Burundi : Vers la rupture totale avec Michel Kafando ?



C’est du moins la question qui se pose cette fois-ci après l’annonce du 28 mai 2019 faite par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies. En effet, celui-ci prévoyait que sur l’agenda des questions à table lors de la réunion des pays membre prévus la même date, la crise burundaise de 2015 constituait la priorité parmi d’autres qui étaient à table au moment où cette annonce avait été une grande surprise pour le pouvoir burundais.  

Officiellement, les autorités du pays disent être surpris par cette décision du CSU dont l’Ambassadeur burundais aux Nations-Unies, Albert Shingiro. C’est ainsi que le conseil de sécurité a pris la décision de reporter le cas du Burundi dans une réunion des pays membres du CSU au mois de Juin. D’ailleurs, les diplomates qui se sont confiés à l’Agence Française de Presse disent qu’une telle décision a été prise pour réduire/éviter les tensions qui surgiraient à tout moment. Ainsi, la menace de couper les relations avec l’Envoyé Spécial des Nations-Unies au Burundi Michel Kafando est née de là.

Pour montrer que la voix du Burundi pèse encore sur l’échiquier international, Albert Shingiro, l’envoyé spécial du Burundi aux Nations unies, a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies « de retirer le Burundi sur la liste des pays à débattre à l'ONU, car le Burundi n'est plus une menace pour la paix et la sécurité, », indique-t-il.

Désormais, Gitega estime qu’il a déjà quelques mésententes avec cet envoyé spécial des Nations-Unies au Burundi notamment sur la question des échéances électorales de 2020 qui se préparent sur un espace politique verrouillée et dont l’opposition n’est que spectateur. Sur cette question, Albert Shingiro dit que l’organisation et le déroulement des élections de 2020 est une affaire purement interne à l’Etat. «Le processus électoral de 2020 au Burundi est une affaire interne. Le Burundi n'autorisera aucun acteur étranger à se mêler de ses affaires, quel que soit son statut », a déclaré ce jeudi Albert Shingiro à l'AFP.

Les observateurs estiment qu’il s’agira d’une grave erreur diplomatique

Les observateurs de la vie politique burundaise disent que cette annonce de vouloir rompre avec Michel Kafando serait fondée sur des suspicions tout courtes.

« Après le départ de Jamal Benomar (il y a deux ans) à la suite de la demande des autorités burundaises, je ne pense pas que c’est cette fois-ci le tour de Michel Kafando. Il faut dire qu’au-delà de son mandat des NU sur la crise burundaise, cette personnalité a été d’une grande influence dans la vie du peuple burkinabé. Il a su convaincre la CEDEAO qui lui a remis d’ailleurs le pouvoir une semaine après avoir été victime d’un coup d’Etat. Il a su mener la transition jusqu’à l’organisation des élections. Il faut dire que les Nations-Unies n’ont pas l’habitude de voir des personnalités africaines de cette conviction. Pour le Burundi,  Celui-ci a su assumer ses responsabilités face à la crise burundaise.

Il a été d’ailleurs reçu par le Président de la République Pierre Nkurunziza en juin 2017.  Il avait aussi fait la tournée en Tanzanie et en Ouganda pour rencontrer l’ancien président et facilitateur dans la crise burundaise Benjamin Mkapa et le Président Yoweri Museveni. Sa feuille de route, fixée par António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, est de mener et de coordonner les efforts politiques des Nations Unies pour promouvoir la paix et le développement durable au Burundi. Il doit également apporter son assistance aux efforts de la Communauté des États d’Afrique de l’Est en vue d’un dialogue politique entre les acteurs burundais qui est aussi bien un espace d’intérêts. Jusqu’ici, il bénéficie du respect pour tous ceux qui le connaissent jusqu’au sommet des Nations-Unies », fait savoir un observateur contacté par notre rédaction.

A la question de savoir si effectivement les élections de 2020 peuvent être une source de discorde entre les officiels burundais et cet envoyé des Nations-Unies, notre observateur fait remarquer que « pour le comprendre, il faut savoir les positions des Nations-Unies sur le Burundi et celles du Conseil de sécurité des Nations-Unies. D’abord, je signale que les Nations-Unies sont plus informées sur ce qui se passe dans notre pays. Ensuite, il y a des rapports sur les Droits de l’Homme qui sont fournis aux différentes organisations onusiennes qui indiquent l’état des lieux de la situation générale dans le pays. Enfin, il y a les points de vue des pays membres de ces deux organes. Dans les faits, la Chine et la Russie bloquent en grande partie toute initiative prise par le CSU pour le Burundi, ce qui donne l’aubaine aux Officiels burundais de rester dans la logique d’anticipation sur une situation jusqu’ici incertaine.

«  Mais tout n’est pas perdu. Les Nations-Unies ont leur manière de faire et d’agir. Rappelez-vous quand Antonio Guterres a rappelé  à l’ordre Bujumbura, en février 2018, lorsqu’il a critiqué le projet de révision de la constitution. Pour Antonio Gutteres, même si le Burundi a le droit souverain à amender sa Constitution, il pense fermement qu'un processus aussi important doit être conduit d'une manière inclusive afin d'obtenir une participation et un consensus le plus large possibles parmi les acteurs clés de la vie politique. C’est la position officielle des Nations-Unies sur le Burundi. Donc, il est clair que même si ces élections seront faites, elles ne seront pas crédibles devant les Nations-Unies. Cela implique aussi le manque de crédibilité des institutions qui seront établies et le manque de légitimité des nouveaux-élus. Qu’est-ce que cela leur servira alors ? C’est toujours la même situation, celle de manque de crédibilité sur l’échiquier international. L’exemple n’est pas loin avec le cas de la SADC. Pour moi, c’est là où réside la force des Nations-Unies », ajoute l’observateur.  

Dans ce cas, Gitega devrait plutôt de féliciter de la bonne collaboration qui a marqué l’ère Kafando. A l’instant, les officiels devraient surtout prendre en compte de ses conseils sur le règlement de la crise. Visiblement, ils s’engagent, avec les propos de l’Ambassadeur Albert Shingiro sur l’organisation des élections de 2020, dans une nouvelle course dont personne ne maitrise la finalité ni sur le plan interne qu’externe.

Des élections aux enjeux très importants

 « Tellement les enjeux de ces élections sont importants. Les autorités devraient y aller sous le couvert des Nations-Unies car le pays risque beaucoup cette fois-ci de plonger lamentablement dans une crise politique et économique terrible. Avec des voix dissonantes à l’intérieur du système qui n’acceptent pas le forcing électoral qui va permettre le retour du Président pour un 4eme mandat (ce qui est actuellement une grande probabilité), on voit à l’extérieur des forces (dont les Nations-Unies) qui disent qu’il faut un dialogue inclusif. Des deux positions, une question se pose toujours de savoir qui va gagner de cette bataille invisible. De tous les cas, c’est le peuple qui en pâtit car il est impossible de mener un débat sans se référer à lui. Il constitue le centre de gravité de toutes les décisions qui se prennent », conclut notre observateur

Le Burundi est en proie à une crise politique depuis 2015, née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Jusqu’ici, Antonio Gutterees compte toujours  sur l’engagement du Chef de l’Etat du Burundi et de sa coopération afin de trouver une solution inclusive et durable à l’impasse politique que traverse son pays. Très actif sur le continent (Centrafrique, Mali, RD Congo, Libye), le socialiste aime s’entourer de conseillers aux profils très variés pour gérer les dossiers africains comme le patron de l’OMS, le Kényan Mukhisa Kituyi, qui dirige la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), ou Phumzile Mlambo-Ngcuka, une ex-militante de l’ANC aujourd’hui à la tête de l’ONU-Femmes.

Steve Baragafise