Burundi : la pression fiscale pourrait s'accentuer de 5% d'ici peu



Ce n’est pas encore officiel mais l’Office des Recettes du Burundi (OBR) envisagerait de revoir à la hausse l’assiette fiscale pour les acteurs économiques du pays selon une des grandes sociétés de production du pays contactée par la rédaction d’IPM.

 « L’Office des recettes du Burundi(OBR) s’apprêterait de rehausser jusqu’à 5% l’assiette fiscale. Cette décision serait envisagée pour deux raisons, soit les caisses de l’OBR sont tout simplement vides, soit il y a une inflation dans le pays. Il faut chercher la cause dans ces deux hypothèses », indique  notre source.

Cette décision ne manquerait pas alors des conséquences sur la vie ordinaire du citoyen burundais.

« Dans ces conditions, il faudra alors s’attendre à la montée des prix pour tous les produits qui paient de la taxe à l’office burundais des recettes. Ce sont des calculs simples. Si l’Etat(ou l’OBR) prends une telle décision, l’acteur économique concerné évalue les tendances observées sur le marché et prends généralement une attitude qui le pousse à maximiser son intérêt. Il faut comprendre une chose ici. Qui dit assiette fiscale dit que si un acteur recevait 10 millions d’intérêts par an et que par obligation il doit payer les 30% de ses revenus à l’OBR (c’est la loi actuelle), désormais, il paiera 35% au lieu de 30% », ajoute la source.

Et cette décision ne surprend pas en réalité. En effet, selon Olucome (Organisation de Lutte contre les Malversations Economiques), dans son communiqué rendu officiel en date du 11 avril 2019, le budget de fonctionnement de l’Etat pour l’année 2019-2020 est un budget fantaisiste et irréaliste.

« Le déficit budgétaire continue d’augmenter d’une année en une année. Et ce dernier est financé par la dette intérieure qui a déjà atteint une somme de plus de 1600 milliards de francs burundais, soit environ 55 millions de dollars US. Cette indépendance budgétaire que prône le gouvernement du Burundi en place a plus de 80% que ce soit un  rêve du fait que le gouvernement demande des dettes chez les privés et ou des emprunts à la Banque Centrale pour mener certains de ces projets occasionnant la dévaluation de la monnaie et l’inflation au Burundi », martèle le communiqué de l’Olucome.

De surcroit, le gouvernement estime lui-même que ce projet de loi comporte des lacunes supplémentaires au niveau de la distribution du budget de fonctionnement entre les secteurs clés de l’Etat. Ce qui peut être à la base d’endettement intérieur.

« L’exécution du Budget de l’Etat de l’Exercice en cours est caractérisée par plusieurs demandes de crédits supplémentaires, ce qui prouve à suffisance que les budgets alloués aux différents ministères et institutions n’étaient pas suffisants pour satisfaire leurs besoins. D’où la nécessité d’y faire face par ordre de priorités » selon le communiqué du Gouvernement du Burundi rendu public le 3 avril 2019.

Dans le même communiqué, il a été souligné qu’ «au niveau national, ce projet est préparé dans un contexte marqué par une reprise modérée de l’économie et par la poursuite de la politique budgétaire prudente et de priorisation dans la gestion du budget de l’Etat. Et dans le but d’augmenter les recettes, de nouvelles mesures seront prises en vue d’élargir l’assiette fiscale, lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, renforcer le recouvrement des arriérés, et maîtriser les exonérations ».  

Au Burundi, le système fiscal est déclaratif avec une pluralité des impôts et taxes: impôts sur le revenu, les bénéfices et les gains en capital, impôts sur les personnes morales, impôts sur les biens et services et impôts sur le commerce extérieur et les transactions internationales. D’où le poids de cette fiscalité diminue la compétitivité vis-à-vis des autres entreprises de la CEA à travers le nombre d’impôts payés, la TVA élevée et les problèmes liés à l’assiette fiscale. Pour améliorer la compétitivité des entreprises du Burundi, les entreprises suggèrent la réduction du poids fiscal à travers la diminution des impôts.

Pour y pallier, des experts en matière de la macroéconomie recommandent la mise en place d’ une politique permettant d’amener les petites et moyennes entreprises à mieux se développer et graduer vers le secteur formel ; l’instauration des taux d’imposition différenciés par secteurs d’activité et l’ allégement de la charge fiscale des jeunes entrepreneurs. Il faut également promouvoir les secteurs à haut potentiel de croissance et de création de richesses, notamment, l’agro-industrie, le tourisme et le secteur minier. Pour ces experts, les avantages accordés doivent également être privilégiés durant la phase d’investissement et en assurer le suivi et publier la liste des entreprises bénéficiant des avantages en vue de l’évaluation de leur impact sur l’économie nationale.

A l’instant, l’Administration fiscale continue ses appels à la fiscalité et tente d’établir des bonnes relations de confiance avec les contribuables. Ces relations dépendent généralement d’un environnement structurel et réglementaire favorables à la promotion du secteur privé et de l’investissement. Mais, la lourdeur de la réglementation, la complexité et la longueur des procédures, l’imprévisibilité et l’instabilité des réformes maintiennent encore le contribuable dans un climat de frustration.

Gaudence Uwineza