Burundi : un prix décerné à la First Lady crée polémique



Burundi : La Première Dame primée à New-York pour son action Globale ( Photo : BUCUMI Denise, Le Renouveau , Amb. Shingiro Albert  )

Denise BUCUMI, la First Lady du pays vient d’être décernée un prix pour son travail humanitaire à New York, aux Etats-Unis d’Amérique. Pour la Radio Télévision  Nationale, «  ce prix lui a été décerné « en guise de reconnaissance de son action dans la transformation de la société et son engagement en faveur des plus nécessiteux. »

Mais pour le journal en ligne burundidaily.net : « Ce prix semble avoir été négociée à des coups des milliers ou de millions de dollars par Clyde Rivers, américain, désigné ambassadeur itinérant de Pierre Nkurunziza, le Président de la République du Burundi. »

Quelle est l’origine du débat ?

Il s’agit d’une conférence des Premières Dames d’Afrique qui s’est tenue à New York sous l’invitation de l'organisation des Premières Dames (OPDAS) qui, après les assises de cette année, est devenue  Organisation des Premières Dames d'Afrique pour le Développement  dans le but d’élargir son champ d’action. Rentrée de sa mission, le 28 septembre,  la First Lady burundaise a fait savoir à l’Aéroport International  Melchior Ndadaye qu’elle a reçu trois prix lors de son séjour aux Etats-Unis  dont « une récompense pour ses œuvres allant dans le sens de la transformation de la communauté et du bien-être des familles ».

Elle a ajouté qu’elle avait aussi participé à des conférences des Premières Dames d’Afrique où elles ont échangé sur le développement de leurs pays respectifs,  la scolarisation des filles pour le développement intégral des femmes et  la problématique de la pénurie de sang dans les hôpitaux surtout dans les coins les plus reculés des pays membres de l’OPDAS. 

Clyde Rivers et ses relations avec la famille présidentielle

Selon les révélations de burundidialy.net, Clyde Rivers est fondateur d’ichange Nations et du Congrès mondial des Droits de l’Homme. Sa reconnaissance candide et du gouvernement découle de ses nombreuses consultations avec de hauts responsables du monde entier.

 Au cours des cérémonies de remise de ce prix, Clyde Rivers a déclaré que Denise BUCUMI est  vraiment l’une des plus grandes humanitaires du monde. Cette femme et son mari ont ouvert leur maison pour accueillir des orphelins dans les rues du Burundi pour en faire des membres officiels de la première famille choisissant d’ignorer toutes les atrocités qui se commettent au Burundi sous la présidence de Pierre Nkurunziza », rapporte le journal.

Cependant, pour saisir les liens amicaux entre les deux personnages, il faudra remonter en mars 2018 où le Président Pierre Nkurunziza se voit attribué un prix du courage par l’institut Nelson Mandela que les investigations du journal français Le Monde ont qualifié de fictif. Ce prix a entaché l’image du Président de telle sorte qu’il a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.  S’agit-il du même cas pour la First Lady ? Oui, selon les investigations dudit journal. Sauf que cette fois-ci la différence est celle-ci : le prix ne vient pas de l’institut mais en la personne de Clyde Rivers, Représentant par intérim auprès des Nations Unies pour l'Initiative interconfessionnelle de consolidation de la paix. 

Des prix aux enjeux politiques ?

Selon burundidialy.net, ces prix pompeux attribués à la First Lady est « une tentative d’élever le profil de la première Dame dans une stratégie que les observateurs considèrent comme un voyage à la recherche de la présidence du pays pour remplacer son mari». Celui-ci salue l’impact des prix décernés à son épouse en ces termes : « Ces prix font honneur et constituent une bénédiction spéciale pour les Burundais car au troisième jour de l'inauguration de ce bureau et au 1er jour de travail dans ce nouveau palais, il y reçoit 3 prix en même temps. Ces prix sont les aînés des autres prix que cette maison Ntare Rushatsi house va continuer à recevoir »,  indique le Président Pierre Nkurunziza, lorsque la First Lady a présenté tous les prix reçus au Chef de l’Etat.  

La First Lady, à la conquête du fauteuil présidentiel ?

C’est l’enjeu derrière ces prix selon le journal burundidialy.net. En effet, au sein du parti au pouvoir,  il y a trois noms qui sont cités pour être candidats présidentiels : Pascal Nyabenda, président du parti qui est accusé par l’aile dur du parti de ne pas être membre du cndd ;  Evariste Ndayishimiye qualifié  de colérique, impulsif et très peu sûr de lui-même et de Révérien Ndikuriyo, le président actuel du sénat qui incarne l’aile dur du parti au pouvoir. Dans son message qu’il a adressé aux Bagumyabanga, le 26 janvier 2019, Léonidas Hatungimana donne son avis sur celui/celle qui sera le successeur à Pierre Nkurunziza. 

«Des sources dignes de foi nous révèlent que depuis l’ouverture des enquêtes par la CPI, sur les crimes commis en 2015 l’idée de voir NKURUNZIZA céder le pouvoir en 2020 s’éloigne de plus en plus malgré les paroles alléchantes de ce dernier et la résistance timide de certains hauts gradés. Les proches du palais indiquent que la première Dame, Denise BUCUMI ne cesse de répéter à ses courtisans que Dieu n’a pas encore désigné le successeur de son mari dont Pascal Nyabenda, Freddy Mbonimpa et Edourd Nduwimana. » indique-t-il. Cet avis n’est pas du ressort des Bagumyabanga qui pensent qu’aucun dauphin n’aurait toutefois été adoubé par le chef.  « Chacun peut maintenant se déclarer, assurent-ils. Mais c’est ensuite le parti qui choisira celui qui le représentera. Et rien ne semble empêcher que ce soit une nouvelle foi Pierre NKURUNZIZA ! »,  Commente l’hebdomadaire Jeune Afrique.

 A l’interne, le Président s’engage toujours  à ne pas se représenter pour les présidentielles qui viennent. «Pour ce qui me concerne, je m’y engage et me prépare en mon âme et conscience, avec toutes mes connaissances et tous mes efforts, à soutenir le nouveau président de la République que nous élirons en 2020 », a indiqué le président burundais, le 7 juin 2018.

Cependant, le 28 janvier 2019, un compte tweet du journaliste Serges NIBIZI, connu par son émission Kabizi de la Radio Publique Africaine, un des medias qui a été détruit après le putsch manqué du 13 mai 2015,  attire l’attention du public et les réactions qui en ont suivi ont été particulièrement considérées.

« Une probable candidature de la première Dame, Denise NKURUNZIZA, pour succéder au Président Pierre NKURUNZIZA fait polémique au sein du parti au pouvoir(…) », tweete le journaliste Serges NIBIZI. Un peu tard, son ancien collègue Bob RUGURIKA, Directeur de la Radio Publique Africaine répond au tweet en ces termes : « Si ce compte l’annonce, c’est qu’il a reçu l’aval du couple présidentiel. Quoi qu’il en soit, qu’elle soit masculine ou féminine, la candidature pour le 4ème mandat viendra du couple présidentiel (…)», ajoute-il.

Au vu de toutes les tractations diplomatiques de ces derniers et le discours élogieux de certains medias proches du pouvoir envers la first lady, il est fort probable que Denise Bucumi soit portée à la magistrature suprême par son mari Pierre Nkurunziza.

Gaudence Uwineza