Burundi : les jeunes appelés à se regrouper en associations et coopératives



Cette fois-ci, c’est Abel Gashatsi, le Président du parti Uprona qui emboite le pas à Pierre Nkurunziza. Par ces deux personnalités, la jeunesse burundaise est appelée de plus en plus  à se regrouper en associations et coopératives. Cet appel qui se fait désormais de façon insistante par Abel Gashatsi appelle à une réflexion d’autant plus qu’on sait déjà le rôle et la place de la jeunesse burundaise dans la vie politique du pays. En effet, le Président du parti de Rwagasore s’est exprimé à l’endroit de la jeunesse du pays ce dimanche, 26 Mai 2019 lors de la célébration du 58eme anniversaire la victoire du parti dans les élections de 1961.

« Je conseillé  les jeunes de se regrouper en associations ou en coopératives pour augmenter la production et créer de l'emploi car  le Président de la République a promis la mise en place d'une banque pour les jeunes. Vous devez vous organiser pour en tirer profit.  » a indiqué le président du parti UPRONA, Abel GASHATSI lors de la célébration de la cinquante huitième anniversaire de la victoire du parti UPRONA en 1961. S’agit-il alors d’un appel fait sur fonds de souci pour la jeunesse ?  Ce qui est évident, cette partie de la population est manifestement une préoccupation/ou priorité pour les décideurs.

Des appels qui se suivent dans un même ordre d’idées

Lors de l’ouverture des états généraux sur l’emploi le 30 septembre 2013 à Ngozi (nord du pays), le Président de la République s’exprime en ces termes : «  Je lance un appel à la population burundaise en général et à la jeunesse en particulier pour rompre avec les vieilles habitudes et changer de mentalité pour participer à la création de leur propre emploi. Ils devront songer à tourner le dos aux emplois de la fonction publique qui commencent à être rares » a-t-il indiqué. Ces états généraux de l’emploi aveint été organisés pour débattre des solutions possibles au problème du chômage et de la pauvreté qui touche particulièrement la jeunesse du Burundi. Trois ans plus, c’est-à-dire en 2016, Pierre Nkurunziza rappelle également à la jeunesse qu’« elle est le pilier d''une nation qui se veut forte et indépendante. »

Une année plus tard, en Avril 2017, lors des échanges à huis clos entre le président Nkurunziza et les jeunes réunis à Gitega, le Président hausse le ton sur les jeunes. Cette fois-ci, il leur demande de s’engager pour le pays car la jeunesse constitue un pilier pour l’avenir du pays «  une jeunesse patriotique engagée est la garantie d’un avenir radieux pour le Burundi. » Dans ces échanges, le Président a exhorté les jeunes rassemblés à Gitega à avoir une vision large de la vie au-delà des réalisations personnelles en se demandant ce qu’ils pourraient faire pour leur pays. Pour lui, cette génération  doit  s’émanciper de l’héritage colonial (de divisions ethniques) car « un peuple divisé ne peut pas avancer » ajoute le Président. Le Chef de l’État s’était d’ailleurs félicité de la prise de conscience des jeunes burundais: « L’histoire est là pour nous enseigner, pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Nous nous réjouissons de voir une jeunesse qui aspire à la construction du pays. Les jeunes doivent comprendre qu’ils ne sont pas le Burundi de demain, mais qu’ils sont déjà acteurs de la vie du pays. »

Pourtant, sur le terrain, toute une autre réalité se présente

Une réalité pessimiste, synonyme de manques de perspectives a l’échelle nationale. Déjà, les perspectives socio-économiques du pays renseignent de façon claire que la jeunesse qui fait objet d’appels incessants des autorités est frappée par un taux de chômage hors de commun qui devrait plutôt appeler les autorités à agir dans les plus brefs délais.

« Aujourd'hui, le Burundi abrite plus d'une vingtaine d'universités, qui sortent chaque année des lauréats, alors qu'il y a très peu de recrutements sur le marché de travail, particulièrement au niveau du ministère de la Fonction Publique où les nouveaux recrutements sont gelés depuis plusieurs années, sauf pour le remplacement des décès ou des départs en retraite » indique à Xinhua , le quotidien chinois Charles Kabwigiri, expert en entreprenariat et professeur de la faculté des sciences économiques et de gestion de l'Université du Burundi.

Pour ce professeur, « la problématique du chômage des jeunes constitue une bombe à retardement pour le Burundi. Le nombre d'unités recrutées pour remplacer les fonctionnaires décédés ou ceux qui sont partis en retraite est très minime eu égard à l'immensité de la demande qui se présente sur le marché burundais de travail. Avec le taux élevé de déperditions constaté au cours du cursus scolaire et académique, beaucoup de jeunes burundais, y compris ceux appartenant à la catégorie de la frange non scolarisée, sont frappés par ce phénomène de sous-emplois. Plusieurs jeunes burundais, dotés d'une qualification professionnelle, et qui s'embourbent longtemps dans le chômage, constituent pour le long terme une bombe à retardement pour le Burundi, dans la mesure où cette situation de vulnérabilité sociale les expose à toute forme de manipulations» prévient l’expert.  Selon le professeur, le désœuvrement de ces jeunes, ainsi laissés à eux-mêmes faute de circuit économique d'insertion socioprofessionnel peut conduire beaucoup d'entre eux à diverses déviations sociales, particulièrement pour des sollicitations orientées vers les actes de banditisme, le recrutement auprès des bandes armées et le vagabondage sexuel.

Comme solutions à ce phénomène, le Professeur Kabwigiri propose qu’il faut rompre le cercle vicieux en s'appuyant sur cette nouvelle politique de l'emploi validée en novembre 2015 car dans cette politique, on trouve un éventail de structures d'encadrement des jeunes pour les aider à créer leurs propres emplois. Ces structures, doivent être accompagnées par la mise en place des "fonds de promotion" pour l'entrepreneuriat des jeunes au Burundi. Or, le défi de taille du moment pour les jeunes burundais, ajoute le professeur, est l'accès au financement dans un environnement bancaire burundais où l'octroi du crédit est conditionné par la présentation des garanties ou des hypothèques.

Cette observation n’est pas aussi loin des acteurs politiques burundais. Pour le parti MSD, la jeunesse burundaise est un profil diffèrent bien qu’elle soit aussi confrontée aux différents défis pour lesquels ils sont impuissants.  « En effet, les jeunes présentent de multiples facettes : on peut tout aussi bien les percevoir comme une influence émergente ou comme  submergés par le pouvoir. Ils peuvent être cibles et victimes,  exploités et abusés mais ils peuvent tout aussi bien être activistes et entrepreneurs, combattants ou encore rebelles, des hors-la-loi ou des criminels. Souvent, les jeunes combinent et occupent plusieurs de ces positions à la fois. Mais, le point de convergence par ces multiples statuts des jeunes, leur vie est complexe et dure. » fait savoir le parti MSD à travers son article intitulé « Jeunesse du Burundi»

Les acteurs de la société civile ont plutôt un autre regard sur la jeunesse. Pour l’Association Forum pour la Conscience et le Développement, « Curieusement et de façon contradictoire, les jeunes burundais participent moins que leurs ainés dans la plupart des processus politiques. Cela remet en question leur représentativité dans les instances dirigeantes et cela conduit malheureusement à leur marginalisation politique. La lecture de la loi burundaise montre qu’à ce niveau aussi la place du jeune reste quasi-inexistante. Il est de même pour les processus de mise en place des politiques publiques du pays où ces jeunes ne sont que faiblement ou sporadiquement représentés. Ce qui fait que leurs besoins spécifiques ne sont pris en compte ni dans l’élaboration des programmes stratégiques nationaux ni dans l’élaboration des programmes des partis politiques. » martèle le FOCODE.

Dans la situation pareille, les débats sur la participation politique des jeunes s’imposent. Ils doivent porter principalement sur la nécessité de motiver les jeunes à s’engager pleinement et efficacement en politique à travers la définition et la mise en place des mécanismes favorables à leur épanouissement politique.

Parler de la jeunesse, c’est plutôt mettre en œuvre des engagements concrets pour elle

Dans le discours quotidien des Burundais, ceux-ci ne cessent d’affirmer, et à juste titre, que  les jeunes constituent l’avenir du pays. En effet, à voir la force numérique qu’ils sont en mesure de déployer pour influencer le changement, ils constituent le socle sur lequel peut se fonder le pays pour se développer. Pour un jeune qui s’est confié à la rédaction d’Imburi Phare Media, c’est une situation de désintéressement total. Pour lui, il n y a pas à chercher une place de trop dans un espace politique assez comble.

«  Je ne trouve pas les raisons pour lesquelles les autorités burundaises s’inquiètent pour nous. D’abord, nous constituons une catégorie de la population certes nombreuse mais dans la pratique, nous avons été longtemps ignorés. Je te dis par exemple, Thomas Sankara a été président à quel âge ? N’est-ce pas à 23 ans ? Alors, dis-moi un jeune qui a au moins occupé  un poste de conseiller à cet âge au Burundi ? Ensuite, on nous accuse que nous roulons dans les partis politiques soit d’opposition ou qui soutiennent l’Etat. Tu sais ce que ça veut dire cela ? On est en quête de nous-même, voilà, c’est tout. Enfin, qui paie le prix quand on ne bouge pas ? Est-ce l’Etat ou nos familles ? Il faut parfois se dire la vérité avant de proposer une solution. Quand on est abandonné, on pense au plan B. Donc, ces discours dont tu me parles n’a aucun effet sur moi. Et dans ma vie. Et dans mon avenir. J’ai trop attendu que quelque chose change mais en vain » commente Jean-Paul Nimbona, 30 ans, en quête de l’emploi depuis 4 ans.

Visiblement, la lecture de la situation est différente entre les autorités et les jeunes concernés. Au moment où les premiers disent que les jeunes doivent se sauver, les jeunes pensent plutôt que la situation pouvait changer malgré qu’ils se sentent abandonner. Pour eux, il y a le manque de volonté de la part de l’Etat. Cependant, l’Etat avait réservé une place de choix dans les instruments gouvernementaux de planification. Le premier est le document vision Burundi 2025. Dans ce document, la jeunesse y est considérée comme une question transversale. Cela signifie que cette catégorie de la population doit être considérée, selon ce document comme une préoccupation permanente des dirigeants. Le diagnostic réalisé dans le cadre de l’élaboration de ce document de vision sur la situation de la jeunesse burundaise a montré que cette dernière est "majoritairement rurale et constitue une force potentielle pour le travail agricole". Il a été réalisé aussi que les jeunes qui abandonnent aujourd’hui les études à la fin du cycle primaire (30% seulement passent au secondaire) se trouvent désœuvrés sans aucune qualification et sans emploi. Les jeunes déscolarisés sont exposés à la délinquance et constituent une source d'insécurité et d'instabilité à cause de leur vulnérabilité.

L’autre document est le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté, deuxième génération qui formule des propositions assez riches dans les secteurs variés du domaine social comme l'enseignement, la promotion de l'emploi pour lutter contre le chômage qui touche davantage les jeunes et les femmes, l'accès à la santé, l'accès à l'eau potable, etc. alors qu’un autre document est la politique nationale de la jeunesse qui prône une politique pour prendre en charge les jeunes. Visiblement, les résultats de tous ces documents tardent à venir.  Donc, en s’inspirant des bonnes pratiques en usage dans les autres pays, notamment ceux de la Communauté Est-Africaine, en se basant sur les engagements pris dans les instruments légaux signés par le Burundi, le gouvernement burundais et ses partenaires devraient plutôt enclencher et mettre en œuvre des processus concerts qui puissent conduire au développement des jeunes burundais qui sont au pays et en étranger. C’est le plus bel engagement qui peut se faire à leur endroit plus que de beaux discours.

Steve Baragafise