Burundi : corruption dans le traitement des fiches de paie à la fonction publique



Certains fonctionnaires de l’Etat se lamentent à propos des conditions dans lesquelles ils sont soumis pour avoir leur fiche de paie de leur salaire à la fin du mois. Jusqu’ici, certains ne comprennent pas pourquoi il est difficile d’avoir accès à ce document dont ils ont pleinement droit.

« Nous sommes de plus en plus étonnés de la manière dont il est difficile pour le moment d’avoir notre fiche de paie à la fin du mois. Quand nous osons le demander, on nous exige d’écrire pourquoi nous la sollicitons. Le motif doit être accompagné par une lettre officielle qu’on doit adresser à notre chef avant que celui-ci n’accorde la permission », indique un des fonctionnaires d’une institution étatique qui s’est confié à notre rédaction.

Ce fonctionnaire ajoute que les motifs qui sont derrière cette situation sont certainement liés aux disparités de salaires qui s’observent dans l’institution pour laquelle il travaille :

« Je crois que cette situation est relative à l’écart de salaire qui s’observe au niveau des travailleurs. Actuellement, il ne suffit pas d’avoir une même date de début de travail, un même niveau de diplôme et presqu’une même expérience pour avoir un traitement de salaire égal. Les conditions dans lesquelles on est payé diffèrent d’un travailleur à un autre, ce qui fait que les avantages relatifs aux salaires soient aussi différents. Donc, ne pas donner cette fiche de paie veut dire qu’il s’agit d’une manière de vouloir cacher les disparités de salaire qui existent entre les travailleurs de notre institution », martèle le fonctionnaire.

Sur ce dossier, des médias locaux avaient justement rapportés ce genre de situations dans l’une des entreprises paraétatiques du pays où les travailleurs de même expérience et de diplôme équivalent n’avaient pas de salaire identique. Les travailleurs se lamentaient de cette situation qui parait du moins incompréhensible pour eux.

«Il n’est pas étonnant de voir un planton qui a un salaire plus élevé qu’un travailleur qui a un niveau A2. Tout dépend de qui tu es et qui t’a amené. Vous comprendrez que celui qui a un traitement meilleur est certainement le travailleur qui est proche du parti au pouvoir. Celui-ci est bien traité de plus que les autres. Même s’il s’agit de contracter un crédit, l’écart est tellement visible avec un autre qui a la même ancienneté que lui mais qui n’est pas proche du parti au pouvoir » conclut notre source.

Au Burundi, le salaire de base d’un fonctionnaire varie en fonction de son cadre d’emploi, son grade mais également de l’échelon atteint au cours de sa carrière. Chaque échelon correspond à un niveau de rémunération défini par un indice brut, aussi appelé indice de carrière/classement. On attribue à cet indice brut un indice majoré qui va permettre au fonctionnaire de connaître le montant brut de son salaire fixe. La rémunération est calculée à partir d’un indice national de référence et depuis des années, la valeur de cet indice brut n’avait pas augmenté.

En outre, les disparités des statuts pécuniaires découlent de la multiplicité des statuts administratifs admise par la Constitution pour tenir compte des particularités de certains services publics. En effet, l’article 159 de la constitution prévoit les catégories suivantes : les statuts des personnels des corps de défense et de sécurité ;  le statut des personnels du Parlement ; le statut de la Fonction Publique ; le statut des offices ministériels, le statut des auxiliaires de Justice, le statut de la magistrature et le statut des auxiliaires de justice. A ces catégories, il faut ajouter les statuts des Etablissements publics et des services publics autonomes. Dans cette identification, les dépenses du personnel occupent une place importante dans le budget de fonctionnement de l’Etat.

Selon le rapport  de la Cour des Comptes du Burundi relatif au contrôle des disparités des statuts pécuniaires dans l’Administration publique burundaise de cette année, il y a encore des disparités observables dans le traitement salarial du personnel du secteur public. Par exemple,  dans le secteur de la justice, les salaires de base des Magistrats auxquels s’ajoutent des primes et indemnités ont été revus en hausse. Le traitement avant imposition est 130.094 FBU par mois alors que le salaire le plus élevé est de 664.768 FBU par mois. Au niveau de la Force de Défense Nationale (FDN), le salaire de base le plus bas est de 16.113 FBU par mois et le plus élevé est de 504.486 FBU par mois. A la Police Nationale du Burundi (PNB), le salaire de base le plus bas est de 16.113 FBU et le plus élevé est de 650.850 FBU par mois. Pour  le Service National de Renseignement (SNR), le salaire de base le plus bas est de 31.654 FBU par mois,  le plus élevé étant de 306.033 FBU par mois. Pour la Cour des Comptes,     le salaire net mensuel minimum d’un Magistrat est de 627.900 FBU         et le plus élevé est de 1.216.800 FBU. Pour les Membres du personnel d’appui (Cour des Comptes), le traitement minimum est 53.750 FBU, le traitement maximum étant de de 472.503 FBU par mois.

A l’Inspection Générale de l’Etat, le traitement minimal d’un Inspecteur est de 852.952 FBU par mois alors que traitement maximal est de 1.591.500 FBU par mois. Pour les membres du personnel d’appui (Inspection Générale de l'Etat), le salaire moyen est de 99.250 FBU par mois et celui le plus élevé est de 249.261 FBU par mois. Au niveau de la Cour anti-Corruption et de son Parquet Général, le salaire mensuel le moins élevé est celui du Secrétaire Général qui est de 904.285 FBU et le plus élevé est de 1.640.000 FBU. Quant à la Brigade Spéciale anti-Corruption, le salaire net le plus bas pour un Officier et un Cadre est de 886.000 FBU par mois et le plus élevé étant de 1.462.000 FBU par mois. Pour les Membres du personnel d’appui à la Cour anti-Corruption   , le salaire net mensuel le plus bas est de 99.250 FBU alors que le plus élevé est de 249.261 FBU par mois. Dans l’Education, le salaire de base minimum d’un fonctionnaire non enseignant est de 10.787 FBU par mois et le plus élevé est de 60.715 FBU par mois alors que pour les conseillers du Ministre ayant la Bonne Gouvernance et l’Inspection Générale de l’Etat dans ses attributions, le traitement mensuel net équivaut à celui d’un Inspecteur Principal de l’IGE, soit 1.053.038 FBU.

Gaudence Uwineza