Burundi : les partenaires techniques et financiers prônent pour le retour à la stabilité du pays



C’est une observation qui a été dégagée hier par les partenaires techniques et financiers du pays lorsque le ministère des Finances, Domitien Ndihokubwayo,  a organisé mardi 21 mai 2019 à Bujumbura, un atelier d’information sur le Plan National de Développement, le PND à leur intention. L’objectif de cet atelier était de partager le contenu du PND afin qu’ils (les partenaires techniques et financiers du pays) puissent s’aligner sur ce plan dans l’élaboration de leurs documents respectifs de planification.

Pour les organisateurs de cet atelier, «  Ce programme national de développement donne une ligne directrice à suivre pour les 10 prochaines années afin de cheminer vers un pays émergent jusqu’en 2027. A travers le PND, le Gouvernement du Burundi projette que la croissance économique qui oscille aujourd’hui autour de 4 %, atteigne deux chiffres en 2027, », a indiqué le ministre en charge des Finances.

Sur cet objectif, les différents intervenants qui avaient pris part dans cet atelier ont fait savoir que tout programme de stabilité en l’occurrence celui du Plan National de Développement requiert que le pays soit assez stable pour se développer. Pour y arriver, le Gouvernement estime que ce travail doit être une synergie de tous.  

«La stabilité du pays est le point de départ et on doit travailler chaque jour pour la maintenir », a rassuré le ministre Ndihokubwayo.

S’agit-il d’une main tendue aux bailleurs ?

C’est évidemment l’intention non révélée de cet atelier, le gouvernement veut séduire, par une activité officielle comme celle-là, les partenaires techniques et financiers du pays de se convaincre de la volonté du régime de vouloir développer le pays à travers ce Plan National de Développement qui est considérée par différents analystes comme « un fer de lance du régime ». Déjà, le 15 Mai de cette année, lors de la célébration de la journée de l’Union européenne, L'ambassadeur Vetter avait indiqué que l'UE coopère avec le Burundi pour « transformer le Plan National de Développement en actions concrètes qui permettront de développer l'économie du pays et d'améliorer les revenus et la qualité de vie des Burundaises et des Burundais». Mais cet engagement ne va pas sans conditions car à la même occasion, l’ambassadeur Vetter s’est exprimé dans un langage aussi diplomatique sur les élections à venir sans oublier de mentionner les conditions nécessaires pour être considérées par l’Union Européenne.

« Le Burundi se prépare également pour des élections très importantes pour le pays et pour toute la région, les élections générales de 2020. Il s'agira d'une occasion à saisir pour faire vivre aux citoyens burundais et aux jeunes en particulier le processus démocratique; et une occasion de consolider les institutions démocratiques qui incluent aussi les médias et les organisations de la société civile » avait fait savoir l’Ambassadeur de l’Union Européenne au Burundi, Wolfram Vetter.

Depuis l’an 2015, le Burundi vit sous un régime qui lui a été imposées par l’Union européenne en vertu de l’article 96 des Accords de Cotonou. Peu à peu, le régime a senti les effets de ces sanctions jusqu’au jour où il décide de changer de langage propagandiste qui qualifiait de ses partenaires (surtout de l’Union européenne) de colons impérialistes. D’ailleurs, le gouvernement du Burundi estime à propos que l’appréciation de la réponse donnée par l’Union européenne aux événements survenus au Burundi à partir d’avril 2015 a surpris plus d’un dans le pays.

Pour le gouvernement, la nature des décisions qu’elle (l’Union européenne)  a prises a suscité des interrogations et baissé le niveau d’espoir d’un partenariat exemplaire qui habitait le peuple burundais depuis de longues années. Des lors, un climat de méfiance a longtemps caractérisé les  relations diplomatiques entre l’UE et le Burundi à tel point que Wolfram Vetter recommande un dialogue et un travail d’ensemble pour rétablir entre eux la confiance qui s’est perdue il y a quatre ans.

En Octobre 2018, l’Union européenne a décidé de renouveler d'un an les mesures restrictives prises à l’encontre de personnalités accusées d'entraver le processus de sortie de crise. l s’agit de trois responsables de la sécurité du gouvernement en place – Godefroid Bizimana, directeur général adjoint de la police nationale, Gervais Ndirakobuca, chef de cabinet de l’administration présidentielle et Mathias-Joseph Niyonzima, agent du Service national de renseignement (SNR) – et de Léonard Ngendakumana, un des généraux à l’origine du coup d’État avorté en mai 2015 au Burundi. Ces sanctions prises vont généralement dans le sens de les interdire de circuler sur le territoire européen et le gel de leurs avoirs pour des activités considérées comme compromettant la démocratie ou faisant obstacle à la recherche d’une solution politique à la crise burundaise.

Ayant mainte fois montré sa position qu’elle croit servir de tremplin pour résoudre la crise au Burundi, l’Union européenne réitère toujours son appel au dialogue entre les parties en conflit au Burundi. Mais, depuis 2015, la communauté internationale n’a fait qu’assister à un dialogue de sourd entre l’opposition et le gouvernement. Jusqu’à maintenant, aucune volonté, aucune base n’est établie pour servir de retour à la stabilité. Entre-temps, la population souffre de tous les maux (pauvreté chronique, absences de perspectives évidentes par le gouvernement et une opposition qui parait divisée).  A l’interne, un seul projet occupe le gouvernement, celui des élections tandis qu’à l’extérieur, on ne fait que compter les jours (qui s’allongent malheureusement) pour un retour au pays.

Steve Baragafise