la COJETAA, une stat-up dans l’agroalimentaire



Lorsqu'on observe la situation socio-économique du pays,  une vérité gênante mais indéniable s'impose : des milliers des jeune voient leur destin brisé par le simple fait d'être sans emploi malgré leur niveau de formation.  Or, à en juger de près, l’Etat accélère le rythme des engagements pour venir en aide à ces jeunes sans emploi sous peine de mettre en péril leur avenir – et par conséquent, celui de la société burundaise.

Thierry Nahimana est l’un des jeunes burundais entrepreneurs. Il a créé, en collaboration avec d’autres jeunes de même formation scolaire, une coopérative des Jeunes entrepreneurs Technologues Agro-Alimentaires. Il a accordé une interview à la rédaction d’Imburi Phare Media au cours de la Foire Agricole et Forum Paysan qui s’est tenu en date du 3 au 5 juillet au chef-lieu de la province Ngozi.

IPM : Qu’est-ce que la COJETAA ?

Thierry NAHIMANA : La COJETAA est la Coopérative des Jeunes Entrepreneurs Technologues en Agro-alimentaire. Elle a été créée par des jeunes qui ont eu la même formation scolaire. Actuellement, cette coopérative a déjà démontré sa créativité en transformation. Nous travaillons dans tout le pays et nos produits sont déjà disponibles sur le marché local.

IPM : Quels sont les produits que vous avez déjà sur le marché ?

Thierry NAHIMANA : Pour le moment, nous en avons déjà 3. Ce sont d’ailleurs les plus grands que nous pouvons offrir sur le marché.

En premier lieu, nous avons un ketchup-tomate dénommé Ketchup Ingoma. C’est ketchup transformé à partir de la tomate. Il est 100% naturel et très apprécié par les consommateurs. Ces derniers, à la première vue, croient que c’est un produit importé à cause de son aspect extérieur et sa qualité. Nous nous consacrons pour rendre meilleur  ce produit sur tous les aspects. A partir de cette innovation, l’énigme autour de la conservation de la production des tomates est cassée. La tomate devient du coup, une chaîne de valeur prometteuse.

En deuxième lieu, nous avons un produit appelé le Cocktail Terama. C’est un jus gingembre à un goût unique, faite des ingrédients sains qui fait de lui un cocktail curatif et bon pour la santé. C’est aussi un jus 100% naturel à base des ingrédients naturels comme le gingimbre et l’oseille. On aime l’appeler 'Terama n’abagenzi wongere uteramira amagara". Cette boisson est considérée comme stimulante, énergisante et antioxydant. Elle est aussi riche en vitamines B1, B6, C, protéines et en vitamines A.

En troisième lieu, on produit un jus appelé  Ananas Juice. C’est une boisson préparée à partir d'ananas. C’est aussi un jus qui permet d’avoir une bonne santé. Il protège aussi contre la fatigue, le rhume et les petites infections une fois consommé. Ce jus a des vertus anti-inflammatoires également.

IPM : Avez-vous un capital suffisant qui permet de bien mener toutes ces activités ?

Thierry Nahimana : C’est ça justement le grand défi auquel nous faisons face. Nous avons une philosophie qui privilégie le consommer local. Nous nous approvisionnons d’ailleurs auprès des agriculteurs locaux. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas vraiment de capital. On n’a pas ni sponsors ni partenaires. Je pense que c’est parce que nous sommes une coopérative encore jeune.

L’autre défi. C’est l’émergence des grandes entreprises des femmes dans l’agro-business. Si on avait des partenaires, ils nous auraient certainement compris et soutenu nos projets. Hélas, le parcours est déjà important pour y arriver. Mais nous aurions peut-être une certaine valeur ajoutée comme des appuis remboursables car jusqu’ici, nous aimerions approvisionner le marché local en jus voire en nourriture. Cela sera seulement possible si nos activités seront de plus en plus prospères. Malgré cela, nous y croyons toujours et nous allons toujours y travailler.

IPM : Que demandez-vous alors au gouvernement ?

Thierry NAHIMANA : Premièrement, le gouvernement doit comprendre que la jeunesse innovante doit être appuyée car les jeunes représentent près de 65% de la population burundaise. Donc, leur part dans l'économie devrait être proportionnelle ou proche de ce pourcentage. Aujourd'hui, nos produits sont capables de rivaliser avec tous les produits de la sous-région tant en qualité qu’en normes standard. Le gouvernement a promis aussi de créer une banque pour jeunes, nous espérons que cela va être une promesse concrète. D’ailleurs, la COJETAA vient de participer dans le 2eme Salon Industriel qui avait été organisé au mois de juin par l’Association des Industriels du Burundi. Nous avons entendu que le Président de la République exige d’engager plus de jeunes dans les industries ou tout au moins d’appuyer leur travail. C'est une rencontre qui a été marquée par la présence des industriels, des acheteurs, mais le plus important des échanges a été entré les participants eux-mêmes.

IPM : Quel est le rôle de la COJETAA dans la continuelle prise de conscience des jeunes ?

Thierry NAHIMANA : Nous disons toujours aux jeunes de commencer, de se lancer malgré les défis et les incertitudes. Ils doivent avoir le goût du risque pour devenir d’importants acteurs économiques dans le pays. Au niveau de la COJETAA, Dans les prochaines années, nous voudrions nous positionner en une grande plateforme de commerce des produits agro-alimentaires transformés. Sinon, nous misons sur le marché local qui devrait permettre de générer plus de revenus. Ce sont des objectifs tout à fait réalisables d'après nos projections. Mais c'est un travail qui nécessite de la communication sur les opportunités de création d'emplois pour les jeunes.

Propos recueillis par Steve Baragafise