Burundi : premier sommet économique des jeunes entrepreneurs de la région des Grands Lacs



Du 2 au 6 juin de cette année, s’est tenu à Bujumbura le 1er sommet économique sur la région des Grands Lacs. Ce sommet a été organisé par le Centre de développement des entreprises dans la région des Grands Lacs (Center for Développent and Enterprises Great Lakes-CDE), à travers sa campagne Birashoboka , ou « c’est possible » en français. Ce sommet rassemblait les jeunes entrepreneurs du Burundi, du Rwanda et de la République Démocratique du Congo. Elle était aussi marquée par la présence des grands conférenciers internationaux du Burundi, du Kenya, du Maroc et du Liban, les entreprises locales qui œuvrent dans l’innovation comme le BBN, l’API et les maisons incubateurs dans la promotion des affaires au Burundi.

Selon Monsieur Aimable MANIRAKIZA, Directeur du Centre de développement des entreprises dans la région des Grands Lacs, « cet atelier a pour but de contribuer à l’atteinte des objectifs de la campagne Birashoboka. Il a fait savoir que le CDE a organisé ce sommet dans le souci de renforcer le flux des idées, de réflexions et d’opinions pouvant aider à réduire les causes de la pauvreté dans la région des Grands Lacs ainsi que les obstacles à la libre entreprise, surtout pour les jeunes entrepreneurs qui ont de faibles capitaux », a indiqué MANIRAKIZA.

Selon toujours lui, ce premier sommet a aussi pour but de prévenir les conséquences de la réglementation restrictive et de promouvoir la restauration de la liberté économique pour réduire la pauvreté dans la région.

Au cours de ce sommet, les grandes interventions sont revenues sur les conditions nécessaires qui promettent un commerce équitable pour tous. Selon le président de l’Institut libanais pour les études du marché, Dr Patrick Mardini, celui-ci a fait savoir que « le libre échange est un outil très important pour sortir un pays de la pauvreté. Le libre échange est selon lui, la possibilité d’importer et d’exporter sans la moindre restriction. Pour y arriver, il faut que les pays de la sous-région en l’occurrence les autorités changent de mentalité et instaurent la liberté commerciale. Pour cela, il faut instaurer un état de droit, la protection des biens des investisseurs, une justice saine, la réduction des procédures administratives dans la création d’une entreprise, bref l’amélioration du climat des affaires et la bonne gouvernance » martèle le Dr Mardini.

La libre entreprise, réalité ou mirage dans l’Afrique des Grands Lacs ?

Deux congrès internationaux, qui ont eu lieu à Bujumbura en septembre 1979 et à Bukavu en novembre 1982, prirent pour intitulés de leurs programmes la production matérielle et culturelle des « peuples des Grands Lacs » selon les écrits de l’historien Jean-Pierre Chrétien dans son livre intitulé « L'invention de l'Afrique des Grands Lacs », édité en 2010. Pour cet auteur, une « Communauté économique des pays des Grands Lacs » a fonctionné cahin caha depuis les années 1970. Cet étiquetage hydrographique d’une région d’Afrique a aussi un grand succès touristique : l’Afrique orientale tout entière est volontiers intitulée l’« Afrique des lacs ». Les crises politiques de la région depuis les années 1990 ont enfin contribué à populariser cette dénomination dans les médias. Cette expression géographique a été forgée par l’histoire et désigne un complexe où s’emmêlent étroitement réalités et fantasmes.

En effet, parler de la Libre-Echange dans la Région des Grands Lacs sans mentionner la CEPGL est une illusion. En 1976, les pays de sous-région des Grands Lacs se sont convenus de créer une communauté économique  pour l'intégration économique et la facilitation des mouvements des biens et des personnes entre différents pays de la région des grands lacs d'Afrique centrale, le Burundi, le Zaïre — actuelle République démocratique du Congo (RDC) —, et le Rwanda. Elle a son siège à Gisenyi dans le district de Rubavu, Province de L'Est au Rwanda. Mais la crise burundaise de 1993 puis le Génocide des Tutsis au Rwanda plongèrent la CEPGL dans une crise. En 1996, tous les accords sont suspendus à la suite de ce que la RDC a qualifié d’agression de la souveraineté territoriale par les troupes de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et de l'Armée patriotique rwandaise (APR).

En 2004, Louis Michel, ministre des Affaires étrangères de la Belgique invite les ministres des Affaires étrangères de la RDC, du Rwanda et du Burundi au Palais d'Egmont à Bruxelles pour discuter des modalités d'une éventuelle relance de la CEPGL. C’est en 2008 qu’a été décidé une relance de la CEPGL, confirmée en août 2010, à la suite d'une rencontre entre les présidents Kagame du Rwanda et Nkurunziza du Burundi. Théoriquement,  la CEPGL a pour objectif l’intégration économique régionale entre ses trois pays membres, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la sécurité régionale et le financement d’institutions communes dans les domaines de la finance, de la recherche et de l’énergie telles que la Banque de Développement de la Région des Grands Lacs, l’Institut de Recherches Agronomiques et zootechniques, la société internationale d’énergie des Grands Lacs et Energie des Grands Lacs. Malheureusement, la grande caractéristique politique et économique de cette région est qu’elle demeure dans un contexte d’instabilité politique surtout dans la partie Est de la République Démocratique du Congo et au Burundi depuis la crise issu du 3eme Mandat de Pierre Nkurunziza.  Depuis lors, toutes les approches de libre-échange et d’intégration qui ont été pensées par différents experts et organisations onusiennes ont été rapportées sur un grand aspect de l’interdépendance économique et paix dans la région des Grands-Lacs.

 « De ce point de vue, la création de la CIRGL relève de la reconnaissance de la dimension régionale de ces conflits et de la nécessité d’un effort concerté en vue de promouvoir la paix et le développement durable dans la région. En cela, la CIRGL constitue en quelques sortes l’élargissement de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) qui, dit-on, apparaîtrait non seulement comme une piste de solutions aux problèmes économiques et sociaux que connaissent ces pays, mais également comme une voie vers l’instauration de la paix et la sécurité dans la sous-région. Il apparaît clairement ici que l’idée selon laquelle l’intégration économique régionale peut contribuer à la promotion des relations de bon voisinage et pacifier la région a toujours guidé et motivé le politique ; en témoigne l’inscription du volet « développement économique et l’intégration régionale » aux programmes de la CIRGL. » font savoir François-Xavier Mureha et Idrissa Mohamed Ouédraogo, dans leur étude « Interdépendance économique et paix dans la région des Grands Lacs africains »

Des experts estiment que la libre-Echange dans la RGL n’a pas d’impact significatif

Néanmoins, les résultats de l’analyse économétrique de cette étude montrent que, dans la région des Grands Lacs, les échanges commerciaux bilatéraux n’ont pas d’impact significatif sur la probabilité d’occurrence des conflits civils. En revanche, il apparaît que les conflits civils constituent un blocage réel au commerce entre les pays de la région. Cela signifie que les conflits l’emportent sur les échanges commerciaux, ce qui voudrait dire qu’en l’absence d’autres mécanismes formels de règlement des conflits, l’intégration économique ne saurait être efficacement instrumentée pour stabiliser la région. En effet, les projets d’intégration économiques ont été pris en otage par les mêmes conflits qu’ils sont censés résorber. 

Cela se remarque aisément à travers les désaccords et les climats de méfiance qui ont caractérisé dans le temps entre, d’une part, le Zaïre de l’époque et le Burundi et, d’autre part, entre le Burundi et le régime de Kigali d’alors. Les vieux démons semblent aujourd’hui avoir refaits surface pour créer des tensions entre Kigali et Bujumbura. Des tensions et des désaccords qui ont toujours su avoir gain de causes sur des projets régionaux d’intégration initialement mis en place.

« Les désordres et l’anarchie des politiques internes, tant qu’ils ne seraient pas résolus, risquent de se reproduire dans les projets communs et de pousser les États membres à s’accuser et à s’affronter. En effet, nous sommes en présence dans la région des Grands Lacs africains non pas d’États mais d’élites politiques, militaires ou civiles régnant sur des territoires déterminés (Burundi, Congo et Rwanda) selon des principes qui leur sont propres, axés sur la recherche perpétuelle de détention de monopoles des moyens militaires et financiers nécessaires pour assurer leur maintien. » conclut l’étude.

On comprend aisément que dans un contexte pareil, on est face à la rationalité, non pas des Etats mais des individus et des groupes d’individus qui n’ont que faire de la stabilité régionale. Ce qui rend du coup inopérant et vide de sa substance, tout processus régional d’intégration économique destiné à promouvoir la paix et la stabilité de la région. C’est pourquoi il est recommandé  que la résolution des questions politico-sécuritaires à la fois internes et externes aux pays membres doivent précéder la promotion de l’intégration économique régionale au lieu de l’inverse. Par la suite, au lieu de se fier au mécanisme magique de l’intégration économico-commerciale, ce genre d’accords régionaux devrait prévoir des mécanismes et des outils formels de gestion des crises sécuritaires qui menacent les Etats membres.

Steve Baragafise