ADECO - Terimbere



Au Burundi, l’entreprenariat devient de plus en plus une réalité. Appuyés par les partenaires du gouvernement, différents entrepreneurs réunis dans des coopératives, se lancent dans des activités qui leur permettent d’améliorer les revenus dans leurs ménages et de participer dans le développement local. C’est le cas de la coopérative ADECA-TERIMBERE de la commune Mwumba, province de Ngozi. Interview avec le président de la coopérative, Jean-Pierre NIMBONA. La rédaction d’IPM l’a rencontré lors de son exposé sur la pisculture intégrée qu’il a faite dans le cadre de la 10eme Foire Agricole et Forum Paysan, édition 2019 qui se tient à Ngozi (nord du Burundi), du 3 au 5 juillet.

Comment est née la coopérative ADECA-Terimbere ?

La naissance de notre coopérative date de 2004. D’abord, les membres de la coopérative ont un profil professionnel différent. Parmi eux, se trouvent des pisculteurs, des agriculteurs et des gens qui font d’autres petits métiers. En 2004, un des membres de la coopérative, du nom de Nduwayo Issa, qui est l’initiateur de l’ADECA avait commencé une petite pisculture dans ses propres champs. Il avait creusé les puits pour pisculture, y déversait de l’eau qu’il puisait à 200 m. En 2013, lors d’une émission radiophonique que le Président Nkurunziza animait à l’endroit de la population, il a téléphoné, parlé au Président et lui a présenté son projet. Il avait exprimé au Président son souci d’élargir ses activités. Par un soutien qu’il a reçu après, Il a dû créer, en 2014, avec d’autres personnes, la coopérative ADECA TERIMBERE qui s’investit pour une pisculture intégrée. Elle compte actuellement 353 membres dont 266 femmes, 87 hommes et 90 jeunes. L’objectif de la coopérative ADECA est de promouvoir une bonne santé communautaire et d’améliorer les revenus dans les ménages. 

Comment pratiquez-vous cette pisculture intégrée ?

La coopérative ADECA TERIMBERE travaille à la colline VYERWA, commune MWUMBA, province Ngozi. Ça fait deux ans que nous avons commencé à mettre en place une véritable activité de la pisculture intégrée. Pour y arriver, nous avons déjà creusé 10 puits qui vont servir dans cette activité. Nous sommes en train de mettre en place des poulaillers pour l’élevage des poules afin que leurs déchets servent de nourriture au poisson en étang d’eau. Chaque étang d’eau a une longueur de 50 m sur une largeur de 40 m. Nous allons pratiquer cette pisculture intégrée avec 3 sortes de poissons : les tilapias, les clarias et les carpes communes. Dans chaque étang d’eau, nous allons y mettre 10.000 petits poissons qui vont se multiplier pendant une période qui va de 6 à 8 mois. Après cette période, le petit poisson qui a grandi va avoir un poids qui varie de 2 à 3 kg.

La pisculture, est-elle rentable ?

Théoriquement, je peux bel et bien affirmer qu’elle est très lucrative. Par nos calculs déjà faits, 1 kg de poisson va coûter 5.000 fr bu. Alors, souvenez-vous qu’au départ, nous allons mettre 10.000 kg de poissons dont la récolte se fera après 8 mois. Le calcul sont alors simples à faire : on prend les 10.000 multiplié par 5.000 (prix d’achat par 1kg), on obtient une somme de 50.000.000 fr burundais pour une période de 8 mois. 

Pourquoi parlez-vous de pisculture intégrée ?

Cette activité associe deux autres sortes d’activités connexes. Il s’agit de l’agriculture et de l’élevage des poules. L’agriculture sert dans la production des aliments pour les poules ; et celles-ci donnent, par leurs déchets, des aliments pour les poissons. On voit que c’est un système de travail intégré. D’où nous parlons d’une pisculture intégrée.

Quels sont les défis que vous rencontrez dans cette activité ?

Les défis sont nombreux. Je peux citer les plus importants ici. Il s’agit du manque de variétés de poissons pour pisculture sur le marché local, manque de nourriture de poisson suffisante, manque de terrain pour une pisculture intégrée et étendue, manque de crédits qui peuvent servir dans l’appui et le développement de cette activité, manque de connaissances théoriques qui peuvent nous rendre plus professionnelles et le manque de variétés de poules qui peuvent résister aux maladies. Ce sont les plus grands défis que nous avons et pour lesquels il faut une synergie des acteurs pour trouver des solutions durables.

Quelles sont les perspectives d’avenir de votre coopérative ?

Dans l’avenir, nous voulons travailler essentiellement autour de 3 grands projets : Le premier projet se rapporte à l’écloserie, c’est-à-dire à la création d’un centre de multiplication de poissons. Nous voulons aussi créer une industrie du poisson, c’est-à-dire une industrie qui transforme les poissons. Un autre projet auquel nous allons nous atteler est la création de nourriture des poissons.  

Propos recueillis par Steve Baragafise