Burundi : Trois personnes tuées dans un bistrot de la capitale



Bujumbura s’est réveillé aujourd’hui sous le choc d’un triple assassinat atroce perpétré la nuit dernière à la jonction de deux avenues Muyinga et Ruyigi, en zone urbaine de Rohero dans un bar communément appelé chez Gilbert.  Trois victimes dont Melchisédech Ntaraka, cadre de la Banque Centrale (BRB), Mudeyi, un commerçant et pensionné et un officier de l’armée surnommé Mugamba.

Moïse Nkuruziza, le porte-parole adjoint du Ministère de la Sécurité Publique fait savoir que « selon les informations dont détient la police, les assassins à mains armées sont venus à bord d’un véhicule de bord Land-Cruiser vers 21h. Ils ont tiré sur ces personnes et sont mortes sur le champ. A l’instant, les investigations ont déjà commencé », indique-t-il à la Radio Isanganiro sans ajouter d’autres précisions.

Très tôt ce matin, les réseaux sociaux présentent différentes hypothèses sur cet assassinat. La première version dit qu’il s’agit d’un assassinat à base régionale et ethnique. En effet, les trois personnes victimes seraient toutes natives d’une même région, celle de Mugamba et seraient tous des Tutsis. Mais, elle n’établit pas une liaison entre les victimes et le coup prémédité.

L’autre version est centrée sur le profil professionnel des victimes. « Je pense que la personne la plus visée serait  Melchisédech Ntaraka, le haut-fonctionnaire de la Banque Centrale du Burundi. Pour cause, celui-ci dirige le service qui octroie et gère les devises.  A l’instant, diriger ce service est plus risqué quand on sait les démêlés qui se trouvent derrière. Soit il détenait des secrets qui gênent, soit il aurait refusé à exécuter des ordres d’un puissant tiers, soit son poste est plus que jamais convoité. Les profils professionnels des autres victimes ne pourraient pas mener à un assassinat pareil s’il ne s’agit pas étrangement de règlements de comptes. Mudeyi était âgé, commerçant et pensionné et l’Officier Mugamba avait un bel avenir dans l’armée tout comme d’autres officiers de son grade », commente un internaute.

Outre des assassinats politiques ciblés à l’endroit des différents membres des partis de l’opposition, il n’est pas fréquent de voir des personnes de haute considération sociale être tuées en masse comme on l’a vu cette nuit.  Les assassinats ciblés prennent la forme d’enlèvements, d’arrestations, de détentions arbitraires, d’exécutions sommaires ou d’emprisonnements.  L’exemple est celui du Colonel retraité Jean Bikomagu qui a été assassiné à ciel ouvert par balle le 15 août 2015 devant son domicile et Jean-Marie Vianney Rugerinyange, cadre et directeur de la culture au sein du Ministère des sports et de la culture qui a été porté disparu le 29 septembre et retrouvé enterré chez lui le 4 octobre 2019.

Le Burundi vit une crise politique et économique suite au forcing électoral de 2015 où le Président Pierre Nkurunziza a brigué un mandat illégal que les Accords d’Arusha et la Constitution lui interdisaient. Depuis lors, il règne dans le pays un climat de peur et d’incertitude  marqué  par l’échec de la médiation et la persistance des violations massives des Droits de l’Homme. La grande partie des crimes restent impunis, ce qui ne fait qu’attiser davantage de telles violences et la justice reste prisonnière d’un système politique corrompu.

Gaudence Uwineza