Burundi : un important dispositif militaire à la frontière avec le Rwanda



La population des communes Rugombo, Mabayi, Bukinanyana et Mugina de la province Cibitoke situées à l’Ouest du pays vivent dans la peur. En cause, une importante présence de militaires hautement armées observées aux frontières du Burundi avec le Rwanda.

Selon la population, « depuis lundi, il s’observe un mouvement de camions militaires qui amènent des soldats et les déposent aux frontières avec le Rwanda. Ces militaires sont équipes des armes lourdes raison pour laquelle des populations de la commune Mabayi ont dû fuir leurs ménages », indique une source sur place contactée par la rédaction. La plateforme SOS Media fait état d’un mouvement de déplacement interne de la population de Mabayi conséquent a cette présence.

Dans cette même logique, des informations relayées sur les réseaux sociaux ces derniers jours font état d’une présence importante de militaires après que des attaques aient été perpétrées sur le territoire du Rwanda dans la nuit du 8 au 9 novembre par un groupe armé non encore identifié.  Jusqu’ici, le Rwanda fait face à des attaques des groupes armés ; la plus importante étant celle qui a été perpétrée  en octobre dernier dans les secteurs de Kinigi et Musanze dans la région près du parc national volcanique, l'une des destinations touristiques du pays. Les suspects arrêtés ont déclaré qu'ils appartenaient aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, les FDLR. Mais ce groupe n'a pas encore officiellement revendiqué la responsabilité de l'attaque.

Pourquoi cette présence ?

C’est la question que se posent  les habitants de ces communes.  Outre les attaques qui ont été menées et revendiquées par le Red-Tabara le 22 octobre dernier  et l’assassinat en masse de 3 personnes dans un bistrot de la capitale la nuit du 1er au 2 novembre, les frontières du Burundi avec le Rwanda n’avaient pas jusque-là encore suscité une telle attention des Forces de Défense Nationale, la FDN. Sauf que très récemment, la situation  mène au changement d’attitude : Octobre, les FARDC mènent des attaques contre des groupes rebelles qui sévissent au Sud-Kivu dont les FDLR, une force militaire opposée à Kigali. Au cours de ces attaques, les FARDC ont affirmé avoir tué le général Sylvestre Mudacumura, commandant de la brigade génocidaire des FDLR et capturé  quatre burundais qui font partie d'un groupe de 25 combattants du RNC arrêtés en RDC avant d'être extradés vers Kigali où ils ont comparu le même mois devant un tribunal militaire de la capitale rwandaise, Kigali.

« Les captifs indiquent que le Burundi est le lieu de transit pour les jungles de la RDC. Ils disent avoir été reçus et que leur entrée sur le territoire congolais est facilitée par de hauts officiers de l'armée burundaise», lit-on sur burundidaily.net. Jusqu’à présent, le Burundi n’a pas réagi sur cette situation. Visiblement, cette situation n’est venue réconforter la situation malgré que le 30 avril de cette année, une décision de rapprochement s’était prise à Bujumbura. Les autorités burundaises remettent 7 rebelles rwandais capturés à la frontière avec le Rwanda. Ces combattants rwandais s’étaient repliés vers le Burundi lors d'affrontements qui les opposaient à l'armée rwandaise. Ils avaient été arrêtés le 8 avril par la police burundaise. Kigali n’a pas commenté cet acte. Il a préféré la prudence.  

De plus, cette remise avait eu lieu en présence d’une forte délégation de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs, de la Monusco (mission onusienne en RDC), de la Sadec (Communauté de développement de l'Afrique australe) et des autorités policières et administratives burundaises. S’agissait-il d’un signe de rapprochement formel entre les deux pays ?

Ce qui est sûr, les pays de la sous-région des Grands Lacs sont marqués par une dynamique régionale très complexe avec des clivages locaux et des conflits nationaux qui prennent souvent des dimensions transfrontalières. Chaque fois qu’un conflit a eu lieu dans un des États de la région, l’équilibre des pays voisins a été lui aussi menacé. C’est le cas du génocide rwandais de 1994 qui a eu des répercussions sur le déclenchement du premier conflit au Zaïre (RDC).

Bien plus, malgré la mise en œuvre de mécanismes de contrôle de la déstabilisation régionale comme la CIRGL et les Nations-Unies, le défi de la construction de la paix durable persiste. Dans cette région, les violences entraînent des pertes en vies humaines, des déplacements de populations dans tous les sens, la destruction des infrastructures de base et le pillage économique. Toutefois, les échanges socio-économiques et culturels entre les populations des espaces transfrontaliers demeurent intenses malgré les tensions et les conflits au sommet des États de la région.

Steve Baragafise