Burundi : le Red-Tabara attaque à l’Ouest du pays



La province de Bubanza située à l’Ouest du pays a fait objet hier matin d’une attaque des hommes à mains armées du mouvement Red-Tabara venu de la République Démocratique du Congo.  Au cours de cette attaque, 20 personnes dont le Chef de la colline Mitakata, zone Randa, commune Gihanga, province Bubanza ont été enlevées pour le transport de ravitaillement avant d’être relâchées dans l’après-midi.

Selon des informations dont dispose la rédaction : « des combats  entre les militaires de la FDN et les hommes armés (du mouvement Red-Tabara)  se déroulent actuellement tout près de la Kibira de Musigati. Ces hommes armés sont entrés au pays par les communes de Musigati et de Gihanga. Ils ont formé 3 groupes qui ont réussi à pénétrer dans la foret de la Kibira. Militairement formés, leur pénétration facile sur le territoire continuerait même dans les jours à venir », indique à IPM une source se trouvant à Bujumbura.  Vers 9h de ce mardi, les habitants proches des localités de Mpanda et Musigati avaient déjà pris fuite suite à la panique. Ils s’inquiètent de l’issue de ces combats.

« Une chose que vous ignorez est qu’avant ces combats, les populations des provinces de l’Ouest du pays avait ces jours-ci fui le pays vers la République Démocratique du Congo. On compte déjà près de 2000 personnes. Il faut le dire, les régions proches de la RDC ne sont plus en toute sécurité que vous le pensez. A l’interne, le parti au pouvoir y avait distribué des armes pour les imbonerakure. De l’autre côté, des combats pour chasser des groupes armés sévissant au Sud-Kivu ont fait rage ces derniers jours. C’est une partie très fragilisée par l’insécurité, ce qui touche naturellement le pays », martèle notre source. Les autorités provinciales et les forces de sécurité essaient de tranquilliser les populations et jusqu’à présent, le Red-Tabara a revendiqué les attaques effectuées tôt ce matin sur le territoire burundais. Le bilan est d’1 policier tué, 1 rebelle capturé, 4 militaires grièvement blessés selon les médias locaux et un responsable du mouvement qui s’est confié à l’Agence Française de Presse.

L’objectif des combats

Il a été annoncé dans un tweet que le Mouvement Red-Tabara a rendu public aujourd’hui-même : « Ce 21 Octobre 2019, date d’anniversaire de l’assassinat du héros de la démocratie, les vaillants combattants de Red-Tabara lancent le début d’’une résistance pour un Etat de Droit et rappelle que le combat pour la démocratie est plus que d’actualité au Burundi.  Les vaillants combattants de Red Tabara de passage dans la province de Bubanza ont eu un contact avec l’armée de Pierre Nkurunziza. Le Burundi n’est aussi stable que le prétend le regime en place », mentionne le tweet.

Ce mouvement armé dénommé Red-Tabara  se fait  parler de lui  ces derniers jours. Au profil d’un mouvement armé actif, il mène des combats dont la portée reste particulièrement intense au Sud-Est de la République Démocratique du Congo. Ce mouvement avait été soupçonné par les autorités burundaises d’avoir attaqué le pays. C’était le  20 Octobre 2018 en commune Nyamitanga, province de Cibitoke.

Dans ce temps, le Ministre de la Sécurité publique présente un plan de poursuite de ces malfaiteurs. Un mois plus tard, la parole est jointe à l’acte. Le 3 novembre 2018, des affrontements avaient eu lieu, dans le groupement de Kigoma, entre des groupes armés burundais et les éléments de la FDN.

« On dit que les groupes armés qui combattent contre le régime se sont réunifiés pour une seule cause. Si cela s’avère vrai, on imagine que la suite est pour le moment très compliquée. Ce qui est sûr, la paix n’est pas pour demain car le régime a déjà refusé toute ouverture de négociation. Même Uhuru Kenyatta n’a pas réussi à convaincre le régime sur l’impérieuse nécessité d’ouverture. Il a dû annuler sa visite du 8 octobre dernier. Pour cause, il tenterait de négocier le pouvoir d’annuler les mandants internationaux contre les opposants et de convaincre le Président de ne pas briguer un autre mandat. En retour, il aurait promis au Président une meilleure sortie pour 2020. Tout a échoué. C’est de l’incertitude totale », fait savoir notre source. 

Les causes des combats

Selon un observateur, les facteurs politiques sont la seule base d’explication de ces affrontements. Ils sont justifiés par le déficit de légitimité du pouvoir issu des élections contestées de 2015. Quand  le parti au pouvoir a décidé de faire cavalier seul, cette situation a créé une situation évolutive de disparition des compromis sociopolitiques, des querelles des chefs pour l’accès au pouvoir et de décomposition de citoyenneté où des groupes politiques se sentent définitivement exclus.

Cela a été amplifié par le fait que le gouvernement a mis en place des réformes (comme le code électoral, la nouvelle constitution du 7 juin 2018) excluantes qui seraient fondées sur le principe de souveraineté acquise au prix de la victoire militaire. C’est en partie une forme de radicalité, ce qui bloque toute issue à un compromis politique. Pour moi, ces affrontements seront plus présents que le système d’accaparement des richesses qui viennent de l’Etat ne donne pas également lieu à la distribution, contrôle et sanction.

« Ces affrontements sont pris alors comme une finalité politique pour soit accéder au pouvoir ou le conserver. Ils traduisent également la défaillance de contrat social qui avait été consacré par les Accords d’Arusha », ajoute l’observateur.

A l’intérieur, le climat, le contexte et l’espace politique n’arrangent pas le retour à la normalité : les membres du Conseil National de Liberté (CNL), le nouveau parti de l’infatigable opposant Agathon Rwasa, sont intimidés, traqués même assassinés, tandis que le parti CNDD-FDD fait face à une fronde interne qui ne dit pas son nom et les journalistes indépendants restés au pays (le reste contrait à l’exil depuis 2015) peinent à travailler. Pour preuve, quatre journalistes du groupe d’Information Iwacu sont détenus dans le commissariat de la Province de Bubanza pour avoir tenté de faire un reportage sur les combats de ce mardi, pauvreté endémique, chômage exagéré, manque de perspectives d’avenir, etc.  Si ces groupes armés s’installent durablement sur le territoire, c’est le régime qui aura visiblement servi de pépinière par ses actions anti démocratiques et répressives depuis 2010 mais surtout et plus encore depuis 2015.  

Steve Baragafise