte plus systématiquement les intérêts des femmes dans les activités de maintien et de consolidation de la paix.

Il est aussi important de rappeler que les tribunaux internationaux et la nouvelle Cour pénale internationale ont considérablement élargi la définition des crimes de guerre afin d’y inclure les sévices perpétrés contre les femmes, comme le viol et autres formes d’abus lors des conflits.

Je vous partage quelques chiffres qui me semblent importants et qui peuvent permettre la compréhension de ma position sur cette question.

Selon le Rapport du Secrétaire général des Nations unies sur les femmes et la paix et la sécurité du 9 octobre 2018 : entre 1990 et 2017, les femmes ont continué de compter pour seulement 2% des médiateurs, 8% des négociateurs et 5% des témoins et signataires des principaux accords de paix; et seuls 11% des accords signés en 2017 contiennent des dispositions relatives à la parité entre les genres.  Cette tendance est similaire à celle observée entre 2000 et 2016, où seuls 25 des 1 500 accords signés dans cette période traitaient du rôle des femmes dans les phases de mise en œuvre.

Les rapports de l’ONU femme se réfèrent à la recherche de Laurel Stone en 2015 dont l’étude portent effectivement sur les 156 accords de paix. Ainsi donc de par cette recherche, lorsque les femmes participent aux processus de paix. Sur une période de 2 ans,  la probabilité du maintien en place des accords de paix augmente de 20%, et celle qu’un accord reste en place pendant au moins 15 ans augmente de 25%.

Lors des précédentes négociations  en 2000, et ceux d’après 2015, lorsqu’ on parle des questions des femmes et du genre, certaines personnes influentes comme les politiciens et autres acteurs  n’ont pas hésité à dire que ce sont des choses accessoires, qu’ il y a plus important que cela, en oubliant les milliers de femmes en exil, violées et violentées, portant des séquelles autres que physiques, tels que des enfants issues des viols, la mortalité infantile, les abandons scolaires et le non accès aux instances de décisions .

D’après moi, notre participation est un droit et non un traitement de faveur qu’il faut accorder aux femmes. Il est connu que la participation des femmes permet d’augmenter de 35% les chances de réussite d’un accord et son appropriation par les communautés. Pour les raisons énumérées ci-dessus, mon avis et que notre rôle est de faire notre possible pour pouvoir participer dans tout le processus de résolution non violente de la crise burundaise

Si vous rencontrez Denise Bucumi, la Première Dame du Burundi, quel message vous lui direz par rapport justement à sa position de Première Dame et au rôle de la femme dans la restauration de la paix dans le pays ?

Qu’elle devrait ou aurait dû profiter de sa position pour l’intérêt de ses enfants, notamment en plaidant pour que la loi sur la succession soit, et pour que les règlementations scolaires réprimant la fille soient éradiquées, en conscientisant la communauté burundaise sur le fait que le viol comme arme de guerre est un crime contre l’humanité,

Je lui dirais aussi que je sais que c’est une mère et qu’elle a élevé seule ses enfants quand son époux était au maquis, donc qu’en tant que Première Dame, elle pourrait en profiter pour que les femmes seules ou pas puissent bénéficier de l’aide sociale. Elle devrait dissuader aussi ceux qui veulent spolier les biens de ceux qui sont incarcérés et en exil.

Je lui dirais aussi qu’elle devrait influencer sa communauté pour que ces personnes qui passent pour des femmes ( je veux dire ces les femmes qui occupent des postes pour completer le quotas des femmes mais qui mettent en place recommandations , principes , ordonances et notes opprimant les droits des femmes) et qui oppriment des femmes auraient dues être déchues de leurs fonctions.

Je lui dirais aussi que les femmes ont les mêmes problèmes socioéconomiques et politiques et qu’elle aurait dû saisir l’opportunité pour créer des zones de sécurité pour les femmes rurales. 

Quel message pouvez-vous adresser à l’ensemble des femmes et jeunes filles en exil et au pays ?

Dépasser les préjugés, apprendre à devenir autonomes financièrement, c’est la clé de plusieurs choses notamment certaines violences domestiques.

Apprendre à travailler dur, faire des études, ne pas se presser de se marier avec des hommes qui ont déjà fait leur chemin.

Apprendre à lutter pour leurs droits économiques.  

Lutter contre toutes ces pratiques qui semblent mettre en valeur la fille alors qu’elles font le contraire, l’exemple typique étant la dot qui est un échange entre la famille du garçon et de la fille, échange par lequel la famille du garçon échange des biens matériels contre la fille qui est une personne humaine.

Les femmes qui pensent que c’est leurs droits veulent le beurre et l’argent du beurre. Apprenons à nous considérer comme des personnes égales en droits et en devoirs ainsi nous allons forcer le respect.

Que la pauvreté ne nous pousse pas à devenir des esclaves, apprenons à gagner dignement notre vie, et surtout, apprenons à nos enfants dès le bas âge les valeurs d’égalité et de respect. Oui, nous avons des rôles différents ou partagés par rapport au physique, mais nous sommes égales aux hommes en droit et en dignité.

Je lance un message vibrant à toutes les femmes de ne pas avoir peur et de foncer pour se faire élire et exercer leur action citoyenne, de créer des partis politiques et de rêver plus grand. 

Propos recueillis par Gaudence Uwineza

Burundi: grâce aux observateurs invisibles, le travail de monitoring des violations des droits de l'homme continue



Manque d’indépendance, justice instrumentalisée par l’Exécutif, magistrats lâches, magistrats corrompus, procureurs incompétents… vous aurez presque déjà tout entendu sur le mauvais fonctionnement et le manque du sérieux de la Justice burundaise.

Et en 2016, Hilaire Urinkuru, juriste et criminologue américain, titrait  son ouvrage comme ceci: « The Cause of Impunity in Burundi : Magistrates' Cowardice » ou « La cause de l’impunité au Burundi : la lâcheté des magistrats » (notre traduction).

Selon lui, la crise actuelle est en partie imputable aux magistrats lâches qui laissent plusieurs crimes impunis.

Dans notre 3è édition de « L’invité de la semaine », nous revenons sur la question de la justice burundaise et internationale dans la crise actuelle.

Evidemment, vu cette " lâcheté " des magistrats burundais, les victimes peuvent-ils croire en la justice internationale ? Où en est-on avec le dossier CPI contre les crimes commis depuis 2015 ? Comment certaines organisations de la société civile dont ACAT-Burundi continue leur travail efficace de monotoring des violations de droits humains alors qu'elles sont radiées au Burundi? 

Nous abordons ces questions avec Me Armel Niyongere, Avocat inscrit au Barreau du Rwanda et aussi admis sur la liste des membres associés de barreaux étrangers (Foreigners lawyers) de l’Ordre français des avocats du Barreau de Bruxelles. Il est également Président de l’ACAT – BURUNDI, Directeur de SOS Torture – Burundi et Coordinateur Général de Collectif des avocats des Parties Civiles « Justice for Burundi », un Collectif qui a déposé des milliers de mandats à la CPI. Des mandants des familles des victimes des crimes commis au Burundi depuis 2015. Interview.

Dans vos bulletins de justice, on lit souvent : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse » pourquoi vous aimez revenir sur cet adage ?

L’idée de créer le Bulletin de Justice au Burundi a été initié par SOS-Torture/Burundi pour mener un plaidoyer en faveur d’un bon fonctionnement de la justice burundaise qui constitue le pilier de la stabilité socio-politique et de la démocratie dans un Etat de droit.

Effectivement nous revenons souvent sur cet adage « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse » parce qu’il est tiré de la parole divine. Il  est le principal  Commandement  sur lequel tout chrétien doit  fonder sa foi.  Etant chrétien, nous utilisons cet adage pour faire un clin d’œil à ceux – là qui excellent   dans la prise des décisions illégales et arbitraires, de se ressaisir et d’être guidé par un esprit de bienveillance.   

Et le principal objectif de ce Bulletin est donc d’informer le public sur le dysfonctionnement de la justice burundaise, tant dans le pénal que dans le civil, qui occasionne d’énormes préjudices tant à l’Etat qu’aux citoyens, loin de la presse et des réseaux sociaux.

ACAT – Burundi parle également de la « justice » pour toutes les victimes des crimes qui sont commis au Burundi. Les victimes des crises de 1972, 1988 et 1993 y compris ?

ACAT – BURUNDI prône pour une justice pour tous.  Une victime de 1972, 1988, 1993 et une victime des années qui ont suivi ont toutes connu une désolation et ont tous besoin d’une justice pour leur réconfort.

Pour les victimes des années ci -avant citées, ACAT – BURUNDI soutient la mise en application des mécanismes prévus dans l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation pour connaitre la vérité et engager une poursuite judiciaire contre ceux qui seront tenus responsables. 

Toutefois, nous déplorons la manière dont le Gouvernement du Burundi actuel veut orienter cette recherche de la vérité en sa guise en excluant les autres partenaires et en mettant à la tête de la commission vérité réconciliation des gens qui n’ont aucune confiance envers le peuple burundais.  Le contexte politique actuel ne permet pas une vérité pouvant réconcilier les Burundais.  Nous pensons qu’il faudrait d’abord trouver une solution à la crise politico sécuritaire que connait le pays depuis 2015 suite à l’entêtement par la force du Président NKURUNZIZA à un troisième mandat illégal et inconstitutionnel ainsi que les massives violations des droits de l’homme qui ont suivi.

Bujumbura vient de décider de spolier les biens de ceux qui sont poursuivis par la Justice burundaise et qui ont fui le pays. Que dites-vous de cette décision ?

Comme on a eu le temps de nous exprimer là-dessus  dans nos publications, cette décision n’est pas juridique, elle est fondée sur la haine.  Elle est pleine d’irrégularités que ça soit sur le fond que sur la forme.

Il est inconcevable qu’un Président de la Cour Suprême puisse prendre une mesure de saisie des biens d’une personne poursuivie par le Ministère Public et sans que la Cour ne soit encore saisie. C’est pour la première fois dans l’histoire du pays qu’un Président d’une Juridiction contresigne avec un Procureur, qui est l’une des parties dans une affaire pénale. Cela témoigne une fois de plus l’absence de l’indépendance de la justice burundaise.

C’est une décision qui ne tient même pas compte de l’intérêt de la famille en procédant à la saisie des biens qui normalement sont insaisissables selon le droit positif burundais comme par exemple une maison qui sert de toit conjugal.

Normalement en droit burundais, les saisies ne sont opérées qu’en matière civile et commerciale. En matière pénale, elles sont opérées lorsque le bien saisi fait objet d’enquêtes. Quid de nos maisons dans le prétendu putsch ?

ACAT – BURUNDI, comme d’autres organisations de défense des Droits de l’Homme qui ont été rayées par Bujumbura ont engagé un procès devant les instances judiciaires de la communauté Est-Africaine.  Avez-vous l’espoir de gagner définitivement contre Bujumbura ? 

Si, nous avons l’espoir d’avoir gain de cause étant donné qu’en saisissant cette Cour régionale, nous avons estimé que la décision de radiation prise par l’autorité du Ministère de l’Intérieur du Burundi est injuste et contraire à la loi burundaise et viole le Traité régissant la communauté de l’Afrique de l’Est.  Nous avons donc la matière et nous croyons à la justice indépendante.  Mais, comme il a l’habitude de le faire, le Gouvernement  peut ne pas  accepter le verdict. Ce qui nous rassure, c’est le principe de la continuité des services de l’Etat.

Vous venez de participer dans une réunion des organisations et associations qui collaborent avec la Cour Pénale Internationale. Quel était l’objectif de cette conférence ?

C’est vrai, j’ai participé à la Table ronde CPI-ONG au siège de la Cour Pénale Internationale à la Haye aux Pays-Bas en date du 20 au 24 mai 2019. Cette rencontre est une occasion annuelle où la société civile mondiale rencontre les autorités de la CPI. Cette réunion annuelle est un espace d’échange entre la CPI-ONG sur le fonctionnement de la Cour et l’amélioration de travail de la Cour. Cette réunion donne l’occasion à la société civile de poser les questions aux responsables des différents Services de la Cour sur leur fonctionnement ainsi que les défis rencontrés dans l’accomplissement de leur mandat.

Est- ce que les victimes de la crise de 2015 au Burundi peuvent – ils toujours compter sur la CPI pour que la Justice leur soit rendue ? Quel est l’état d’avancement du dossier CPI contre les crimes commis par Bujumbura ?

 L’idéal est que les victimes trouvent justice dans les juridictions internes.  Mais la justice burundaise est instrumentalisée et que les bourreaux ne peuvent pas se rendre justice, nous avons opté pour la justice internationale en l’occurrence la Cour Pénale Internationale comme c’est une juridiction de complémentarité. Nous avons présenté des dossiers au Bureau du Procureur  avec des preuves à l’appui.  Nous sommes satisfaits de l’état d’avancement de la procédure car il y a eu ouverture d’enquêtes proprement dites et nous espérons que des poursuites contre les auteurs des crimes commis pourront sortir incessamment. Nous demandons aux victimes de rester patientes. La phase de l’enquête est toujours  secrète. On pourra avoir beaucoup plus d’informations au moment où les enquêtes auront abouti à la saisine de la Cour. Prochainement nous allons commencer la sensibilisation des victimes dans leur participation dans la procédure, et je profite de cette occasion pour informer les victimes ou leurs familles que la CPI a même produit des documents en langue nationale (Kirundi) qui expliquent ce que c’est la CPI. Cela permettra que beaucoup de Burundais puissent lire eux- mêmes et comprendre leur mission.  La CPI est entrain de produire aussi des vidéos en Kirundi pour mieux expliquer à la population burundaise leur rôle et leur mandat.

 A l’approche des élections de 2020, le régime de Bujumbura se radicalise encore vu les dernières mesures prises à l’encontre des opposants, la médiation et diplomatie ont échoué, l’opposition affaiblie et les groupes armés manquent de moyens et de solidarité pour mener des actions d’envergure qui feraient fléchir le régime actuel. Mais, il y a quand même un dossier contre NKURUNZIZA à la CPI.  Pensez-vous réellement que le salut du Burundi pourrait venir de la Justice Internationale, notamment  la  CPI ?

Nous croyons toujours au dialogue pour sortir de la crise au Burundi, c’est par ailleurs pourquoi nous appelons sans cesse au gouvernement d’accepter sans condition à négocier avec l’opposition pour trouver une solution à la crise.  C’est vrai que la médiation de l’Afrique de l’Est semble échouée. Mais nous pensons que d’autres institutions comme l’Union Africaine pourraient prendre la relève de l’EAC pour redémarrer le dialogue.  Notre action qui est celle de saisir la Cour Pénale Internationale pour les crimes de 2015, a été initiée pour couper court avec le vieux démon de l’impunité qui a toujours caractérisé les périodes sombres que le Burundi a connues.  Nous sommes conscients que la seule saisine de la CPI ne pourra pas trouver une solution à la crise. Mais elle est l’un des éléments qui pourront aider à une résolution de la crise et surtout l’impunité qui a toujours gangrené notre pays.

Nous observons une résilience des organisations de la société civile radiée et dont les leaders ont été forcés à l’exil. Comment organisez-vous ? Et quels sont les axes que vous avez pris comme priorité ?

C’est vrai qu’après les quatre ans que nous venons de passer en exil, nous avons résisté à la mesure de radiation que nous a imposé le régime de Bujumbura afin que les crimes soient commis dans le silence. Nous lui avons opposé une résistance farouche. Nous avons toujours dévisagé le pouvoir qui tue son peuple, nous avons travaillé avec les organisations internationales dans des actions de plaidoyer et qui ont abouti à la mise en place d’une commission d’enquête des Nations Unies qui enquête sur le Burundi et qui vient de renouveler son mandat deux fois. Il y a aussi la CPI qui a ouvert ses enquêtes sur les crimes commis au Burundi depuis 2015.  C’est grâce à nos observateurs invisibles  qui sont sur terrain que nous parvenons de collecter les données et sortir des rapports régulièrement.  Les gens qui sont dans la sphère du pouvoir nous aident énormément  pour avoir des informations crédibles et nous profitons de cette occasion pour les remercier pour ce courage.

Nos actions sont principalement axées sur le monitoring des violations des droits de l’homme à travers tout le pays y compris les prisons, la saisine des mécanismes de protection des droits de l’homme à savoir le comité contre la torture, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, le Groupe de travail sur les détentions arbitraires ainsi que la Cour Pénale Internationale. Les actions de plaidoyer sont aussi mises en avant.

Notre média s’appelle Imburi Phare. Avez-vous un conseil éclairant envers vos collègues magistrats du Burundi, une exhortation au gouvernement et au peuple burundais ?

Au magistrats burundais, je les appelle chaque de se rappeler chaque fois leur serment et de considérer que toute décision prise l'est a leur encontre ou a un de leurs plus chers. 
Au gouvernement du Burundi:
- de se rappeler les engagements internationaux ratifies en matière de la protection des droits humains et de faire en sorte qu'il se conforme a ses obligations.
-de cesser de s’entêter et de répondre au dialogue inclusif pouvant aboutir à la solution de la crise burundaise
A la population burundaise, de rester unie, d’éviter de céder aux discours de haine semant des divisions à base ethnique et/ou politique

Propos recueillis par Steve Baragafise

Burundi: le MAP-Burundi Buhire, nouveau mouvement politique citoyen pour la refondation du Burundi



Alors que la crise politique burundaise s'enlise et que de nouvelles échéances électorales sont prévues dans un an, un nouvel acteur  sur la scène politique  burundaise vient de naître: il s'agit du Mouvement d'Actions Patriotiques, MAP- Burundi Buhire. Un mouvement politique citoyen qui se donne comme mission, la refondation de la nation et de l'Etat burundais. Mais, qu'apporte de nouveau ce mouvement, sa vision, sa force, sa méthodologie d'action et son regard sur les autres acteurs politiques burundais? La rédaction d'Imburi Phare a rencontré le Professeur Libérat Ntibashirakandi, porte-parole du MAP-Burundi Buhire. Il est l'invité de la semaine sur Imburi Phare Media. Interview. 

Êtes-vous un parti politique, un mouvement ou tout simplement une organisation de la société civile ?

MAP-BURUNDI BUHIRE est un mouvement politique citoyen rassembleur et inclusif pour la Refondation de la Nation et de l’Etat burundais. Il a été lancé officiellement le 12 avril 2019 après un large processus de consultations entre Burundaises et Burundais résidant au Burundi et ceux de la Diaspora. Les membres fondateurs sont préoccupés par la situation actuelle d’impasse politique et de délabrement de tous les secteurs de la vie nationale. Ce n’est ni un parti politique, ni une organisation de la société civile mais plutôt un mouvement politique ouvert à tous les patriotes burundais.

Il existe plusieurs organisations (mouvements civiles ou armés, clubs, associations…) nées de cette crise que le Burundi traverse depuis 2015. Certaines n’existent que de nom, d’autres sont des morts-nés, d’autres encore n'ont fonctionné que quelques jours. Qu’apporte de nouveau le MAP ?

L’on assiste effectivement au Burundi à une prolifération de partis et organisations politiques depuis les années 1992 et qui se sont partagés les postes de responsabilité dans la gestion de notre mère Patrie. Toutefois, le Burundi n’a pas cessé de sombrer dans des violences. L’histoire du Burundi est caractérisée par des conflits cycliques, une mauvaise gouvernance et des violations massives des droits humains : des personnes sont tuées pour leurs appartenances ethniques, leurs croyances religieuses, leurs régions d’origine, ou tout simplement parce qu’elles n’épousent pas les idées du parti au pouvoir. Cette situation s’est aggravée depuis 2015, avec plus de 2000 personnes tuées, plusieurs milliers de personnes emprisonnées ou disparues, des femmes violées et un demi-million de citoyens qui ont fui le pays et mènent une vie déplorable dans les camps de réfugiés dans les pays voisins, tandis que d’autres se retrouvent entassés dans des camps de déplacés à l’intérieur du pays. Sur le plan économique, tous les secteurs de la vie nationale sont délabrés. Les patriotes burundais ne peuvent donc pas accepter que leur Mère Patrie s’effondre sous leurs yeux et sans rien faire. D’où cette urgente nécessité de repenser l’Etat-Nation et s’engager dans un long processus de refondation de la Nation et de l’Etat burundais. Qu’apporte de nouveau le MAP ?

 MAP-BURUNDI BUHIRE apporte

  • une méthodologie d’approche de faire la politique notamment la méthodologie participative basée sur des consultations publiques. Avant de lancer publiquement le mouvement, une consultation publique d’une durée de trois semaines (du 2 au 24 mars 2019) a été lancée auprès des compatriotes burundais afin de contribuer par des idées sur l’orientation de la création du mouvement de refondation de la Nation ; 
  • un concept nouveau dans le sillage politique burundais, celui de la refondation de la Nation et de l’Etat burundais. Il s’agit de proposer aux burundais un projet de société et une nouvelle vision pour mettre fin aux maux dont souffrent les burundais depuis plus d’un demi-siècle et construire un Burundi digne, moderne, paisible et prospère ; 
  • une nouvelle classe politique inclusive qui met au centre dans toutes les actions l’intérêt des citoyens avec sa propre feuille de route et son propre agenda sans suivre les pas du pouvoir de Gitega ou de Bujumbura. 

Cela fait exactement un mois que le MAP est officiellement lancé ! On a vu un début difficile avec les premières défections dès le 1er jour du lancement. Que s’est-il passé au fait ?

Je ne dirai pas que c’est un début difficile avec deux membres fondateurs qui se sont retirés, dont un était membre du Bureau de Coordination. Pourquoi ? Les deux membres ont participé à l’assemblée constituante et ont contribué par d’excellentes idées, chacun dans son domaine d’expertise, et nous tenons d’ailleurs à les remercier pour cela. Donc, ce n’est pas un problème d’idéologie, ni de rivalités pour le leadership. Ce fut plutôt un malentendu sur la nature de MAP qui, d’ailleurs n’avait pas raison d’être car tous les membres fondateurs ont adhéré à la vision et à la nature de MAP en tant que mouvement politique comme c’est bien repris dans la déclaration politique rendue publique le 2 mars 2019.

Qui parle de Mouvement vers un but ultime clairement énoncé évoque le démarrage par une poignée de personnes partageant une vision et un agenda pour poursuivre cette mission, et qui rallie au fur et à mesure d’autres personnes qui épousent cette vision et veulent également s’investir vers l’atteinte de ce but ultime.  C’est un ralliement volontaire. Chacun garde la prérogative de quitter le Mouvement sans aucune rétorsion. 

Par ailleurs, dans toute organisation politique ou autre, chaque membre a le droit de se retirer. Ce phénomène qui arrive au sein du MAP ne peut pas être considéré de quelque façon que ce soit comme inusité, déplacé, inconvenant, inattendu ou surprenant. Plutôt, ne faudrait-il pas voir les choses autrement comme quoi MAP est ouvert depuis son lancement aux membres des autres formations politiques surtout quand ils adhèrent au concept de MAP de refondation de la Nation et de l’Etat burundais.

La question a été gérée à l’interne et les portes restent grandement ouvertes à tout burundais patriote qui adhère aux idées de MAP. La refondation de la Nation et de l’Etat burundais est un chantier qui sera long mais exaltant, aucun patriote burundais ne devrait se dérober de son devoir de bâtir un Burundi paisible, uni, digne et prospère tant rêvé par nos ancêtres qui ont lutté pour son indépendance.

Votre mouvement fait appel à l’union de tous les patriotes burundais, envisagez-vous une alliance avec d’autres partis ou mouvements politiques pour renforcer les forces d’actions patriotiques ?

La préoccupation d’aujourd’hui de MAP- BURUNDI BUHIRE est de jeter les bases de la refondation de la Nation et de l’Etat burundais. MAP-BURUNDI BUHIRE est attaché à la méthodologie participative dans toutes les actions patriotiques. Nous n’hésiterons jamais de consulter les Burundais qu’ils soient membres ou pas des partis politiques.  Au MAP BURUNDI BUHIRE, nous avons une ferme volonté de travailler avec tous les Burundais patriotes mais dans le strict respect des valeurs d’Ubuntu, d’Ubushingantahe, d’honnêteté, de respect mutuel et du respect de la parole donnée. La refondation de la Nation est un processus long qui nécessite les énergies et forces de toutes les filles et de tous les fils de notre Burundi. Le moment venu, s’il s’avère nécessaire que pour réaliser sa vision, MAP-BURUNDI BUHIRE a besoin d’une alliance avec d’autres patriotes organisés, les organes habilités du mouvement en décideront en conséquence.

On a vu votre position par rapport aux accords d’Arusha. Le MAP pourrait-il remplacer ou renforcer le CNARED en perte de vitesse ?

L’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation était un contrat social entre les deux grandes composantes de la société burundaise. Il a été le socle sur lequel le Burundi a été politiquement construit depuis l’an 2000. Il n’est pas parfait et l’on sait très bien qu’il a été signé avec des réserves malheureusement qui n’ont jamais été vidées. Toutefois, l’Accord d’Arusha reste une très bonne base comme système démocratique consociatif applicable dans un pays comme le Burundi où le risque d’exclusion est grand. La violation de cet Accord aura des effets négatifs sur tout le pays et le risque est élevé que le Burundi sombre encore dans un conflit ethnique comme avant sa signature.

En conséquence, MAP-BURUNDI BUHIRE œuvrera aux côtés des autres forces vives de la Nation pour exiger la réhabilitation de cet Accord historique malgré ses imperfections. MAP-BURUNDI BUHIRE apprécie à juste valeur tous les efforts qui ont été déployés par ceux qui ont résisté à toutes les tentatives de violation de cet accord.

La revendication pour la réhabilitation de l’Accord d’Arusha est une des actions de MAP-BURUNDI BUHIRE mais qui n’est pas synonyme de remplacer ou renforcer le CNARED. MAP-BURUNDI BUHIRE

Le gouvernement burundais refuse toujours le dialogue avec la « vraie » opposition. Quelle est votre force pour changer les choses au Burundi ?

La force de MAP réside dans sa vision, sa méthode participative basée sur des consultations publiques et la détermination des membres qui sont de plus en plus nombreux pour porter ce projet combien louable de bâtir un Burundi moderne, un Burundi où il fait beau vivre, un Burundi où seront bannis les crimes répétitifs, un Burundi réconcilié et caractérisé par une justice équitable pour tous les citoyens.  

Quel regard portez-vous sur l’action de résistance déjà entreprise par certaines formations armées contre le pouvoir de Bujumbura ?

Nous pourrions reprendre cette phrase de Nelson Mandela: « Quand un homme est privé du droit de vivre la vie dont il croit, il na dautre choix que de devenir un hors la loi ». L’action de résistance a pour origine la privation des libertés, la frustration, les crimes, l’injustice et le désespoir, qui rongent une grande partie de la société burundaise, et qui est alimentée par la pauvreté, les inégalités et la discrimination. Nous comprenons parfaitement de tels mouvements de résistance.

MAP: Mouvement d’Actions Patriotiques. Mais qui dit patriotiques n’exclut pas la lutte armée, non ?

MAP-BURUNDI BUHIRE est un mouvement politique citoyen, et non un mouvement armé. Les actions patriotiques ne se limitent pas uniquement à la lutte armée. L’état de délabrement de l’économie burundaise et les services sociaux, le chômage des jeunes, les inégalités sociales et la destruction des valeurs, etc. nécessitent des actions patriotiques pour rebâtir la Nation de façon cohérente. La priorité de MAP-BURUNDI BUHIRE est de finaliser un projet de société pour un pays moderne et les Burundais eux-mêmes détermineront ensemble les moyens qui créeront des conditions favorables pour le mettre en œuvre avant que le pays ne sombre.

Comment allez-vous mener des actions au Burundi alors que la plupart des leaders du MAP sont à l’extérieur et que vous n’avez pas de base au Burundi ?

La méthodologie participative adoptée dans la création de MAP-BURUNDI BUHIRE à travers les consultations publiques a permis d’avoir des membres au Burundi et à l’extérieur du Burundi. MAP-BURUNDI BUHIRE a des bases au Burundi. MAP-BURUNDI BUHIRE a des membres effectifs et des sympathisants. Pour des raisons sécuritaires, nous ne pouvons pas exposer nos membres qui sont au Burundi. Ce qui est très important, tous les membres sont à l’œuvre et sont déterminés à atteindre les visées de MAP-BURUNDI BUHIRE.

De nouvelles échéances électorales approchent. Quel « imburi » (conseil, alerte, appel à réflexion, information à ne pas négliger) donnez-vous au pouvoir de Bujumbura (ou plutôt de Gitega), à toute la population et à tous ceux qui s’intéressent au Burundi ?

Le pouvoir de Bujumbura s’entête à organiser des élections alors que le Burundi est à la croisée des chemins : le dialogue est bloqué, pas de paix, des dizaines de milliers de prisonniers politiques, un demi-million de personnes dans les camps de réfugiés, des partis politiques de l’opposition démantelés et leurs leaders en fuite, des hommes d’affaires, des journalistes, des intellectuels et des enseignants en exil, saisie extra-légale par le pouvoir de Gitega ou de Bujumbura des biens meubles et immeubles de personnalités étiquetées de putschistes ou d’opposants radicaux, de frondeurs, etc. Ce n’est pas un environnement propice pour organiser des élections. De plus, à quoi bon d’organiser des élections qui n’améliorent pas les conditions de vie de la population ? A quoi bon d’organiser des élections qui risquent de renforcer la crise ?  Les dirigeants de Bujumbura devraient entendre raison et mettre au centre les préoccupations des citoyens qui souffrent et qui ne savent plus à quel saint se vouer.

A toute la population burundaise de garder espoir et courage. Il y a urgente nécessité que le peuple burundais fasse un sursaut national pour l’honneur de la Patrie, de dépasser tous les clivages et les égos, se rassembler autour de l’unique objectif de sauver la Patrie en danger de liquidation en tant que Nation-Etat. Que les prochains mois soient ceux de la Refondation de la Nation burundaise pour en faire un pays pacifié, réconcilié, digne, démocratique et prospère.

A tous ceux qui s’intéressent au Burundi de contribuer aux côtés des Burundais à cet exaltant chantier de refondation de la Nation burundaise.   

Propos recueillis par Gilbert Cyiza

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