Burundi : Le CNC très critiqué !



Le Conseil National de communication procédait mardi dernier à la distribution de nouvelles cartes de presse à l’endroit des journalistes locaux. C’est à l’occasion de la présentation du rapport annuel des activités réalisées par cet organe au cours de l’année 2018-2019.

« Le rapport des activités montre que les médias burundais ont enregistré des performances parce ils ont accompli leurs missions de former, informer et divertir. En général, ils ont respecté le principe d’équilibre et de pluralisme d’information, »  a indiqué Nestor Bankumukunzi, le président du conseil National de communication.

La réussite n’est pas aussi totale, des fautes ont été également observées, comme le président du CNC le relève toujours dans son discours.

« Quelques fautes professionnelles se sont faits remarquer dans l’un ou l’autre medium comme le non-respect des grilles de programmes et de cahiers de charges et le report, la non disponibilité ou encore le remplacement des émissions sans avertir le CNC. On observe également l’atteinte aux bonnes mœurs dans certaines émissions des radios et télévisions » ajoute Bankumukuzi.

Au cours de ces activités, le conseiller chargé de communication à la présidence de la République, Willy Nyamitwe a demandé  aux médias de collaborer avec le CNC qui a la mission de régulation. « Comme les élections de 2020 approchent, je demande aux médias d’être impartiaux et d’éviter le clientélisme des politiciens, et surtout de faire des reportages qui rapprochent les burundais, pas ceux qui les divisent. » martèle Willy Nyamitwe. S’agit-il d’un rappel à l’ordre ou d’une forme de positionnement électoral ? Le journal Africanews a déjà tiré une conclusion : « Au Burundi, des organes de presse considérés comme indépendants ont maille à partir avec les institutions. Sanctions administratives, atteintes de toutes sortes. De véritables pressions dissuasives à la veille de la présidentielle prévue en 2020. »

Un organe plutôt prédateur

Les élections de 2020 doivent néanmoins être couvertes par les medias. A ce sujet, Nestor Bankumukunzi se présente comme le maître du jeu. Il exhorte déjà les responsables des médias de s’approprier les cartes de presse pour mieux couvrir les élections.

« Même si la carte de presse n’est pas exigée pour le moment dans l’exercice du métier, elle sera obligatoire dans les prochains jours »,  a souligné Nestor Bankumukunzi.

 Cela donne lieu de penser qui d’entre eux ces medias couvriront les élections, jusqu’où arrive leur limite, etc.

D’ailleurs, un observateur contacté par la rédaction estime que le conseil national de communication n’a plus de crédibilité pour un univers médiatique professionnel. On ne peut rien attendre de lui.  

« Il est devenu de plus en plus un organe policier que de régulation. Jusqu’ici, cet organe a suspendu les radios privées comme BBC et la Voix d’Amérique, a  donné un avertissement à la Radio France International ; et le groupe de presse Iwacu étant toujours dans son viseur. Il réagit chaque fois qu’une information diffusée critique le pouvoir. La nomination d’Eric Nshimirimana, un chef de milice accusé d’avoir commis avec son mouvement des exactions à la tête de la radiotélévision nationale n’a pas pourtant fait réagir cet organe. C’est un signe éloquent qu’il est plus au service du pouvoir qu’au service du métier de régulation. C’est plutôt un organe prédateur de la liberté de la presse», indique notre observateur.

Le Burundi, un mauvais élève de la liberté de la presse

Lors du classement 2019 des pays qui respectent la liberté de la presse, le Burundi a été le mauvais élève de toute la zone EAC. Le pays le mieux classé de la zone EAC est le Kenya qui vient en 100ème position. Il est suivi de la Tanzanie (118ème) qui vient de reculer de 25 places. L’Ouganda et le Soudan du Sud sont respectivement 125è et 139e au classement RSF. Le Rwanda occupe la 155ème  place devant le Burundi qui se trouve à la 159ème place (la même position que dans le précédent classement).

En outre, le rapport du RSF indique que ce classement est une liste de 180 pays et régions établie selon le degré de liberté dont jouissent les journalistes. Il est une photographie de la situation de la liberté de la presse fondée sur l’appréciation du pluralisme et de l’indépendance des médias, de la qualité du cadre légal et de la sécurité des journalistes dans les pays classés par RSF.

Au Burundi, le Conseil National de la Communication (CNC) a vu le jour en 1992 avec l’avènement du multipartisme et du pluralisme médiatique. Le Décret du 4 Février 1992 lui donne des prérogatives pratiquement limitées à l’accréditation des journalistes étrangers et à la régulation des médias dans sa plus simple expression. Au fil du temps, le rôle du CNC n’a cessé de se renforcer. Aujourd’hui, il assume la mission constitutionnelle d’un régulateur de la liberté de la presse.

Steve Baragafise