Burundi : les enseignants de l’école secondaire menacent de grève en janvier prochain



Même si ce n’est pas encore officiel, les enseignants des écoles secondaires du pays menacent de grever. Pour cause, une décision du Président de la Coalition Spéciale des Enseignants pour la Solidarité Nationale et la Défense des Droits Socio-professionnels, COSSESSONA en sigle d’amputer une somme de 500 fr à chaque enseignant de l’école secondaire dès le début du mois de janvier 2020.

Selon la représentation du COSSESSONA, « cette contribution est d’intérêt social pour les enseignants membres du syndicat. Preuve à l’appui, le COSSESSONA vient en aide aux besoins d’urgence qu’éprouvent souvent ses membres. Cette année, ce syndicat a construit une maison pour un enseignant qui a vu sa maison s’écrouler, le syndicat a également payé les frais d’hospitalisation pour des enseignants qui ont été hospitalisés et a pu distribuer des tôles aux plus nécessiteux des enseignants et prévoient payer les frais funéraires pour des cas d’enseignants décédés ou de parentés de 1er degré ainsi que le paiement des frais de transfert pour des soins médicaux d’un enseignant malade »,  indique la représentation du COSSESSONA. Le 20 décembre, Victor Ndabaniwe réaffirme, dans un tweet, cet engagement du syndicat en ces termes : « 60% des frais qui seront amputés par le COSSESSONA serviront à porter secours aux enseignants en détresse. Le reste sera affecté dans les cas de secours des populations victimes de vieillesse, les veuves et les orphelins» lit-on. 

Les opinions des enseignants sur cette décision divergent

Du coup, une telle décision d’amputer une somme de 500 frbu sur un salaire d’un enseignant ne peut pas laisser indifférents les concernés. Nestor Nkurunziza, enseignant de la province de Mwaro nous fait des calculs suivants : « Si le syndicat ampute une somme de 500frbu par enseignant, cela représente 6000frbu amputés annuellement. Alors, les enseignants sont au nombre de 89 mille enseignants. Le calcul est simple. Le syndicat va avoir une somme de plus de 500 millions par an» ce qui n’est pas moindre dans un pays où pour ouvrir une micro finance, une somme de 300 millions peut suffire pour avoir la permission de la Banque Centrale du Burundi», fait savoir à la rédaction.

Une autre enseignante de la direction provinciale de l’enseignement en province de Rutana réagit : « Le salaire d’un travailleur est sacré. Personne ne peut s’arroger le droit d’amputer une somme quelconque sans disposer un ordre de virement. Je suis plus surprise par ces décisions qui passent inaperçues aux yeux des décideurs.  Pour moi, la chose est claire. Si le COSSESSONA ampute cette somme alors que le membre n’a pas signé le formulaire d’adhésion au syndicat, celui-ci va saisir la Fonction publique. Le COSSESSONA n’a pas du tout le mandat de l’ONPR, l’INSS ou la MFP », martèle-t-elle.

Qu’en dit le COSSESSONA ?

Selon les informations dont détient la rédaction, le COSSESSONA menacerait de porter plainte contre quiconque refuserait d’accepter sa décision. Ce syndicat se dit d’ailleurs être l’un des plus puissants du monde des enseignants qui plaident pour leur cause, ce qui ne convainc pas certains enseignants :

« L’essence des cotisations au sein du COSSESSONA était de porter secours auprès des populations de la province de Kirundo, au nord du pays, qui étaient victimes de sécheresse. C’était en 2007. Chaque enseignant payait une somme de 2000fr. En tout, c’était 160 millions récoltés.  Plus tard, au mois de Janvier et Février, les enseignants ont été amputés une somme de 5000fr sur leur salaire mensuel ; la raison n’étant pas cette fois-ci énoncée », se plaint Eric Ndikumasabo, enseignant de la direction provinciale de l’enseignement de Kirundo.

Visiblement, les enseignants attendraient la prochaine amputation salariale du mois de janvier 2020 pour entamer le mouvement de grève. Mais, certains enseignants restent sceptiques quant à l’aboutissement de ce mouvement :

« Vu même la forme et le fond de la fiche (ou formulaire) d’opposition à la solidarité initiée par le syndicat, il est très facile d’identifier la personne qui s’oppose. On traitera la personne qui conteste cette décision de contestataire, non coopératif à la solidarité nationale, ce qui est passible de l’emprisonnement. On a été amputé une somme de 9.000fr en deux ans successifs sans que personne ne lève le doigt pour contester », ajoute Noël Dusenge, enseignant de la direction provinciale de Muyinga. 

Dans ces jours, le COSSESSONA et les enseignants ne faisaient pas beau ménage. En cause, la position de ce syndicat sur la politique d’harmonisation des salaires.

 « Les représentants du COSSESSONA affirment que la faisabilité de cette politique est très limitée. A défaut de quoi elle recommande la mise en application de la 5eme phase d’ajustement salarial. Le COSSESSONA accusait les syndicats du personnel médical et le COSYBU de torpiller la mise en œuvre de cette politique. Ce qui n’est pas vrai car le COSYBU par exemple a travaillé de nos côtés pour réclamer la détermination de la valeur du point emploi dont le nouveau statut propose que la valeur du point emploi sera déterminée par une ordonnance conjointe signée par les ministres de la fonction publique et celui des finances. De plus, le COSYBU nous a appuyé dans la détermination du point d’indice qui montre les distinctions entre les diplômes. D’où la révision de la grille indiciaire s’impose », indique un communiqué du syndicat des enseignants professionnels de l’Education, SEPEDUC en sigle.

Signalons que le COSSESSONA est une coalition de 6 syndicats des enseignants des écoles secondaires du Burundi. Il a été créé en l’an 2017 sous la direction de Victor Ndabaniwe.

Gaudence Uwineza