Burundi : des consultations discrètes qui diviseraient déjà le parti présidentiel




Peut-on dire que l’injonction de la transparence dans les démocraties secoue toujours les arènes politiques jusqu’à perdre le dosage du secret et de transparence dans la société ? ou c’est parce que le droit de savoir des gouvernés – la transparence favorisant leur participation – et le devoir de responsabilité des gouvernants – la transparence facilitant leur contrôle reste toujours enclin dans la culture politique burundaise ? En effet, elles ont subi un impact grandissant des medias. Elles, ce sont ces consultations discrètes qui viennent de se tenir très discrètement à Nairobi, du 30 Aout au 2 Septembre 2019 entre les protagonistes de la crise de 2015 sur l’initiative de l’ONG finlandaise CMI- Peace Broker, selon des informations largement relayées ces derniers jours par des medias locaux. A l’ordre du jour figure l’établissement des conditions de retour au pays des dirigeants politiques en exil et de tous les réfugiés mais aussi de trouver un compromis sur les points divergents entre le régime Nkurunziza et ses opposants. Du coté gouvernement, des personnages importants (et de confiance au président) du pays tels que L’Ombudsman Edouard Nduwimana, les députés Jérémie Kekenwa, Antoine Ntwari et Mme Angèle Barumpozako alors que du côté de l’opposition, il y avait la présence de Gervais Rufyikiri, Domitien Ndayizeye, Pamphile Muderega et Anicet Niyonkuru.

Des points d’achoppement A l’agenda, il fallait discuter sur la levée des mandats internationaux émis contre les grandes figures de l’opposition et de la société civile, le retour des refugies, la restitution des biens saisis, la libération des prisonniers politiques, l’exercice des droits politiques et libertés civiles ainsi que la question de la sécurité pour tous. Obligation de résultat : un consensus sur tous les points à l’agenda du jour qui devrait être suivi par la signature d’un accord pour l’assainissement du climat politique à la veille des élections de 2020. Ce consensus degage aurait déjà créé un malaise au sein des proches du président. D’abord, la question de la succession a Pierre Nkurunziza. Il s’agit du nœud du problème. D’influents généraux s’opposeraient au(x) favori(s)du Président. Pour eux, un civil ne peut pas prendre la relève. Ensuite, à défaut du consensus, le président Nkurunziza se préparera pour brigueur un 4eme mandat et activer l’article 4 de la nouvelle constitution. Un observateur réagit En premier lieu, il commente sur ces consultations.
« Il est difficile de soustraire les grandes conférences ou consultations à la curiosité publique. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles devraient attirer la presse qui n’est pas généralement propice au silence prudent qui doit entourer toute tractation délicate. Des acteurs de la négociation internationale nourrissent souvent l’injonction de transparence comme les institutions régionales ou spécialisées, organisations non gouvernementales, voire personnalités d’exception ; ils s’affranchissent volontiers de la tradition du secret en négociations » Indique l’observateur contacté par la rédaction d’IPM. Deuxièmement, ces consultations ne doivent pas étonner. « Le pays vit l’inéluctable dilemma sur la succession de Pierre Nkurunziza avec tous les enjeux derrière. Cette préoccupation a connu son épisode fondateur en l’an 2015, antérieur même à la propre succession du président actuel. De facto, en 2020, la succession au président actuel devrait précipiter les réactions de la communauté internationale, ce qui semble exclure un choix de désintéressement de la CI sur le Burundi. Un exemple concret peut d’ailleurs être dégagé ; la récente décision de la Banque Mondiale d’annuler 6 projets régionaux dont le Burundi fait partie. Cette situation déconnecte le régime de sa conviction de gagnant. En diminuant l’intérêt d’effets de posture, le régime permet, momentanément du moins, l’ouverture de l’opposition d’où tous ces acteurs pour embrasser la complexité du réel. Après ces consultations, ce qui se joue, au fond, c’est un dilemme entre leur efficacité et la légitimité de l’accord à négocier.
Le risque qui demeure est que ces acteurs peuvent être tentés de s’en tenir à une solution  facile mais vraisemblablement éphémère, plutôt que de rechercher péniblement une solution complexe mais durable. C’est toujours le premier pas qui compte» ajoute-t-il. En troisième lieux, ces consultations vont-elles au moins aboutir ?: « En date du 9 Mai 2018, LAUBERT Jurgy, le Président de la formation Burundi de la commission de la consolidation de la paix aux Nations-Unies a effectué une visite officielle dans le pays. Dans ses propos, il avait indiqué que les défis socioéconomiques doivent rester au centre de l’attention de la formation et qu’il est également prêt à appuyer le processus de réconciliation entre les burundais. C’était un message précurseur de ces consultations même si cette conviction ne recevra pas l'assentiment de tout le monde. Longtemps attentiste face à cette crise, je reste persuader que les Nations-Unies veulent désormais agir a défaut de quoi son rétrécissement continu risque de produire des résultats inattendus. La situation reste fragile et très volatile. » conclut-il.
Avec Gaudance Uwineza