Burundi : des congrès collinaires pour trouver des candidats aux élections de 2020



Le parti cndd-fdd organise du 2 au 9 novembre 2019 des congrès collinaires à travers tout le pays. Ces congrès ont pour objectif de dégager de nouveaux leaders du parti qui se présenteront dans les élections de 2020.

« Le parti cherche à identifier des membres qui ont été utiles à la fois pour le parti et le pays. Cette utilité doit être témoignée à partir de la colline de naissance. C’est pour cette raison qu’on organise des congres collinaires pour toute une semaine afin de designer qui se portera candidat dans les élections de 2020 », indique à la rédaction une source au sein du parti cndd-fdd. A la question de savoir si réellement le parti au pouvoir a de nouveaux chantiers qui obligent une telle rigueur, notre source répond :

« Le parti a été miné par plusieurs spéculations. Des membres non actifs ont émergé à tel point qu’on arrive plus à voir le rôle qu’ils jouent pour le parti. On ne veut plus des figurants, on veut des membres actifs et qui le sont même jusqu’aux collines. Ces congres est une sorte de sanction ou de reconnaissance pour ceux qui sont politiquement actifs et qui sont reconnus par nos militants collinaires. On change de stratégies pour avoir un leadership nouveau. On fait des débats, discute de la vie du parti et identifie les plus meilleurs » ajoute la source.

Des congrès collinaires qui cacheraient de grands défis

Ce n’est pas habituel de voir les membres du parti au pouvoir se mettre à l’école de la démocratie. Nombreux sont ceux qui pensent que ces congrès sont plutôt plus liés aux difficultés que le parti éprouve pour les échéances électorales de 2020 comme l’indique un observateur contacté par la rédaction :

« Ce sont des congres qui se tiennent dans un moment critique où le parti au pouvoir hésite entre le retour du président Nkurunziza et la consécration du nouveau dauphin. Cette hésitation se répercute également sur l’électorat interne. Sur la scène politique, on a deux partis en quête du pouvoir avec deux tendances très évidentes : le Cndd-fdd n’est pas certain qu’il va gagner ces élections face au parti CNL d’Agathon Rwasa ; le grand enjeu de ces élections étant le retour ou non du Président actuel. Cet enjeu est à la base de la rupture ou de la continuité du système. Déjà, le parti au pouvoir serait lui-même divisé sur ce sujet.  J’imagine que ce sujet ne peut pas passer inaperçu dans ces congres. Logiquement, il constituerait le centre des débats.  Un autre débat est relatif à la situation sécuritaire du pays après le passage du Mouvement Red-Tabara. Les membres ont soif de connaitre la réponse à apporter. Du moins, ces moments exigent des réponses pratiques du parti vu les enjeux électoraux en cours », martèle la source.

Depuis 2015, le continent africain est à l’équilibre entre démocraties avérées et dictatures stables dont le Burundi: 22 contre 22 en 2015, 23 contre 23 en 2016 selon l’étude Démocraties et Dictatures en Afrique(2017) du Journaliste Martin Razin. Entre 1990 et 2005, la courbe des pays en transition vers la démocratie ne donne pas une bonne indication de l’avancement de la démocratisation du continent car il y a alors trop d’échecs. Elle montre les efforts des démocrates mais pas leur réussite. A partir de 2006, les transitions vers la démocratie étaient plus solides et avaient de meilleures chances d’aboutir ; le Burundi ayant suffisamment subi d’échecs dans l’accompagnement a posteriori des crises électorales.

Par Gaudence Uwineza