Burundi : La pénurie des médicaments dits spécialités, de plus en plus inquiétante



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Au Burundi, la pénurie des médicaments communément appelés spécialités se fait de plus en plus dure, voire insupportable. Les malades, tout comme les pharmaciens ne savent plus à quel Saint se vouer. Et même les officiels du ministère de la santé n’en reviennent pas et apparaissent de plus en plus impuissantes face à ce problème.

« Ce problème d’accès aux médicaments dits spécialités s’observent au pays depuis environ 2017. Je peux te rassurer que les malades qui prennent des médicaments tous les jours sont dans des difficultés incroyables. Tenez, il y a un médicament qui s’appelle Amisol suppositoire, un anti-hémorroïdale. Cela fait plus de deux ans qu’il n’est plus disponible sur le marché local », indique Guillaume Irakoze, un pharmacien détaillant de Bujumbura qui a accordé une interview à la rédaction d’Imburi Phare Media, mardi dernier.  

Pour lui, la liste des médicaments qui ne sont plus disponibles sur le marché est assez longue.

« Je ne peux pas détailler tous les médicaments qui ne sont plus disponibles sur le marché burundais. Mais, je peux donner quelques-uns qu’on ne trouve plus dans les pharmacies fonctionnelles à Bujumbura. Ce sont plus des médicaments de spécialités qui proviennent de la France, de l’Allemagne et de l’Inde qui ne sont plus disponibles. Il s’agit entre autres de l’Antiblock 50, 25 mg qui est un Antihypertenseur, le Duotrol comprimé, un antidiabétique, le Seretide Spray, un antiasthmatique, etc. Ce sont des médicaments qui étaient jadis les plus sollicités mais qu’on ne trouve plus sur le marché. Dans ce cas, les malades sont obligés soit de les chercher dans les pays limitrophes comme au Rwanda. D’autres sont obligés de changer les prescriptions et de prendre d’autres si le médecin parvienne justement à trouver ceux qui peuvent les remplacer », ajoute Irakoze.

A la question de savoir les causes qui sont à l’ origine de ce problème, le pharmacien répond qu’elles sont plutôt d’ordre politique

« Ces médicaments ont commencé à disparaitre sur le marché à cause de leur coût exorbitant, ce qui n’était pas le cas avant. Je pense que la cause de cette situation qu’on observe est la rareté des devises et les taxes sur l’importation qu’on ampute à ces médicaments. On nous dit d’attendre que la situation se normalise mais en vain. Localement, on ne parvient pas à fabriquer des spécialités. D’ailleurs, la seule société qui fabrique les médicaments, la SIPHAR n’est spécialisée que dans la fabrication des génériques ordinaires tels que les Amoxicillines, les Ibuprofènes, les paracétamols, les Indocides, etc. Elle n’a pas la capacité de fabriquer des spécialités. D’où cela reste un vrai challenger dans la société même si on feint d’ignorer que ce problème existe », s’inquiète le pharmacien. 

Les malades rencontrés sur les lieux confirment que les médicaments qu’ils recherchent souvent sont depuis un certain temps non disponibles sur le marché local. Pour eux, ils n’arrivent pas à comprendre cette situation d’autant plus que le gouvernement garde toujours un silence sur un problème qui prend de plus en plus de l’ampleur sur tout le territoire national.

« Moi, un médecin m’a prescrit trois médicaments. Je suis parvenue à avoir un de ces médicaments prescrits. Même si je vais les trouver, ils seront trop chers, c’est regrettable. Il est déjà tard, je ne sais pas si je vais les trouver ailleurs demain », indique une patiente en quête de médicaments trouvée sur place.

Pourtant, les autorités estiment que le manque de médicaments demeure un phénomène normal. C’est l’avis de Julien Mpeteye, Directeur Technique de la Centrale d’Achat des Médicaments du Burundi (CAMEBU) qui le révélait à nos confrères de Burundi Eco en avril dernier.

 « L’absence sur le marché de tel ou tel autre médicament est un phénomène normal. Quand il y a absence d’un médicament, il y a souvent un autre qui va être disponible pour le remplacer. En fait, c’est une question de programmation », explique-t-il.

Au Burundi, ces problèmes d’accès à des médicaments dits spécialités s’observent alors que le marché du médicament est un secteur très rentable. Il suscite la convoitise de plusieurs intervenants dont le secteur public. Les conséquences sont aussi importantes en vies humaines.

« Je connais une maman native de la province Mwaro qui a succombé dernièrement parce qu’elle a manqué un médicament que le docteur lui avait prescrit pour ses soins de l’Accident cardio-vasculaire. Elle se faisait soigner à l’hôpital militaire de Kamenge mais ses proches ont tout fait pour avoir ce médicament mais en vain. Même Kira Hospital n’en avait pas. Si elle avait trouvé ce médicament à temps, peut-être que la situation aurait dû changer », ajoute un témoin rencontré sur les lieux.

A l’instant, la CAMEBU tranquillise les pharmaciens, les hôpitaux et les centres de santé que les autorités sont au contrôle de la situation.

Par Steve Baragafise