Burundi : plus de 22.000 cas de troubles mentaux recensés entre 2015-2017



Le Burundi n’a ni politique ni stratégie nationale de santé mentale. Il a cependant créé depuis 2002, un service national de santé mentale intégré au sein du Ministère de la Santé Publique dont le budget ne représente qu’environ 0,43% du Budget global alloué à la santé.

Cela n’a pas manqué de conséquences. Des chiffres alarmants sur la santé mentale viennent d’être publiés ce mardi, 8 Octobre par le secrétaire permanent au Ministère de la santé, Dr Jean-Baptiste Nzorironkankuze.

« Sur trois mille ménages, plus de 6 personnes sur 10 enquêtées semblaient manifester une difficulté psychologique et plus de 4 personnes sur 10 présentaient des troubles psychologiques dont 33,4% avaient connu des évènements traumatisants, 8,9% souffraient des troubles anxieux, 4,4% de la psychose aiguë, 4,5% de la schizophrénie, etc.» indique Dr Jean-Baptiste Nzorironkankuze, des chiffres issus d’une enquête de santé mentale. Cette enquête a été menée sur trois mille ménages en Aout dernier par la coopération suisse en collaboration avec le Ministère en charge de la santé ont mené dans quatre provinces du pays que sont Bujumbura Mairie, Gitega, Ngozi et Rumonge.

Dans cette enquête, le Ministère de la santé et la coopération suisse ont également découverts des résultats surprenants : « 64,5% des cas sur les trois milles ménages qui ont fait objet de l’enquête semblent manifester une difficulté psychologique et 47,5% connaissent probablement un épisode de trouble plus sévère et  plus de 6% de la population enquêtée ont déclaré avoir sérieusement pensé au suicide et 4% auraient tenté de se suicider » ajoute l’enquête.

En juin 2017, le centre neuropsychiatrique avait fourni des données sur la montée des pathologies neuropsychiatriques des malades s’y rendent en quête de soins.

«Au mois de juin 2017, on a enregistré 1793 cas de consultations ,1550 cas au mois de juillet, 1721 cas au mois d’août, 1733 cas au mois de septembre, 1886 cas au mois d’octobre, 1718 cas au mois de novembre, 1807 cas au mois de décembre et 1799 cas au mois de janvier 2018. De plus, 171 malades mentaux étaient hospitalisés le 27 février 2018. » avait fait savoir Thierry Ndizeye, chargé de la communication au CNPK dans une interview qu’il avait accordée au journal Burundi Éco.

Pourquoi la situation se présente comme telle ?

C’est du moins la question qui se pose. Au vu de ces chiffres, plusieurs hypothèses ont été énoncées pour justifier cette situation. Pour cette tentation de se suicider, Dr Etienne Niyonzima, le Directeur National du Programme des maladies chroniques non transmissibles évoque les raisons suivantes :

« Les principales causes des troubles mentaux, pouvant pousser l’individu au suicide, sont entre autres la pauvreté, les violences sexuelles et basées sur le genre, la crise sociopolitique, la perte des biens et des personnes chères, les abus de substances psychoactives (alcool, drogues), le sentiment d’isolement, etc

Une autre cause qui a été évoquée est l’absence quasi-totale des structures médicales qui soignent et prennent en charge des cas de malades mentaux. Sur une population de 11 millions d’habitants, on trouve trois centres psychiatriques à travers tout le pays. Il s’agit celui de Bujumbura Mairie,  de Gitega et de Rumonge. L’Absence de ces structures font que ces maladies soient difficilement traitées.

 « L’ignorance de la population sur le traitement, la prise en charge d’un membre de la famille atteint par les troubles mentaux souvent stigmatisé et discriminé, le renvoyant souvent à des rechutes répétitives, voire même des suicides, cherté des traitements vu que les patients sont traités sur le terme » martèle le Dr Etienne Niyonzima.

Quelles sont les pistes de solutions à ce problème de santé ?

En guise de stratégies palliatives, « Il faut mener des actions au niveau de la population. Eduquer, informer et sensibiliser les Burundais sur les comportements à adopter auprès des patients présentant des troubles mentaux. Nous conseillons également le dépistage précoce, ainsi qu’une attention particulière sur la prise des médicaments », avance Pierre Claver Njejimana, psychologue traitant au CNPK qui s’est confié hier au magazine Jimbere.

Le Burundi a souscrit au Plan d’Action sur la Santé Mentale que les Ministres de la Santé, réunis en congrès international ont amendé et adopté le 4 décembre 2004 à Rome. Une commission chargée de l’élaboration d’une politique nationale de santé mentale3  a été déjà mise sur pied en avril 2007. Pour la fourniture en médicaments, une liste de médicaments psychotropes essentiels a été dressée par le Ministère ayant la santé publique dans ses attributions. Celle-ci comprend les catégories des antipsychotiques anxiolytiques, des antidépresseurs, des régulateurs de l’humeur et des médicaments antiépileptiques.

Toutefois, Il n’existe pas de programme de santé mentale au Burundi. De ce fait, aucune stratégie n’a été élaborée en vue de promouvoir le secteur de la santé mentale. Cette situation est déplorable dans la mesure où la crise sociopolitique qui a sévi au Burundi depuis Avril 2005 s’est accompagnée de deuils multiples, de pertes de biens et de déplacements de la population. De surcroit, aucun plan de contingences n’a été spécifiquement élaboré par le Ministère de la Santé Publique  pour prévenir d’éventuelles conséquences en santé mentale en cas de catastrophes humains ou naturels.

Gaudence Uwineza