Burundi-AMISOM : douze militaires burundais tombent dans une embuscade



Douze soldats burundais de la Mission de l'Union africaine en Somalie sont tombés dans une embuscade de djihadistes d'al-Qaïda en Somalie, les Shebabs samedi dernier et une dizaine d'autres ont été blessés.

Selon les informations qui ont été relayées par la Radio France Internationale, « leur convoi a été attaqué alors qu'ils regagnaient leur base sur une route stratégique qui relie la capitale et la région de la Moyenne-Shabelle. Le convoi militaire de l'Amisom revenait de Mogadiscio. Sa mission, de routine, était d'accompagner des camions de ravitaillement partis de Jowhar, une grande ville à 90 km au nord-ouest, à destination des marchés de la capitale. Aux environs du village de Balcad, à mi-chemin des deux villes, le convoi est tombé dans une embuscade tendue par un commando du groupe al-Shabab.» indique la RFI.

Les combats meurtriers entre les deux groupes ont duré une vingtaine de minutes d’après des témoins et l’enjeu principal de ces attaques est la sécurisation de la route Mogadiscio-Jawar qui comporte un axe important de la région agricole du pays.  L’attaque de ce samedi s’ajoute à celle qui a été perpétrée par les commandos ultra-mobiles de djihadistes d’Al-shabab contre les militaires burundais de l’AMISOM en mars 2018 où cinq soldats burundais avaient déjà perdu la vie. Ces attaques doivent être également  interprétées en fonction du mandat propre de l’AMISOM qui prévoyait la protection des Institutions fédérales de transition (IFT), elles-mêmes contestées par les mouvements d’insurrection.

L’AMISOM, de plus en plus fragile ?

Le mouvement Al-Shabaab continue de s’opposer à toute intervention internationale en Somalie et n’est pas prêt à renoncer à l’emploi de la force armée. Selon le think-thank français, Réseau de Recherche sur les opérations de paix, l’AMISOM ne possède ni les moyens aériens ou maritimes pour rendre le déploiement des contingents prévus efficace. Le décalage entre le mandat et les capacités d’AMISOM explique les difficultés de la mission à contribuer à la stabilisation de la capitale au-delà d’un périmètre très réduit. Les défis pour l’AMISOM subsistent tant au niveau stratégique qu'au niveau opérationnel.

 D’abord, l’AMISOM peine à augmenter les effectifs des contingents prévus, les pays fournisseurs de contingents restant le Burundi et l’Ouganda. Les facteurs énoncés montrent qu’une situation comme celle de la Somalie requiert une Opération de Maintien de Paix onusienne dans laquelle des éléments de l’AMISOM pourraient être intégrés. Déjà, la Turquie s’est dite prête à envoyer des contingents pour intégrer une telle Opération Militaire de Paix.

Ensuite, la forme du conflit n’arrange pas le retour à la paix «L’insurrection somalienne est fragmentée. Elle comprend des leaders de milices possédant des sources de revenus propres (à travers le contrôle des ports ou des points stratégiques nécessaires au trafic aérien), des forces de sécurité privées d’entrepreneurs, des milices de l’ancien Union des Tribunaux Islamistes  et des forces indisciplinées du Gouvernement Fédéral de Transition. Les défis principaux demeurent liés à l'engagement des divers acteurs et à la prise en compte de leurs agendas et intérêts - souvent conflictuels - dans un processus de stabilisation ainsi qu'à la minimisation des sources de rejet du processus politique de Djibouti », conclut Alexandra Dias, chercheure au ROP.

Enfin, les positions des acteurs sur les composantes de la mission de l’AMISOM. La création de l’AMISOM par l’Union africaine était envisagée comme une opération transitoire jusqu’au déploiement d’une Opération de Maintien de Paix onusienne. Le développement de l’OMP africaine était conçu en trois étapes. La première étape prévoyait la stabilisation de la situation dans la capitale, la deuxième étape prévoyait la consolidation de la stabilisation d’autres régions, notamment le sud, au moment où la force atteindrait sa pleine capacité opérationnelle. Finalement, la dernière étape prévoyait le remplacement de l’AMISOM par une force multinationale élargie ou par une OMP de l’ONU. Jusqu’à présent le succès le plus tangible de l’AMISOM reste le retrait des Forces Nationales de Défense Ethiopienne qui avait envahi le pays après la chute de l’Etat en 1992 et soutenu les al-shabab, selon le ROP. Le retrait des FNDE, même si désirable sur le plan intérieur et international, a augmenté la vulnérabilité des forces de l’AMISOM aux attaques des mouvements d'insurrection et a élevé exponentiellement les obstacles à la réalisation de son mandat de stabilisation à court terme. 

Gaudence UWINEZA