Burundi : vers le monopole du marché de l'internet par le BBS ?



 C’est en l’occurrence l’un des projets importants qui ont été analysés par le conseil des ministres tenu ce mercredi, 17 avril 2019. A l’ordre du jour figuraient sept projets de proposition dont le 4eme portant sur l’organisation de la société Burundi Backbone System Company afin d’assurer la gestion de la passerelle unique des réseaux internet dans le pays.

Le premier Backbone National du Burundi va être construit à la suite d’un accord signé, le 20 septembre 2011, entre la société ZTE Corporation, fournisseur mondial d'équipements de télécommunications et de solutions réseau, avec la compagnie burundaise Backbone Systems Burundi. Lancé en 2013 grâce au soutien de l’État et de la Banque mondiale, ce consortium réunissait, en plus du BBS, les cinq opérateurs de téléphonie titulaires d’une licence 3G dont l’Onatel, Africel, Econet, U-com et Cibnet. Il opérait dans le cadre d’un partenariat public et privé dans lequel le gouvernement du Burundi avait octroyé une subvention de 10,5 millions de dollars américains dont les 5 opérateurs contribuaient seulement à la hauteur de 3,5 millions de dollars bien qu’ils constituaient le gros de la clientèle du BBS.

Jusqu’au début janvier 2017, ces fournisseurs avaient une dette à l’endroit de BBS qui se chiffrait de près de 6 millions de dollars américains selon les informations fournies par le journal Burundi forum. Depuis lors, la situation financière de cette institution va de mal en pis. Ce qui donne l’occasion au gouvernement du Burundi de prendre la décision de résilier le contrat. L’annonce officielle a été faite en janvier 2017, avec les 5 distributeurs d’internet pour pouvoir réorganiser l’institution.

Parmi les mesures prises pour travailler seul et pouvoir se stabiliser, le BBS prend la décision, qui a été aussi portée au public en janvier 2017 : revoir à la baisse les prix de connexion internet à 55% par mégabites. Aussi, il a supprimé aussi ce qu’on appelait à BBS les saïtifit qui constituait un gain énorme pour la société.  Ceux-ci ont été réduits environ à 86%. Parallèlement, le BBS a pris aussi la décision de réduire le prix des travaux de génie civil relatifs à son projet, étant donné que la stabilité de l’internet de BBS est liée au fait que la BBS a opté par la pause souterraine de la fibre optique. A l’actif, jusqu’à la fin de l’année 2013, plus de 1 250 km de câbles avaient été déjà tirées à travers l’ensemble des provinces burundaises, date officielle de mise en route du système, désormais entièrement opérationnel. A l’époque, 9 provinces sur 17 avaient déjà bénéficié de l’internet via la fibre optique de BBS. Ainsi, fin 2014, l’entreprise parvint à enregistrer un chiffre d’affaires de 7 millions de dollars et comptait constituer un centre de données commerciales du pays.

Sur le terrain, l’histoire entre le BBS et les 5 sociétés qui apprenaient continuellement à voler, dettes à dos, de leurs propres ailes ne s’était pas arrêtée car le divorce devait être totalement consommé pour donner place à une concurrence commerciale sans appel.

Au début de l’an 2018, un journal proche du pouvoir révèle, via son compte facebook, que « le Burundi BackBone System - BBS a du mal à rivaliser avec Lumitel Burundi en matière d'offre Internet : il offre un petit réseau et se retrouve incapable de proposer une offre groupée. Grâce à Lumitel Burundi, les prix de l'internet ont baissé au Burundi. En 2013, 1Mbps coûtait 1800$. En 2017, il est livré à - de 50$ à nos frontières »

Officiellement, aucune forme de démenti, moins un commentaire de la part de  BBS. Sauf qu’une partie de sa clientèle l’a farouchement défendue : « Faux et archifaux. Si ce journal ne sait pas la capacité de distribution d’internet de BBS, il faut qu’il approche la clientèle de BBS dont les Banques comme la Bcb, Bancobu, Finbank, la BRB, etc. Il y a aussi des institutions clientes comme l’OBR, l’Université du Burundi, les hôtels et les ministères », indique un client fidèle de BBS.  

Le BBS est, lui,  resté plus optimiste : «Nous espérons que nos clients opérateurs et fournisseurs d’internet vont baisser aussi leurs prix pour que le consommateur final puisse en profiter », estimait Elie Ntihagowumwe, ancien Directeur général de BBS dans une conférence publique qu’il animait, il y a deux ans,  à l’endroit de la presse locale.

Visiblement, le gouvernement du Burundi avait bel et bien compris l’impact de l’usage des TIC dans le contexte actuel. Dans ce parcours, il s’est aussi engagé à sauver de la chute libre l’une des 5 sociétés avec lesquelles le BBS avait déjà résilié le contrat. Il s’agit de l’Office National de Télécommunications.  En nommant à sa tête en mars 2012, Domitien Ndayishimiye, l’homme aux réseaux parvint, en deux ans, à redresser l’Onatel « en lui insufflant une culture d’entreprise et une nouvelle dynamique, fondée sur la rénovation et la maintenance des infrastructures, une politique de recouvrement efficace et la création de services tournés vers la clientèle. Une stratégie vite payante, puisque, pour la première fois depuis plus de dix ans, l’Onatel obtient des résultats positifs dès 2012 », commente l’hebdomadaire Jeune Afrique. Dans tous les cas, le gouvernement a su s’adapter aux besoins des TIC par sa politique nationale de développement des TIC (PNDTIC) car les deux entreprises dans lesquelles il garde une partie des actions se porteraient bien, du moins selon l’opinion.

Pourtant, il y a trois ans, une partie de l’opinion avait déjà soulevé l’idée de la nationalisation de BBS pour se constituer en réseau national de transmissions de base. Cette idée avait été démentie par le directeur général d’alors qui estimait qu’il s’agit des fausses informations sans donner d’autres précisions. La situation est restée comme telle jusqu’à ce jour du 17 avril 2019 où le gouvernement repense à l’organisation de la société Burundi Backbone System afin d’assurer la gestion de la passerelle unique des réseaux internet dans le pays. Ce qui signifierait qu’il veut lui donner le monopole de vente des services d’Internet dans le pays, une idée économiquement acceptable (surtout qu’il vient de l’Etat) si la société a des capacités suffisantes et qu’elles respectent la loi et les règles commerciales en vigueur.

Cependant, repenser actuellement à l’organisation du BBS démontre une bribe de renversement de tendances de sa gestion qui s’explique assurément par des raisons multiples dont la rédaction d’Imburi Phare, ignore encore. Les officiels y voient une panacée pour ramener cette entreprise à la croissance tandis que les observateurs de l’économie burundaise conseillent la prudence.

Déjà, l’internet demeure une denrée rare au Burundi malgré des projets colossaux qui avaient été mis en œuvre en ce domaine. On citerait  par exemple le projet Connectivité hertzienne large bande qui a été financé par un don de la fondation américaine Suzan et Craig McCAW de l’Onatel via la facilitation de l’Union Internationale des Télécommunications. Ce projet visait  à étendre les services des TIC aux écoles et hôpitaux des zones rurales. Le début d’exécution était prévu au cours du quatrième trimestre de l’année 2009. Qu’en est-il des résultats ? Seul un rapport fiable répondra à cette question. 

L’autre était intitulé Projet Pan African e-network qui était un don du gouvernement indien aux 53 pays de l’Union Africaine. Il allait fournir trois sortes de services en ligne dont le téléenseignement, l’e-éducation où l’Université du Burundi avait été choisie pour effectuer ce service et l’e-Heath où l’Hôpital Roi Khaled avait été sélectionné pour fournir ces services ainsi que les communications Very VIP. Visiblement, les résultats de ce projet laissent à désirer.

Dans le cas de BBS, osons espérer que sa nouvelle organisation va apporter une plus-value a la population burundaise malgré qu’elle présente déjà certains des obstacles comme l’éventuelle absence d’attractivité des sociétés de mises en vente (vu le contexte actuel du pays) et celle de l’adhésion massive de la majorité des partenaires sociaux à ce processus. Celui-ci devrait-il être assez transparent et grandement publié même si on risque d’assister plutôt à un processus caractérisé par un déficit de communication. Ce qui donnerait l’aubaine à toutes sortes de spéculations.

Gaudence Uwineza