Grands Lacs : l'ACEAC soumet aux Evêques une série de propositions pour la consolidation de la paix



Du 1er au 2 mai 2019, il s’est tenu dans la ville de Bukavu en République Démocratique du Congo des assises organisées par le Secrétariat Général et la Commission Justice et Paix de l’ACEAC (l'Association des Conférences Episcopales de l'Afrique Centrale). Ces assises avaient pour but d’étudier les stratégies pour la consolidation de la paix dans la région des Grands-Lacs.

«La rencontre s’est déroulée sous la présidence de Mgr Antoine KAMBANDA. Archevêque de Kigali et président de Justice et Paix /ACEAC. Deux autres Evêques y ont pris part, à savoir Mgr François-Xavier  MAROY, Archevêque de Bukavu et Président du Conseil d’Administration de l’ISPR (Institut Supérieur de paix et de Réconciliation) et Mgr Georges BIZIMANA, Evêque Coadjuteur de Bubanza et Président de la commission Justice et Paix et de la conférence des Evêques Catholiques du Burundi(CECAB) » comme le rapporte nos confrères du journal rwandapodium.org

Au cours de ces assises, il a été indiqué que la recherche et la consolidation de la paix reste largement une priorité pastorale pour l’Eglise à la lumière de l’enseignement social de l’Eglise. Dans cette mission, des obstacles demeurent toujours.

«Les Evêques ont constaté qu’en dépit de quelques initiatives contribuant au rapprochement des peuples,  l’environnement actuel dans la région est marqué par la résurgence des groupes armés. Les mouvements migratoires forcés, la méfiance réciproque entre dirigeants et la soif grandissante d’une paix durable des populations » indique le reporteur Sessou Mutemba.

Face à cette situation, « les participants ont soumis à l’appréciation des Evêques, en guise de solutions, des propositions suivantes liées aux orientations stratégiques et aux moyens d’y parvenir. Concernant les orientations stratégiques ils ont proposé notamment de consolider la cohésion interne de l’ACEAC ; renforcer le plaidoyer conjoint ; actualiser la vision et le plan d’action de Justice et Paix à la lumière du plan Stratégique de l’ACEAC ; Développer une stratégie commune de communication des activités des organes de l’ACEAC» ajoute Sessou Mutemba.

Au cours de ces assises, les participants ont également soumis comme solutions alternatives l’idée de relancer  la compagne Paix aux Grands Lacs ; la reprise des rencontres œcuméniques avec les anglicans pour préparer ensemble une nouvelle campagne « Paix aux Grands Lacs » ; la redynamisation des comités locaux chargés de la compagne au niveau de chaque pays et l’interaction avec les Organisations sous régionales comme la CEPGL et la CIRGL lors de l’organisation de cette campagne.

Des engagements qui se font sur un terrain de conflits persistants

Au mois de mars de cette année, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, Monsieur Said Djinnit, a averti, devant le Conseil de sécurité, qu’en dépit de l’évolution positive dans la région, en raison notamment de la passation pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), la présence continue de forces négatives dans l’est de ce pays perpétue l’insécurité et la mésentente entre certains pays.

« Des allégations de soutien de gouvernements de la région à de tels groupes et d’interférences transfrontalières ont continué de menacer les relations cordiales et la stabilité », a mis en garde le haut fonctionnaire, qui a aussi cité l’exploitation et le commerce illicites continus de ressources naturelles et la réémergence de tensions entre certains États. Un constat et des préoccupations partagés par l’ensemble des délégations qui étaient présentes lors de cette session. M. Djinnit a salué l’évolution positive que la région a connue dernièrement, en particulier la tenue d’élections pacifiques en RDC, la signature de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), et l’accord de paix entre le Gouvernement de la République centrafricaine (RCA) et 14 groupes armés facilité par l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation de l’Union africaine.

Au cours de la neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi, les dirigeants de la Région des Grands Lacs ont souligné qu’il fallait coopérer plus étroitement pour neutraliser les forces qui déstabilisent la région. D’ailleurs, ce mécanisme a été présenté comme l’un des moyens pouvant aider à régler la persistance de la violence qui s’observe souvent dans cette région mais sa réussite et sa  mise en application n’a pas été à la hauteur des attentes.

«Cet accord devrait opérer comme un catalyseur d’action, mais il ne fonctionne pas à un niveau optimisé actuellement » déplore la France qui s’inquiète des tensions persistantes entre signataires, exacerbées par la menace posée par les groupes armés, et le préjudice causé par la poursuite de l’exploitation illégale et du trafic des ressources naturelles.

Cette situation d’insécurité permanente dans la Région des Grands Lacs ne semble pas se régler d’un coup de bâton magique car le délégué de la République Démocratique du Congo au conseil de sécurité des Nations-Unies vient de révéler, en mars dernier, que selon les informations en leur possession, « les forces démocratiques alliées, les ADF auraient fait allégeance, depuis octobre 2017, au groupe djihadiste de l’État islamique, de qui ils recevraient le financement pour leurs activités visant à faire de la partie est de la RDC l’épicentre du rayonnement de l’État islamique en Afrique centrale, orientale et australe ».

Pour y faire face, M. GATA MAVITA WA LUFUTA a plaidé pour une révision des stratégies des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la MONUSCO pour neutraliser rapidement cette force négative en vue de sécuriser durablement cette partie du pays. Il a aussi condamné la présence d’un groupe armé connu sous le nom de « P5 » au Sud-Kivu « une situation qui risque de nous entraîner dans un autre conflit armé ».

Le représentant de la RDC au conseil de sécurité a réitéré aussi son appel à la communauté internationale pour la mise en œuvre de l’Accord-cadre. C’est dans ce contexte qu’il faut circonscrire les visites dans les pays de la région du Président Felix Tshisekedi, qui a dit que « la RDC située au cœur du continent africain avec neuf pays voisins accordera la priorité à la consolidation de la paix régionale ». Pour lui, Le Président Felix Tshisekedi « privilégiera une politique étrangère axée sur le bon voisinage et le dialogue constructif avec nos neuf voisins pour assumer notre part de responsabilité sur le plan de la stabilité régionale notamment au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ».

Gaudence Uwineza