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Sunday, Aug 18

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"On espère que ce film va aider à changer le regard sur le quartier Matonge"



Depuis son arrivée à Bruxelles en 2007 mais surtout depuis son entrée à l’Insas, Rosine Mbakam n’a cessé d’interroger "l’autre face du rêve européen". "Dans chacun de mes travaux à l’Insas, j’ai voulu dénicher les vérités cachées derrière l’immigration africaine, celles que l’on ne dit pas toujours."

Que ce soit en rencontrant des jeunes étudiantes africaines (Cadeau), des femmes plus âgées originaires de la région des Grands Lacs (Les portes du passé) ou à travers le parcours et la détermination d’une jeune femme qui a émigré clandestinement (Tu seras mon allié). Après un film sur l’artiste plasticien congolais Freddy Tsimba et un film très personnel autour des questions de femme et de maternité, Les deux visages d’une femme bamileke, Rosine Mbakam est venue se frotter à la réalité contrastée de Matonge.

Durant un an, elle a posé sa caméra dans le salon de Sabine. Au début, elle y était tous les jours, puis au fil du temps, elle est revenue voir comment les choses évoluaient. Dans ces 8 m² en plein cœur de la galerie ixelloise, il fallait que la confiance entre les deux femmes soit totale pour que le tournage puisse bien se passer.

"J’ai tout de suite accepté le projet de film de Rosine. J’avais confiance en elle. Et puis, je ne suis pas quelqu’un de compliqué, je me moque de mon image" admet Sabine en souriant.

La volonté de la cinéaste de montrer comment les choses se passent dans un quartier sujet à de nombreuses rumeurs a tout de suite séduit Sabine. D’autant que le film avait pour objectif de "mettre en avant des paroles de femmes et de parler de leurs parcours souvent compliqués". Bien sûr, il a fallu obtenir l’aval des clientes qui considèrent le salon comme un endroit "à part" où on vient "oublier" un peu son quotidien et ses problèmes. Même si on y est parfois rattrapé par ses soucis comme lors des descentes de la police, par exemple….

Problématique des (sans) papiers, exil et éloignement : autant de sujets sur lesquels ces hommes et ces femmes se retrouvent. Sans oublier le regard que porte sur eux une société qui pense qu’il suffit d’aller voir des gens dans une galerie commerciale pour comprendre leur vie, voire même, pour "se rencontrer".

"Je voulais filmer l’insécurité d’un côté et la curiosité de l’autre, les regards et la séparation de deux mondes. Que peut-on attendre de gens qui défilent et regardent les autres sans jamais adresser la parole à personne ? En restant dans leur posture de touristes" face à des étrangers.

"On espère que ce film va aider à changer le regard et à briser la condescendance", souligne Rosine MBakam qui ne compte pas s’arrêter là. Dans ce carrefour culturel que constitue la galerie Matonge à Ixelles, le chemin de la réalisatrice est tout tracé.

Il reste en effet trois thématiques qu’elle souhaite aborder : "la question du sacré, en confrontant les regards sur les sociétés africaine et européenne ; les questions de santé publique et de santé mentale" car de nombreux migrants souffrent de troubles dus au stress post-traumatique et très peu en parlent. "Il est important d’aborder la question des traumatismes que la société ne voit pas ou ne soigne pas" insiste-t-elle.

Le tournage de ce deuxième documentaire est déjà terminé, "le montage est en cours ; la recherche de financement, elle, bat son plein." Restera alors, le dernier thème à aborder : celui de l’éducation, la thématique la plus en lien avec le futur de toute une communauté mais aussi du pays dans son ensemble.

Karin Tshidimba