Burundi : un discours menaçant du président du sénat inquiète la population



Il vient encore de s’illustrer par des propos abreuvés de menaces. Il , c’est le président du Sénat burundais Révérien Ndikuriyo. Dans la réunion publique qu’il a tenue à l’endroit de la population de la commune Marangara, Province Kirundo en date du 11 septembre, Ndikuriyo demande la tête d’un "malfaiteur" pour rassurer son auditorat :

« Quand je suis allé pour la première fois en commune Matana, Il y a une personne appelée Kaburimbo (goudron en français) qui avait transformé un centre de santé en lieu d’entraînements paramilitaires. Ce jour-là, je leur ai dit : « Moi, je veux cet homme, vivant ou mort, à un prix de 5 million fbu. Allez à sa recherche et emmène-le moi. Donc, pour moi, personne ne peut troubler la sécurité de telle commune ou l’autre pour qu’il reste serein. Il faut l’enlever(le tuer). Ce qui reste est de demander à Dieu si vraiment cela est un péché alors qu’il est en train de protéger son troupeau.  Est-ce un péché si la personne meurt et que toute la commune retrouve sa paix?» indique Reverien Ndikuriyo, le président du sénat burundais.

Sur le ton menaçant et vulgaire, ce discours de Révérien Ndikuriyo ne rassure pas car ce n’est pas la première fois que cette personnalité s’illustre par des propos d’extrême violence. Ainsi, lors d’une rencontre avec les chefs des quartiers de la municipalité de Bujumbura le 29 Octobre 2015, le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, avait tenu les propos suivants : « lorsqu’on donnera l’autorisation aux forces de l’ordre de travailler, vous irez où ? Il n’y a pas d’île au Burundi… Lorsqu’ on passera à l’opération « kora » (travaillez), vous irez où ? L’opération sera claire : tout se terminera ici dans vos quartiers. On arrêtera le feu par un feu plus dévastateur. Le jour où on dira « kora » il ne restera plus rien. (…)On fera le travail, tout sera brûlé. A Cibitoke, il y a eu 100 morts en deux jours. Vous tomberez dans vos maisons. On vous délogera, même si vous êtes cachés sous les pierres. » avait indiqué le Président du Sénat burundais.

Sur les réseaux sociaux, des messages d’inquiétudes affluent de part et d’autres du pays : « J’imagine comment un président du sénat peut s’attaquer à une personne simple comme celui dont il parle. C’est un discours menaçant à l’endroit de la population.  Il devrait se ressaisir et comprendre qu’il est plutôt appelé a tranquilliser au lieu de menacer la population qui ne manque pas de grands soucis de vie. Il s’agit tout simplement d’un véritable appel à la mise à mort des opposants et à un contrôle totalitaire du pays. Pourquoi ? Parce que la commune Matana incarne les milieux d’opposants contre le gouvernement. C’est aussi pour moi un message d’avertissement à l’endroit de l’opposition toute entière du pays à la veille des élections de 2020. C’est un avertissement. »  a réagi un internaute.

« Enoncer un tel discours dans un contexte électoral comme celui-ci peut être considéré comme une forme de guerre asymétrique sur un ensemble de groupes sociaux et de personnes donnés, ce qui va renforcer l’image négative que la communauté internationale fait sur le Burundi », ajoute Pierre-Claver Kabura de Muramvya, une province située au centre du pays.   

Un avertissement ? Si l’on peut ainsi dire, celui-là ne reste pas théorique. Le régime se prépare déjà  contre toute forme de fronde. En mars dernier, Alain-Guillaume Bunyoni avait annoncé la création d’un centre de lutte contre le terrorisme dont certains observateurs alarmistes qualifient « d’avertissement et de fin de la certitude stratégique (réponse militaire que le régime pourrait espérer donner à toute forme de soulèvement ou de dissidence), ce qui est une cause de préoccupation majeure pour le régime »

Depuis l’an 2015, le Burundi vit une crise politique majeure avec un corollaire de morts, de disparus et d’assassinats. Les défenseurs des Droits de l’Homme n’ont cessé de pointer du doigt le régime d’avoir un rôle central dans ces violations des droits de l’Homme. Cette crise a eu les conséquences les plus lourdes dans l’histoire immédiate du pays en proportion de leur envergure relativement modeste. Leur effet de levier, pourrait-on dire, est en effet considérable. Si le régime est aussi préoccupé, le reste de la population qui, d’une façon ou d’une autre, dépend politiquement du système ou est affecté par ses  décisions, en ressentira nécessairement les effets.

Steve Baragafise