Burundi- Elections 2020: la conquête de l'électorat a commencé...



Le parti au pouvoir est à la recherche constante d’un électorat fiable pour les élections de 2020. Déployant des moyens de conquête, le cndd-fdd reste largement le seul parti dans le pays qui est la proximité de la population. Visiblement, celle-ci devient de plus en plus exigeante de telle sorte qu’elle pousse le parti de l’aigle aux engagements inhabituellement observés dans l’espace publique burundaise.

« Pour avoir un électorat de qualité, des vrais militants qui sont gagnées à la cause du parti, le cndd-fdd a trouvé des moyens de conquête cette-fois ci payants. Actuellement, le parti s’est engagé à aider des femmes démunies des zones Nyamugari et Nyabututsi de la commune Gitega en province de Gitega. Cette aide est faite d’une somme de quarante mille francs pour chaque femme démunie. Cette somme est touchée mensuellement. Indique une source qui s’est confiée à la rédaction d’Imburi Phare Media. Dans cette conquête de l’électorat, notre source révèle aussi que cette procédure est déjà connue des autorités administratives de la province de Gitega.

« Le choix des femmes démunies de ces localités se fait dans une assemblée des personnes qui cohabitent dans une même localité. Ce sont ces personnes qui désignent que cette femme est démunie ou pas. Les conditions sont les suivantes : être une femme qui a des enfants à sa charge, vivre dans une maison non cimentée et ne pas avoir du travail. Une fois la liste des femmes est constituée, celle-ci est directement acheminée au niveau des bureaux administratifs de la province où elle va être affichée. C’est une procédure presque légalisée. Mais, il s’agit tout simplement de l’achat de l’électorat en cette période où l’on s’achemine vers les élections de 2020.C’est aussi vouloir créer une confiance de plus dans une province qui vient d’être désignée la capitale politique du pays » ajoute notre source.

La province de Gitega vient d’être nommée la capitale politique du pays. Elle est située au centre du pays. La population de Gitega qui était estimée en 2008 à 136 562 habitants avec une densité moyenne de 432,9 hab/km2 (recensement général de la population et de l’habitat de 2008), est à 150 151 habitants en 2012 avec une densité de 476 hab/km2 selon la projection faite à partir de l’indice d’accroissement de 2,4% fourni par le département de  la population. Avec le mouvement de rapatriement, la commune de Gitega totalise aujourd’hui un effectif de 210 rapatriés dont 154, soit 73%, ont été rapatriés au cours de l’année 2012.

« Le parti cndd-fdd est conscient qu’il est en perte de vitesse depuis la crise de 2015. Rien ne peut venir me contrarier : la pauvreté frappe sérieusement le pays, le chômage est au plus haut niveau, les indicateurs économiques sont au rouge sans dire le manque de perspectives sociales qui sont évidentes. Dans pareille situation, le parti devrait changer de système car il y a le divorce entre l’électorat de base et les dirigeants du parti dans les échelons supérieurs. Bien qu’il soit le parti qui gouverne, celui-ci risque d’avoir seulement pour programme de société l’organisation des élections. Pourtant, le pays a besoin d’une bouffée d’oxygène pour respirer : le retour des appuis traditionnels, une sante économique régionale active et une population qui est vouée réellement au développement du pays grâce a des leaders conscients de leurs responsabilités. En dehors de cela, je pense que rien ne viendra à bout sauver le peu qui reste. Ces élections n’auront pas de sens et l’an 2025 risque d’être une année de pauvreté plus que les dix ans qui viennent de s’écouler, » commente un observateur pour la rédaction d’Imburi Phare Media.  

Au cours du mois de février de cette année, le Président du Senat Révérien Ndikuriyo avait pourtant appelé, dans une descente de travail qu’il a effectuée dans les communes de Buraza et Bukirasazi de la province de Gitega les familles de cette province de s’atteler aux travaux de développement. Il recommandait aux parents de bien organiser leurs familles en évitant le gaspillage de leurs biens et aux hommes de couper court avec les mauvaises comportements de concubinage. Le président du sénat Révérien Ndikuriyo indiquait aussi que ces mauvaises pratiques engendrent des conflits familiaux.

En décembre 2018, le gouvernement burundais a adopté un projet de loi historique fixant la capitale politique à Gitega et la capitale économique à Bujumbura. Cette décision a été  approuvée plus tard par le Parlement, très largement dominé par le parti au pouvoir. C’est Gitega, un faubourg de 30.000 personnes qui est désormais la capitale politique  contre Bujumbura qui a une population de 1.200.000 d’habitants.

Cette décision a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Les internautes se demandaient le sens de cette décision alors que la Chine venait de construire pour le Burundi un palais présidentiel qui a une valeur de 20 millions de dollars.

Gitega, c’est également dans cette province que le Cndd-fdd a tenu, en l’an 2017, un imposant annuel de rassemblement des imbonarakure, la jeunesse affiliée au parti au pouvoir. L’image qui émergeait dans ces rassemblements de Gitega était pourtant toute autre, le parti au pouvoir s’est employé à afficher l’unité. Ce rassemblement avait été qualifié par des observateurs comme la remise des compteurs a zéro pour les élections de 2020.

C’est au terme de trois jours de prières, enseignements et louanges que le Secrétaire Général du parti a officiellement annoncé qu’aucun Burundais n’est considéré comme ennemi du CNDD-FDD ; une déclaration très applaudie, et qui semble être le signal du prochain retour au bercail de certaines anciennes personnalités du parti qui l’ont quitté notamment avec 2015. C’est aussi la Ville de Gitega qui vient de faire la surprise, en janvier 2019, de proposer aux milliers de participants dans une prière œcuménique d’action de grâce organisée par le parti au pouvoir une collecte destinées à ériger un temple d’IMANA, à inaugurer dès 2020.

Pourtant, à l’interne, le contexte de ces élections pour 2020 reste largement problématique avec l’afflux de nouveaux réfugiés des partis de l’opposition dans les pays limitrophes et des intimidations continuelles faites par des imbonerakure a l’égard de toute personne suspecte opposée au régime.

Steve Baragafise