Burundi : le FORSC lance un cri d'alarme à propos des réfugiés burundais exilés en Tanzanie



Le Forum pour le renforcement de la société civile, FORSC a lancé ce lundi un appel urgent au secours des réfugiés burundais vivant en République Unie de Tanzanie. Cet appel au secours concerne le calvaire vécu par les réfugiés burundais vivant dans les camps en Tanzanie. Il exige des actions urgentes de la part de la communauté internationale et du Haut-Commissariat des réfugiés en particulier.

« La province Kigoma en Tanzanie est devenue comme une partie du territoire burundais où le régime de Pierre Nkurunziza fait la pluie et le beau temps. Ce dernier impose une intense et terrible répression politique contre les réfugiés qui ont fui la persécution sanglante qui règne dans le pays depuis 2015.  Les attaques perpétrées d’hommes armés et les saisies d’armes à feu introduits dans les camps par les hommes par des hommes en provenance du Burundi constituent une menace sérieuse de la sécurité des réfugiés burundais dans les camps en Tanzanie » a indiqué le FORSC.

Ce forum estime que le rôle de la Tanzanie dans ce processus de déstabilisation des camps de réfugiés burundais est plus que réel.

« Visiblement, les autorités tanzaniennes jouent le rôle de complicité avec le régime burundais et renforcent des mesures de pression pour contraindre ces réfugiés à rentrer de force dans leur pays d’origine. Dans leurs tentatives désespérées de fuir les camps vers le Kenya et le Rwanda, ils sont attrapés par la police tanzanienne comme des malfaiteurs à abattre, contraints à deux choix : rentrer au pays ou rester sur place et souffrir ! » ajoute le Forum pour le renforcement de la société civile, le FORSC en sigle.

Pour ce forum, la visite du Président Pierre Nkurunziza à son homologue tanzanien John Pombe Magufuli le 20 Juillet 2017 est venue comme mettre le feu dans la poudre. Les autorités tanzaniennes ont alors commencé une campagne de sensibilisation violente à l’endroit des réfugiés burundais des camps de Nduta, Nyarugusu et Mutenderi de rentrer upso facto au pays. Ayant frôlé mainte fois la mort suite aux viols dans les brousses (pour les femmes), aux tentatives de vol dans les camps organisées par des bandes armés venues de l’extérieur, des arrestations par les agents des services de renseignements tanzaniens et burundais et des attaques à mains armées observées dans ces camps, certains réfugiés se sont faits inscrire pour le retour au pays principalement à la suite à cet appel forcé. Mais après quelque temps, ils ont rebroussé chemin pour le retour en Tanzanie  à cause des intimidations et assassinats dont ils font objet de la part de la milice imbonerakure, la jeunesse affiliée au parti CNDD-FDD qui dirige le pays bientôt vingt ans. 

Cet appel exige aussi des engagements de la part de différentes autorités. Pour cette raison, le FORSC rappelle à l’Etat Tanzanien qui a accueilli ces réfugiés de respecter les Droits et libertés des réfugiés burundais actuels comme il l’a fait pour les autres réfugiés burundais du régime du parti unique et éviter ainsi deux poids deux mesures. La Tanzanie devrait aussi la liberté aux autres exiles qui veulent se réfugier dans d’autres pays où ils se sentiraient plus en liberté. Ce forum demande également à l’EAC et aux Nations-Unies d’évaluer a juste titre le calvaire vécu par les réfugiés burundais en Tanzanie et trouver des solutions à la hauteur des situations car le silence face à cette situation risque d’être complice, estime le forum. Il rappelle aussi la diaspora burundaise d’organiser des manifestations publiques sur les portes des Ambassades de la Tanzanie pour exiger ce pays a respecter les instruments internationaux des Droits de l’Homme en général et des réfugiés en particulier qu’il a lui-même ratifiés. 

L’initiative internationale pour la défense des droits des réfugiés, IRRI avait également fait un appel de ce genre en février de cette année. Pour cette organisation, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités face aux réfugiés burundais qui sont sur le territoire tanzanien. Dans un rapport publié le 26 février qui s'intitule : "Ils ne veulent même pas comprendre pourquoi nous avons fui !", l’organisation suggère aux différents acteurs de faire en sorte que le rapatriement des réfugiés burundais, qui ont fui leur pays après la crise post-électorale de 2015, ne soit pas seulement volontaire, mais aussi un facteur de réintégration efficace.

« Il y a encore beaucoup de réfugiés burundais qui restent en Tanzanie  et vivent dans une situation assez pénible parce qu’il y a insuffisance humanitaire d’abord et ensuite parce que les autorités tanzaniennes limitent les libertés de mouvements et mettent la pression sur les réfugiés de rentrer. Ceux qui décident de rentrer se trouvent dans une situation pénible au Burundi parce qu’ils sont dans une vulnérabilité économique. Il y a des gens qui n’ont pas accès à la terre et se trouve dans une situation assez difficile » fait savoir l’initiative internationale pour la défense des droits des réfugiés.

Le gouvernement Tanzanien et burundais tablaient vers la fin de l’année 2019 sur le rapatriement de 116.000 réfugiés burundais vivant sur le territoire tanzanien. Mais selon l’IRRI, ce qui compte n’est pas les chiffres élevés présentés mais la prise en compte d’une pression élevée qui va se faire sur les réfugiés burundais pour rentrer.

« Ces réfugiés vont rentrer sans qu’il y ait l’aide au développement et humanitaire nécessaires qui les accompagne. C’est pourquoi nous lançons un appel aux différents bailleurs de soutenir ce processus vu qu’il y a un grand nombre de personnes concernées. Si on atteint un soutien des bailleurs et des gouvernements concernés qui va s’améliorer, on risque de voir des tensions avec ceux qui sont restés, de la pression sur la terre et de certaines dynamiques politiques exclusives qu’on peut éviter »  conclut l’organisation.

Gaudence Uwineza