Burundi : le gouvernement ratifie un accord de coopération sécuritaire avec la Turquie



C’est en substance l’un des points qui sont inscrits à l’ordre du jour dans le conseil des ministres tenu ce mercredi, 3 octobre 2019 en province de Gitega sous la présidence de Pierre Nkurunziza, le Président de la République.

Selon le porte-parole du gouvernement, Monsieur Prosper Ntahorwamiye, 13 points sont inscrits à l’ordre du jour dont le projet de loi portant ratification par la République du Burundi de l’accord de coopération sécuritaire entre le Gouvernement du Burundi et celui de la République de Turquie.

Quelle est l’origine de cet accord ?

Cet accord s’appelle « Accord de coopération sécuritaire». Dans sa mise en œuvre, il est associé au «protocole d’assistance militaire » que le gouvernement du Burundi compte signer avec la Turquie. Par cet accord, le gouvernement du Burundi compte nouer des relations de coopération avec la Turquie dans les domaines de la défense et de la sécurité. Cet accord avait été présenté au gouvernement du Burundi par le Ministre de la sécurité Alain Guillaume Bunyoni en décembre 2017 ; et le protocole d’assistance militaire ayant été présenté par le Ministre de la Défense Nationale et des Anciens combattants, Emmanuel Ntahomvukiye dans la même année.

Cet accord de coopération sécuritaire vient d’être signé à Ankara en juillet 2019

Sans que les deux parties concernées par cet accord annoncent  son contenu, cet accord fût  signé à Ankara en Turquie par le Ministre Alain Guillaume Bunyoni et Suleyman Soylu, ministre turc de l’intérieur, le 25 Juillet 2019. A cet effet, une cérémonie officielle avait été réalisée le même jour au ministère turc de l’Intérieur.

Pour le Ministre turc de l’intérieur,

« Cette coopération interministérielle ne contribuera pas seulement à la stabilité de nos pays mais permettra aussi de consolider la sécurité régionale. La visite permettra de réaliser des échanges inter-délégationnels à propos de nombreux sujets, allant du terrorisme à la coopération dans le domaine de la gestion des catastrophes naturelles » indiqua, dans un point de presse  Suleyman SOYLU, le Ministre turc de l'Intérieur.

Pour sa part, Alain Guillaume Bunyoni, le Ministre de la sécurité a évoqué l'ancienneté des relations entre les deux pays, « la Turquie et le Burundi luttent contre des difficultés communes. Mon pays continuera de coopérer à l'échelle internationale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. » ajouta  le Ministre. Consécutivement aux rencontres entre les délégations turco-burundais, les Ministres Suleyman Soylu et Alain-Guillaume Bunyoni signa   l’ "Accord de Coopération Sécuritaire.". Pour concrétiser sa mise en œuvre, le gouvernement décide de ratifier cet accord ce jeudi, 3 Octobre 2019.

Quel est l’objectif de cet accord ?

L’Objectif de cet accord a été annoncé par le Ministre turc de l’intérieur Suleyman Soylu en juillet 2019 : « Notre objectif commun est de répandre la paix et la  stabilité dans nos pays, de développer la sécurité d’où il convient de renforcer la coopération dans le domaine de la sécurité ». Pour relayer ces propos, Alain Guillaume Bunyoni ajouta : « La République du Burundi sera toujours aux côtés de la République de Turquie en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Les organisations terroristes comme FETO, désirant déstabilisées la Turquie, sont les ennemis de la Turquie et du Burundi ».

Le terrorisme au Burundi, réalité ou mythe ?

Depuis l’an 2015, le Burundi est en crise, puis sous sanctions financières. Ses autorités brillent par sa surenchère verbale, le «  terrorisme ». Ce concept est particulièrement devenu l’un des mots-clés du vocabulaire politique en vogue au pays depuis l’an 2017. Le 5 septembre 2017, le Ministère de la sécurité publique organise un exercice de simulation de gestion d’un acte terroriste.

«Cet exercice s’inscrit dans les directives de l’EAPCO, une organisation regroupant les chefs des corps de police de 13 pays dont le Burundi fait partie, de s’entraîner à faire face au terrorisme tant en prévention qu’en gestion. Tous les rôles sont actuellement joués par les policiers. Il recommande alors de préparer, juste avant la fin de cette année, un autre exercice qui inclura tous les intervenants en cas d’actes terroriste» rapporta l’inspecteur Général de la Police Nationale du Burundi, CPP André Ndayambaje.

Deux ans plus tard, un projet de création d’un centre opérationnel de lutte contre le terrorisme a été présenté par le Ministre  le Ministre de la Sécurité publique et de la Gestion des Catastrophes Alain Guillaume Bunyoni dans le Conseil des Ministres qui s’est tenu à Gitega du 20 au 21 mars 2019 sous la présidence du Chef de l'Etat Pierre Nkurunziza. Ce projet qui, pour beaucoup portait du non-dit, donnait plutôt lieu à plus d’interrogations. D’ailleurs, un tweet de Jean-Claude Karerwa, le porte-parole du Président semble sitôt adhérer, et de façon précipitée, à ce projet évoqué par le Ministre de la sécurité publique.

«Les carottes sont cuites, du moins en quelque sorte. Le Burundi va bientôt mettre sur pied un Centre Opérationnel de Lutte contre le Terrorisme (COLT). Les hawalas/hundis feront l'objet de l'attention du COLT et les hawaladars n'auront plus de place sur le territoire burundais »,  écrit-il dans un sens imagé.

Sur la question de l’existence des activités du terrorisme, un observateur interrogé par la rédaction a fourni une explication suivante : 

« Même si le régime est préoccupé  pour la sécurité du territoire et les  nouvelles menaces du terrorisme (si elles existent), et au-delà des réactions de sympathie de la part d’autres pays qui se sentent vulnérables au terrorisme, les perceptions du terrorisme reposent sur une base objective. Dans l’ordre international, la lutte contre le terrorisme est prise comme une vocation universelle qui appelle même à la constitution des coalitions. Alors, comment le régime va dire qu’il est en proie au terrorisme ? Je pense que l’usage de ce concept cache des ambitions non révélées qui ne sont pas toutefois dépourvues d’intérêts personnels ou entre Etats»,  conclut l’observateur.  

Gaudence Uwineza