Burundi: Nkurunziza se lance des fleurs pour son bilan de 15 ans de pouvoir



Dans sa « dernière » conférence publique ce jeudi, Nkurunziza a tenu à se féliciter de ses réalisations durant les 15 ans passés au pouvoir. Selon lui, il aurait pu même faire mieux si la communauté internationale et le Rwanda ne lui avaient pas mis les bâtons dans les roues [sic].  

Il commence à évoquer un bilan positif pour ses 15 ans au pouvoir. Epinglant tour à tour les résultats des secteurs développés grâce au travail laborieux du peuple burundais et aux bénédictions divines, le Président Pierre Nkurunziza estime qu’aucun de ses prédécesseurs n’a réalisé ce qu’il a déjà fait pendant la durée qu’il a passée au pouvoir. La rédaction vous propose l’extrait de cette conférence publique tenue ce jeudi, 26 décembre, à Gitega, la capitale politique du pays.

 « Je suis très satisfait de la manière dont le peuple burundais s’est développé durant les 15 ans. Près de 80% des projets de développement de différents secteurs de la vie nationale ont été par des burundais eux-mêmes. C’est un grand pas atteint. C’est le fruit des efforts des burundais et de la diaspora qui, grâce aux efforts conjugués, ont pu construire des hôpitaux, des écoles, des universités et des hôtels, etc. Les burundais aiment leur pays et l’ont déjà compris !», se félicite Pierre Nkurunziza.

« Au niveau global, les pays pauvres comme le Burundi souffrent de leur endettement.  Entre 2008 et 2018, sur tout le continent Africain, la dette des pays francophones  a plus que doublé dans les pays à bas et moyens revenus  passant de 3 462 milliards de dollars à 7 810 milliards de dollars (environ 7 010 milliards d’euros). Le Burundi fait partie de ces pays. Le service de la dette absorbe en moyenne 40 % des recettes budgétaires des pays francophones à bas revenus, ce qui leur laisse peu de marge de manœuvre financière pour progresser vers le développement dont il est question ici. Il n’a pas non plus les ressources pour financer le développement ; sa dette sert maintenant à rembourser la dette. C’est comme ça. Au niveau national, en 2019, le Burundi s’est endetté  à 13% de son PIB par rapport à l’année précédente de 2018.  Peut-être que le développement qui est évoqué ici est plus individuel. Dans ce sens, le classement 2019 du PNUD sur le bien-être de la population, le Burundi  occupe la place de 189 sur 189 pays classés. Le moyen le plus efficace pour se développer, c’est que le Burundi essaie  d’attirer les investissements étrangers. Cela est seulement possible si la gouvernance est améliorée. Or, le Burundi reste le 2eme pays  corrompus de l’Afrique de l’est. Les capitaux qui arrivent sont parfois détournés par la corruption et fuient vers les pays riches. Donc, si les investissements augmentent, alors les recettes fiscales aussi augmentent, et le poids de la dette diminuera. En réalité, le pays est vraiment loin de se développer » commente un économiste contacté par la rédaction. 

Dans son discours, Pierre Nkurunziza évoque sa  fierté de voir les politiques burundais changer : « Je suis également satisfait de la manière dont les politiciens se sont comportés depuis 2005. C’est vrai, nous avons connu peu de problèmes comparativement à mes prédécesseurs car les événements qui sont survenus en 1961, 1965, 1993 ne se sont pas produits. C’est un grand pas en avant. Les problèmes auxquels nous avons fait face arrivent aux autres pays. Le grand défi pour le Burundi reste l’ingérence de la communauté internationale et d’autres pays dans la gestion des affaires internes du pays, ce qui aboutit au ralentissement du développement du pays. C’est le plus grand défi que j’ai remarqué durant les 15 ans que j’ai passés au pouvoir.

Nous avons été à la hauteur pour faire face à l’ingérence de la communauté internationale et au Rwanda. N’eut été ces difficultés, le Burundi aurait déjà atteint un grand pas dans le développement. »

«La violence politique se situe, suivant son degré d'intensité mesuré par les pertes de vies humaines, à plusieurs niveaux que séparent des seuils de violence. Pour le cas du Burundi, depuis l’an 2005, le pays a retrouvé une stabilité politique grâce à la signature des Accords d’Arusha. Mais sur une période de dix ans, il a été constaté que cet accord n’a pas vraiment réussi à unir les burundais ; un mandat controversé du Président semble réveiller les démons du passé, une crise politique nait et la suite est connue : refugiés, naissance des mouvements armés, déplacés internes, ce qui hypothèque le retour à la normale. Le discours du Président identifie  les bons du méchant, il créée des bouc-émissaires (communauté internationale et le Rwanda). Pour moi, il est normal de braver la souveraineté du pays pour un président enfin de mandat. Sans entrer dans le détail d’une question fort complexe,  il a été plus que démontré, d’ailleurs l’Accord d’Arusha l’a bien spécifié, que les crises au Burundi naissent des odeurs ethno-politiques qui cachent des intérêts économiques. Or, l’exercice du pouvoir rime avec des intérêts. Ce qui compte, ce n’est pas la crise mais plutôt une culture politique responsable qui transcende les crises pour le bien du pays. Il reste à savoir si la classe politique burundaise est politiquement socialisée pour y parvenir. On n’a pas vu l’image de ces politiciens dans la crise de 2015! Les drames récurrents de l’Afrique centrale montrent suffisamment que tous les pays qui la composent vivent en résonance pour qu’on soit assuré qu’il n’y a pas de salut hors d’un règlement global.», indique un observateur contacté par la rédaction.

Pour son successeur, Pierre Nkurunziza lui recommande de  « sensibiliser la population sur l’intérêt du patriotisme. Il faudra qu’il leur inculque les valeurs du patriotisme pour cette génération et celles qui viendront. Un autre défi sur lequel il faudra travailler est l’économie. A la fin de mon mandat, nous avons très bien montré que le Burundi est riche et qu’il peut aider d’autres pays. Nous le disons souvent ; le Burundi n’a pas été créé pour être pauvre mais pour coopérer avec d’autres pays. Nous avons déjà aidé le monde dans pas mal de chose comme le déploiement des contingents de militaires et policiers pour les missions d’observation de la paix et dans lesquelles certains d’entre eux périssent tandis que d’autres se démarquent. Nous avons donné notre vie, donné l’arsenal militaire et des uniformes achetés par les burundais. C’est une grande contribution que nous avons faite par la communauté internationale. Un autre défi sur lequel il faut se focaliser est la méditation et l’amour du pays. Longtemps, nous avons été des ignorants.  

Le Président Pierre Nkurunziza s’est aussi exprimé sur des questions importantes de l’heure : la position des US sur la crise au Burundi dont le récent communiqué du gouvernement américain qui qualifie le Burundi comme l’un des Etats qui menacent la sécurité des US. « J’ai personnellement reçu l’envoyé des US de la sous-région. Il a été content et a promis d’aller dire ce qu’il a vu. Je pense qu’ils ont travaillé sur de faux rapports. Ce communiqué est comme un glaive transpercé dans le cœur des burundais vus les efforts fournis dans la lutte contre le terrorisme » martèle Pierre Nkurunziza.

Les journalistes ont aussi posé des questions sur l’attaque de Marura à partir de laquelle le Rwanda a été accusé d’agresseur ,  l’issue du rapport de la commission de la CIGL qui a enquêté sur cette attaque , la grève ultime du COSSESSONA dont les enseignants ont refusé la cotisation de 500 frbu pour des cas sociaux plus nécessiteux ,

l’avenir de la capitale politique de Gitega qui ne remplit pas encore les conditions de travail pour les autorités du sénat ou des ministères y affectés,  l’éboulement des terres dans les terres surplombant la ville de Bujumbura et pourquoi l’Etat ne fait rien pour protéger les rivières, la mise en œuvre de la politique d’harmonisation salariale qui va commencer au début de janvier 2020, si les annales amputées depuis 2011 peuvent-elles être réattribuées aux fonctionnaires avec le début de 2020 comme prévu par le gouvernement , la réussite de la politique de la tolérance zéro,  le défi liée au marché de devises et  les mesures palliatives à ces défis,  la fermeture des bars à 21heures,  l’avenir des importations via le lac Tanganyika et celui de l’équipe nationale de football Intamba mu rugamba qui n’arrive plus à gagner la majorité  de ses compétitions.

Bref, les perspectives d’avenir énoncées dans cette conférence, aussi certaines soient-elles, font généralement naître autant de nouveaux espoirs et de nouvelles inquiétudes, s’ajoutant encore à la complexité de la crise politique actuelle que la communauté internationale pourrait infléchir dans un sens ou un autre s’il se confirmait que le Burundi est aussi riche de la manière dont on l’évoque.

Steve Baragafise