Burundi : La FOMI garde un marché exclusif de vente des fertilisants pour toutes les communes du pays



C’est obligatoire. Toutes les communes du Burundi doivent exclusivement acheter annuellement des fertilisants organo-minéraux à l’usine FOMI. La part pour ces achats est estimée à plus de 120 millions de francs bu sur les 570 millions que le gouvernement donne aux communes comme fond de développement communal.

« La part de ces achats représente plus de 43% des fonds de développement communal. C’est à l’usine FOMI qu’on doit faire des commandes de ces fertilisants. Cette usine de production des fertilisants organo-minéraux garde d’ailleurs le monopole jusqu’aujourd’hui. Les prélèvements se font à la caisse. Théoriquement, ils vont directement aux caisses de l’usine sans passer par les communes qui ont de l’autonomie sur la gestion de cette entité que lui confère la loi communale de 2005 », indique notre source.

Pourtant, l’usine FOMI ne serait plus à la hauteur de produire et de satisfaire le marché local malgré toutes les sommes d’argent qu’elle reçoit annuellement des communes et des cultivateurs locaux. Le 10 octobre 2019, les cultivateurs de la province Karusi, au centre du pays, se sont plaints sur la non-disponibilité des engrais chimiques FOMI malgré qu’ils aient payés. Des doutes subsistent encore.

« Nous avons des doutes sur la disponibilité des fertilisants que nous avons payés à l’usine FOMI alors que la saison culturale A avance. On n’est même pas informé sur les procédures pour leur utilisation. Même les moniteurs de la région n’ont aucune connaissance sur l’usage des fertilisants FOMI. Les administrateurs de notre province sont inquiets. Ils ne trouvent plus d’explication à donner sur ce retard. Les cultivateurs sont toujours assis devant les bureaux des zones pour demander la part qui leur revient », s’est confiée une source à la radio Isanganiro.

Jusqu’à maintenant, le directeur commercial de l’USINE FOMI tranquillise. Il rassure qu’il va envoyer un camion par jour pour que les cultivateurs n’encaissent pas de retard dans les activités champêtres de la saison A. Cette promesse n’a pas été suivie d’effet sur terrain car le 18 octobre, lors de l’ouverture de l’année culturale en province de CANKUZO, le Ministre Deo-Guide Rurema a essayé de tranquilliser la population sur la non-disponibilité des engrais de l’usine FOMI.

« Il y a un problème. Le nombre de demandeurs des fertilisants FOMI enregistrés est de loin supérieur à celui des demandeurs réels qu’on voit sur terrain mais nous vous que l’usine FOMI va disponibiliser d’ici peu ces fertilisants » avait fait savoir le Ministre de l’Agri-élevage Deo-Guide Rurema. Cette sortie s’est faite suite aux lamentations des cultivateurs de la province de Kayanza. Ils se plaignaient que les fertilisants organo- minéraux pour lesquels ils avaient payés n’ont pas été mis à leur disposition à temps. Ils ont des inquiétudes sur l’usine FOMI.

Au Burundi, l’achat des engrais chimiques a nettement progressé ces dernières années. Des acteurs comme l’IFDC (International Fertilizer Development Center), les partenaires Technique et Financier (PTF) du gouvernement du Burundi notamment l’Ambassade des Pays Bas se sont significativement investis dans ce domaine. 

Localement, un système de subvention des engrais chimiques avait été institué depuis l’an 2013 à partir ce qui a été appelé Programme National de Subvention des Engrais du Burundi, le PNSEB en sigle. Ce programme a été initié  dans le cadre de la mise en œuvre du Plan National (Plan National d’Investissement Agricole) qui repose sur cinq sous programmes dont celui de l’intensification de la production agricole et la mise en place d’une subvention traçable prenant en compte le secteur privé via l’utilisation de bons d’achats. 

Dans son système de fonctionnement, le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage dont le PNSEB est affilié a décidé de libéraliser le commerce des engrais chimiques pour le secteur privé à la hauteur de 13 milliards de francs bu (par exemple pour l’an 2013 seulement). Avec ce système, les agriculteurs payaient jusqu’à 60% du prix, les 40% étant subventionnés par le gouvernement et ses partenaires pour 4 types d’engrais (DAP, Urée, KCl et NPK) et les amendements (comme la chaux agricole).

Selon le Directeur Général de FOMI Simon Ntirampeba, cette usine a été créée en réponse aux problèmes qui existaient dans le secteur agricole burundais. Elle est venue apporter la solution adéquate par la fabrication de la chaux agricole et de l'engrais organo-minéral contenant les éléments nécessaires à la croissance des plantes. Le 19 septembre, Simon Ntirabampa avait fait savoir que 27000 tonnes d’engrais organo-minéraux sont disponibles dans les dépôts de la FOMI.

Gaudence Uwineza