Burundi- Célébration du 57è anniversaire de l’indépendance : discours à la nation aux accents nationalistes et monarchistes.



Le Burundi célèbre le 57 è anniversaire de son indépendance sous un autre atmosphère : celui de changements de certains boulevards et places très connues à Bujumbura.  Dans son discours à la nation à l’occasion du 57è anniversaire de l’indépendance, le Président Nkurunziza a pris des mesures, entre autres la suspension des contributions jusqu’ici faites pour les élections de 2020, le reversement des annales jusqu’ici suspendues aux fonctionnaires. Mais aussi cette mesure qui a choqué plus d’un : nouvelles appellations de certaines infrastructures et lieux publics. Outre ces mesures, et chaque année, de nouvelles promotions ont été également octroyées dans la police et dans l’armée en fonction des mérites exceptionnelles.  

 « Ce n’est pas dans ses habitudes de prendre des mesures importantes qui allègent la souffrance du peuple comme celle de suspendre la collecte des fonds alloués aux élections. Pourquoi ? Parce qu’effectivement l’enjeu important du discours de ce 1er Juillet 2019 de Pierre Nkurunziza reste les élections de 2020. Pour lui, ce discours est le dernier discours le plus important avant de joindre la parole à l’acte dans le fameux discours de Bugendana du 7 Juin 2018. Visiblement, Pierre Nkurunziza montre au peuple qu’il pense à lui. Il lui exprime plutôt une forme de compassion », indique un observateur contacté par la rédaction.  

 Nous sommes très reconnaissant du travail et de l’esprit de bravoure de plusieurs burundais qui montrent que le peuple burundais est mur pour son indépendance. L’exemple le plus récent est la contribution dans les moyens financiers et logistiques pour les élections de 2015, au referendum constitutionnel, et aux élections de changement de régime de l’an 2020. Vu que les moyens nécessaires sont déjà disponibles, nous avons jugé que les Burundais et les fonctionnaires de l’Etat arrêtent ces contributions. Seuls les volontaires et ceux qui n’en avaient pas jusqu’ici fait peuvent le faire. De plus, les élections doivent avoir lieu, et l’argent qui vient de ces contributions servira comme un ajout car celui veut de l’honneur en paie le prix. Je remercie sincèrement le peuple burundais qui a déjà compris qu’une attitude attentiste ne vaut pas grand-chose. Nous voudrons préparer nos élections pour celles qui viennent et celles qui se dérouleront dans le futur (…) Nous n’accepterons plus des aides qui nous enlèvent notre dignité et notre indépendance (…) (Extrait du discours du Président de ce 1er Juillet 2019) !

« Parallèlement, le Président sollicite, d’un cœur serré, ce peuple dans sa lutte pour le retour à la bravoure d’antan, à la suprématie de nos héros (considérés ou déchantés) et dans le souhait de revoir le retour de la monarchie comme forme de gouvernance du pays. Bref, il se fraie un chemin à lui dans la conscience du peuple burundais. Dans ce discours, le Président donne lui-même l’image rassurée et rassurante, rien ne doit plus être perdu pour le Burundi ; pour son Histoire et pour son futur immédiat », ajoute l’observateur.

C’est dans cette logique de redonner la dignité à notre pays, d’honorer nos héros que les noms des infrastructures, des structures et lieux publics de la mémoire de notre pays seront changés. Cela servira à renouer les mémoires blessées, à unir les Burundais et leur rappellera l’histoire de leur pays pour qu’ils chassent de leurs esprits de leur tendance divisionniste et attitude trahissante qui prennent origine dans la colonisation. Voici certains des exemples : le nouveau hémicycle de Gitega sera dédié au Prince Louis Rwagasore, le nouveau hémicycle du sénat qui sera construit à Gitega sera consacré au 1er ministre Ngendandumwe.  Dans une année, on va construire un mémorial dédié à Bihome en commune Kiganda, province Muramvya. Il a été un héros du pays au même titre que le roi Mwezi Gisabo. Le 211è bataillon commando de Gitega sera appelé camp Ntare Rugamba. L’Aéroport International de Bujumbura sera désormais appelé Aéroport Melchior Ndadaye. Le Boulevard du 28 Novembre est consacré au roi Mwezi Gisabo. Le Boulevard du 3 septembre s’appellera désormais Avenue Général Adolphe Nshimirimana, le stade Prince Louis Rwagasore sera appelé le stade Intwari, le Boulevard du 1ER Novembre sera consacré à l’héros de la démocratie Melchior Ndadaye et le nouveau palais présidentiel de Bujumbura sera baptisé du nom de Ntare Rugamba (…) (Extrait du discours du Président du 1er Juillet 2019)

Vers le retour/ou la nostalgie de la monarchie présidentielle ?

« Ce qui est sûr, ce genre de discours n’intéressent guère les Burundais cloués par une pauvreté sans nom. Les décisions dont il a évoquées (le referendum constitutionnel) se sont faites dans l’indifférence générale et les projets du président Nkurunziza pour les élections qui viennent suscitent peu de réactions d’où il évoque la nostalgie/probabilité d’une gouvernance moins redevable, celle du retour à la monarchie », conclut l’observateur.

Avant l’arrivée des Allemands en 1903, le Burundi était un pays de lait et de miel. Notre pays se portait bien dans l’économie et l’administration. Cela se remarquait dans la manière dont les fêtes se préparaient et se célébraient dans la paix et la sécurité totale. La fête de l’Umuganuro montrait à quel degré notre pays était indépendant dans la coopération, la synergie et l’entraide mutuelle. Les Burundais étaient unis pour faire du troc, le Burundais n’était jamais seul (…). A côté de l’agriculture, les Burundais faisaient de l’élevage, de la vannerie et poterie. Ces métiers rendaient plus automne le peuple burundais sans être attentiste. Ils savaient fabriquer leurs habits et inventaient des médicaments qui pouvaient leur soigner et soigner leur bétail(…) (Extrait du discours du Président du 1er Juillet 2019).

L’opposition inquiète

« Les quelques progrès que le Burundi a enregistré pour panser les plaies d’un passé post indépendance douloureuse ont été anéantis par le régime du président Nkurunziza », a déploré le Mouvement pour la Solidarité et la démocratie (MSD) de l’opposant Alexis Sinduhije dans un communiqué qu’il a rendu officiel ce lundi 1er juillet.  

« Nkurunziza vient d’insulter les noms de nos plus vaillants héros en les associant avec celui d’un des plus grands criminels de l’histoire contemporaine du Burundi, Adolphe Nshimirimana », poursuit le communiqué.

De plus, Leonard Nyangoma, le président du CNDD estime que l’indépendance au Burundi est plus qu’un engagement que de simples paroles.

« On ne peut pas parler d’indépendance lorsque la majorité de la population ne parvient pas à manger deux fois par jour, lorsque des maladies comme la malaria, le choléra touche une partie de la population, etc. »

Sous mandat, puis sous tutelle belge depuis les années 1920, le Ruanda-Urundi, devenu une république en 1961, est scindé en deux en juillet 1962. Un des deux États nés de cette scission est le Burundi, dont la capitale est Bujumbura (ex-Usumbura). Alors que la marche vers l'indépendance du Ruanda a été ponctuée de tensions ethniques entre Tutsi et Hutu et d'affrontements violents, le Burundi a progressé  dans un climat de stabilité relative.

Malgré la volonté de l'Organisation des Nations unies (ONU) de voir le territoire du Ruanda-Urundi demeurer unifié, des démarches séparées ont été entreprises. Le Parti de l'unité et du progrès social (UPRONA) de Louis Rwagasore, vainqueur des élections tenues le 18 septembre 1961, a joué  un rôle central au Burundi. Devenu premier ministre, Louis Rwagasore qui est le fils aîné du souverain, est assassiné le 13 octobre 1961. L'indépendance, à laquelle la Belgique est favorable, est proclamée le 1e juillet 1962. Des différends entre les élus et le roi entraîneront éventuellement l'abolition de la monarchie, en novembre 1966, et la proclamation de la République du Burundi.

Steve Baragafise