Burundi-RDC : De nombreux congolais ont fui Ebola vers le Burundi voisin



C’est un phénomène de déplacement presqu’ordinaire. Tellement il est inaperçu. La capitale burundaise regorge beaucoup de ressortissants de la République Démocratique du Congo. A l’origine de leur afflux, ce n’est pas seulement  la guerre qui occupe la grande partie de l’Est de ce pays mais aussi pour le moment de la maladie d’Ebola qui y sévit depuis plusieurs mois. Les membres des familles qui sont venus de ce pays disent avoir peur de cette maladie car elle est très mortelle. Alors que les conditions de travail des équipes de secours sont très difficiles dans ce pays, une partie de cette population préfère s’en aller, laisser la terre natale pour un retour incertain.  Frontalier de la RDC où l'épidémie s'est déclarée depuis le 8 mai 2018, le Burundi est potentiellement menacé même si aucun cas Ebola n’a, à ce jour, été signalé.

A Bujumbura, la capitale du Burundi, le quartier de CARAMA est l’un de ces quartiers qui ont accueilli ces nouveaux-arrivants. Pour preuve, un phénomène extraordinaire se remarque ces derniers jours là-bas. Il s’agit de la rareté des maisons de location dans un quartier le plus périphérique au nord-est de la capitale qui pour la plupart des fois regorgent des maisons d’habitations individuelles peu de fois louées. Pour avoir une maison à louer, certains préfèrent payer l’avance sur salaire quand les derniers occupants sont prêts a partir quand d’autres se lassent tout simplement par des va-et-vient incessants et préfèrent regarder ailleurs. Ceux qui sont la quête de maisons se demandent les causes de ce phénomène. La rédaction d’Imburi Phare Media s’est enquérie de la situation. Une des causes qui est à la base de ce phénomène est la maladie d’Ebola qui sévit dans la partie de l’Est de la République Démocratique du Congo, comme nous l’a bien révélé cet habitant du quartier.

 « Je m’appelle Jean Ndereyimana. Je vis dans ce quartier depuis dix ans. La situation à laquelle vous assistez (la rareté des maisons de location) est nouvelle dans ce quartier car il accueille actuellement de nouveaux habitants venus de la République Démocratique du Congo. Ils sont nombreux et paient une maison à un prix qui est d’ailleurs intéressant. A l’origine de cet afflux, il s’agit de la maladie d’Ebola. Ils fuient cette maladie qu’ils disent étant très mortelle et préfèrent venir s’installer momentanément à Bujumbura y compris dans notre quartier. Comme ils viennent avec des billets verts, vous comprenez qu’ils sont plutôt les bienvenus », indique Jean Ndereyimana, un habitant de Carama I.  

Ce cinquantenaire n’a pas manqué de nous montrer, exemple a l’appui, une habitation d’une  des familles nouvellement installée dans le quartier. Elle compte 8 personnes en tout. Cette famille a loué une maison dans ce quartier pour une somme de 350 mille francs burundais (près de 200 dollars américains par mois). Avec insistance, un des membres qui s’est confié discrètement a la rédaction  dit que leur famille est venue s’installer pour des raisons autres qu’économiques. 

« Ca fait bientôt deux semaines que nous nous sommes installés dans ce quartier de la ville de Bujumbura. Notre arrivée n’a rien de difficultés économiques comme beaucoup veulent le prétendre. Nous avons fui la maladie d’Ebola. Nous avons vu de quoi il s’agit quand on parle d’Ebola. Ici, nous sommes à l’ abri. Nous attendons que la situation se renormalise mais je ne sais quand » fait savoir, dans un ton retenu, un des habitants de la famille qui a préféré garder l’anonymat. Pour lui, la vie a ici un cours normal. La famille va essayer de se conformer au mode de vie du pays.

Visiblement, ce phénomène n’est pas seulement observable dans ce quartier. Aussi, la rédaction s’est rendue dans le quartier de Gihosha Rural où ce phénomène est également évoqué.  La bas, les demandes de maisons de locations par les habitants venus  de la République Démocratique du Congo sont plus que nombreuses.

« Certes, Il y a des familles qui sont venues s’installer ici avant les échéances électorales qui se sont tenues au mois de mai de l’an 2018 en République Démocratique du Congo. Mais on assiste pour le moment beaucoup de ressortissants venus de la République Démocratique du Congo sollicitent dans notre quartier des maisons de location à un rythme inhabituel. On croyait que c’est pour des causes politiques mais au fur et à mesure l’on se rend compte que c’est pour autres causes que celles liées aux conséquences des élections qui ont consacré Felix Tschisekedi comme Président.»  martèle Gérard Nsabimana, un habitant du quartier dénommé Gihosha Rural situé au nord-ouest de la capitale.

D’un coup, un autre habitant de ce quartier nous fait une petite observation. Il y a près de chez lui une parcelle qui comporte trois maisons de locations parmi lesquelles deux sont louées par des familles venues de la République Démocratique du Congo. Il fait savoir que ce quartier jadis peu habité est actuellement le plus occupé parmi les quartiers qui se situent au nord-ouest de la capitale. Mais, la présence de ces familles est presqu’ordinaire. Les nouveaux-venus sont calmes, invisibles même.

« Quiconque peut douter de la cause qui les pousse à s’installer ici si on voit l’urgence avec laquelle ils demandent et paient leurs maisons. Une autre chose, c’est que ces familles sont caractérisées par un nombre important des membres de leurs familles. Ils sont généralement nombreux. C’est normal qu’on ait des soucis pour eux. » ajoute Gérard Nsabimana.

Effectivement, la maladie d’Ebola fait peur au pays mais aussi dans toute la sous-région. Dernièrement, une vidéo de simulation de lutte contre la maladie d’Ebola de Rwanda Air a fait le buzz des réseaux sociaux. Cette vidéo montrait comment le Rwanda et spécialement les équipes de cette compagnie se sont suffisamment préparées pour prendre en charge tout voyageur a bord suspect d’être atteint de la maladie d’Ebola dans la sous-région jusqu’à ce que les responsables de cette compagnie soit obligée de tranquilliser le public qu’il s’agit d’une simulation mise en œuvre par le Rwanda Air pour prendre en charge tout malade d’Ebola qui voyage à partir de cette compagnie.

Au Burundi, la peur de cette maladie y est également. Il y a deux semaines, une autre vidéo dans laquelle on évoquait un cas de malade suspect d’être atteint d’Ebola en province de Kirundo qui a circulé sur les réseaux sociaux. Aucune sortie officielle si n’est un démenti non officiel venu des réseaux sociaux. Aussi, les autorités se disent prêtes à mener un combat acharné contre la maladie. Le gouvernement burundais a mis en place un plan de contingence pour la prévention de la maladie à virus Ebola qui sévit en République Démocratique du Congo (RDC) voisine. Pour le moment, les besoins sont estimés à 2 millions de dollars. Le financement de ce plan sera conjointement assuré par le gouvernement et ses partenaires.

Gaudence Uwineza