Brusque accélération du calendrier électoral au Burundi. Alors que les résultats étaient attendus au plus tôt ce vendredi, les électeurs ont eu la surprise d’entendre ce jeudi soir au journal télévisée, la Synergie des médias, supervisée désormais par le ministère de la Communication, annoncer les résultats d’un peu plus de 12% des communes burundaises.

Le score attribué au candidat du parti au pouvoir, le général Evariste Ndayishimiye, sur ces communes éparpillés dans tout le pays, est écrasant: près de 80%, contre moins de 20% pour son principal adversaire.

Ces résultats sont encore trop partiels à ce stade pour être vraiment significatifs, mais ils ont fait tourner le sang du principal opposant burundais, et ont été ressentis comme un véritable électrochoc par ses partisans.

« Je les rejette, ce sont des résultats fantaisistes, ils ne collent pas à la réalité », a tonné Agathon Rwasa, assurant avoir à sa disposition des « preuves » de ce qu’il avance. Il s’agit dit-il, d’une partie des procès-verbaux de dépouillement des 14 000 bureaux de vote, que son parti a pu recueillir mercredi soir, juste après le comptage des voix. Puis il a revendiqué sa victoire pour les trois scrutins en jeu il y a deux jours, malgré « les fraudes massives » orchestré par leurs adversaires dans des élections à « huis-clos », selon son parti.

Bourrage d’urnes, votes multiples, usage abusif de procurations, arrestations de plus de 200 de ses assesseurs politiques et militants entre autres: le parti CNL dénonce depuis mercredi de « très nombreuses irrégularités ».

 

Imperturbables, ni la Commission électorale nationale indépendante, ni le Cndd-FDD qui tient le pays d’une main de fer, n’ont daigné réagir jusqu’ici.

Agathon Rwasa assure qu’il saisira « le moment venu » les organes habilités à trancher le contentieux électoral, même s’il dit ne pas faire confiance à la Ceni et à la cour constitutionnelle actuelles.

RFI

Media





Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) du Burundi a appelé jeudi la population à la patience pour la publication des résultats des élections générales de la veille, notamment une présidentielle disputée sans le sortant Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005. 

S'adressant aux gens qui "s'impatientent en attendant le résultat des élections", Pierre-Claver Kazihise a indiqué qu'après la fermeture des bureaux de vote mercredi après-midi, "il y a eu un comptage des voix au niveau des bureaux de vote et ce comptage est terminé", dans une interview accordée à des médias burundais.

M. Kazihise a ajouté que les résultats des 14.655 bureaux répartis dans 3.807 centres de vote étaient en cours d'acheminement dans les centres de la commission répartis au niveau des 119 communes du pays.

"Cela va prendre du temps", a-t-il poursuivi, en expliquant que la Commission électorale entendait publier simultanément les résultats des élections présidentielle, législatives et communales.

La proclamation de ces résultats devrait avoir lieu lundi ou mardi, avait-il réaffirmé mercredi.

Le président de la Céni a également mis en garde contre la diffusion de résultats de certains bureaux de vote sur les réseaux sociaux.

"Les chiffres intermédiaires des bureaux de vote ne démontrent rien du tout, ce sont les résultats officiels proclamés après le comptage au niveau de la commune qu'il faut communiquer à la population", a-t-il souligné.

Jeudi, les réseaux sociaux les plus populaires au Burundi étaient toujours inaccessibles, sauf pour les utilisateurs ayant recours à un réseau virtuel privé (VPN).

Cette élection, qui s'est globalement déroulée dans le calme, marque la fin de l'ère Pierre Nkurunziza.

Sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015 avait plongé son pays dans une grave crise politique, qui avait fait au moins 1.200 morts et poussé à l'exode 400.000 Burundais. La présidentielle, avec sept candidats en lice, a notamment mis aux prises le dauphin désigné de M. Nkurunziza et candidat du parti au pouvoir, le Conseil national pour la Défense de la Démocratie - Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), le général Évariste Ndayishimiye, 52 ans, et le chef de l'opposition et président du Conseil national pour la Liberté (CNL), Agathon Rwasa, 56 ans.

Le parti de M. Rwasa a dénoncé des arrestations dans ses rangs ou des pressions à l'encontre de ses assesseurs ainsi que des fraudes, en particulier dans les provinces de Rumonge (sud-ouest) et Bujumbura-Rural (ouest).

Le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a pour sa part accusé les membres du CNL d'être responsables de "quelques incidents mineurs", dont "des tentatives de fraudes" qu'il a imputées à ce seul parti.

AFP

Media





Quelque 5 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes mercredi au Burundi pour choisir un nouveau président, les députés et conseillers communaux qui devront élire les futurs sénateurs.

La présidentielle offre la possibilité de tourner la page sur 15 ans de gouvernance contestée de Pierre Nkurunziza.

Les deux poids lourds de la présidentielle sont le général Évariste Ndayishimiye, 52 ans, dauphin du président sortant, Pierre Nkurunziza, candidat du CNDD-FDD au pouvoir ; et le chef de l'opposition, président du Conseil national pour la liberté (CNL), Agathon Rwasa, 56 ans, ancien chef rebelle.

L'opposition accuse

Le CNL, parti d'Agathon Rwasa, a dénoncé des pressions sur ses assesseurs et des fraudes dans certaines provinces. Le député et représentant du CNL à Rumonge, Obed Ntakiyiruta, a dénoncé "un véritable hold-up électoral". Depuis le matin, au moins 40% des observateurs du CNL ont été chassés des bureaux de vote, a-t-il affirmé.

"A certains endroits, on a assisté à des bourrages d'urnes. Ailleurs les gens n'ont pas le droit de s'isoler pour voter et subissent des pressions pour voter pour le parti au pouvoir", a poursuivi M. Ntakiyiruta, selon l'Agence France Presse.

Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère de la Sécurité, a reconnu qu'un certain nombre de membres du CNL ont été arrêtés. On leur reproche d'être responsables de quelques incidents mineurs, dont des tentatives de fraudes.

Les autorités burundaises ont refusé toute mission d'observation et ont bloqué l'accès aux réseaux sociaux, selon plusieurs sources.

La Commission électorale estime qu'il y a eu "une forte participation", sans fournir de chiffres pour l'instant. Les résultats sont attendus en début de semaine prochaine.

Le nouveau chef de l'État aura beaucoup de défis à relever. Il devra, entre autres, réconcilier le pays, gérer l'épidémie de la maladie Covid-19, mais aussi faire face à une crise économique. Selon la Banque mondiale, la majeure partie de la population burundaise vit dans la pauvreté.

Le futur président sera investi en août. Il prendra la place de Pierre Nkurunziza qui n’a pas voulu se représenter après 15 ans au pouvoir.

Sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015 avait plongé son pays dans une grave crise politique, qui avait fait au moins 1.200 morts et poussé à l'exode 400.000 Burundais, selon l'AFP.

Comme si coronavirus n'existait pas

Malgré la pandémie de coronavirus en cours, les autorités burundaises n’ont ordonné aucune mesure de distanciation sociale ni le port du masque aux électeurs. Ces derniers étaient toutefois invités à se laver les mains.

Le Burundi n’a pas imposé le confinement à ses citoyens, à l’instar de plusieurs pays africains. De l'avis des autorités, le pays est protégé par la "grâce divine". Le pays compte officiellement 42 cas de nouveau coronavirus, pour un seul décès.

RFI

Media





 

Ce mercredi 20 mai 2020, plus de cinq millions d’électeurs burundais sont appelés aux urnes pour le premier tour d’une élection présidentielle sans Pierre Nkurunziza. Le chef de l’État burundais sortant, au pouvoir depuis 2005, a choisi de ne pas se représenter. Sept candidats sont en lice pour le remplacer, dont deux poids lourds : Évariste Ndayishimiye, candidat du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et son principal rival, Agathon Rwasa, ancien chef de l’autre rébellion hutue. Ce scrutin sous haute tension se passe sans mission d’observation de la communauté internationale.

« Les prochains jours risquent d’être difficiles », redoute un militant des droits de l’homme burundais à la veille de la présidentielle. Depuis cinq ans et la dernière présidentielle, Félix, comme il souhaite être appelé pour des raisons de sécurité, vit à Bujumbura et continue de documenter clandestinement les exactions commises par le régime du président sortant Pierre Nkurunziza. La plupart de ses collègues ont fui après sa réélection controversée en 2015.

Le chef de l’État burundais ne se représente pas pour un quatrième mandat, mais il laisse un pays encore secoué par des violences. Malgré l’annonce de ce renoncement, les cadavres de jeunes supposés proches de l’opposition ou de rébellions continuent, cinq ans après, d’être retrouvés presque toutes les semaines. La Ligue ITEKA (ndlr : Dignité en kirundi, la langue parlée au Burundi), a recensé 2 245 victimes de la répression depuis le début de la crise de 2015, dont 764 morts et 555 portés disparus. Cette organisation dénonce « un changement de méthodologie et stratégie » depuis 2018. De plus en plus de corps sont retrouvés dans des rivières et forêts, et enterrés par l’administration sans qu’une enquête ait été menée sur leur identité. Depuis octobre 2017, la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur des crimes commis au Burundi ou par des ressortissants burundais à l’extérieur de leur pays entre le 26 avril 2015 et le 26 octobre 2017. Bujumbura s’est définitivement retiré de cette cour quelques jours après et n'a cessé de protester depuis.

Félix a dû officiellement changer de métier pour éviter d’avoir à lui aussi prendre la route de l’exil, mais il dit n’avoir depuis jamais cessé de recevoir des messages d’alerte sur des cas d’arrestations ou de disparition. « Je me suis habitué à vivre comme ça, mais des policiers viennent régulièrement fouiller chez nous, c’est hyper stressant », raconte encore ce militant. Tous n’ont pas eu cette chance. Certains ont été tués au plus fort de la crise entre 2015 et 2016 et d’autres emprisonnés pour avoir donné des informations sur les exactions à des ONG locales aujourd’hui en exil. C’est le cas de Germain Rukuki. Cet ancien comptable d’Acat-Burundi a été condamné à 32 ans de prison en avril 2018 à l’issue d’un procès qualifié d’« inique » par les défenseurs des droits de l’homme. « Cela pourrait être un pas vers le changement voulu par les Burundais si le nouveau président parvient à arrêter les violences », explique-t-il. Il y croit un peu, car le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, « n’a plus d’argent ». La population burundaise, quant à elle, « en a marre d’une crise économique qui touche jusqu’aux commerçants ambulants ». Le candidat et secrétaire général du parti au pouvoir depuis quatre ans, Évariste Ndayishimiye, pourrait, selon lui, « relâcher un peu la pression » pour obtenir la reprise de l’assistance internationale et la levée des sanctions européennes contre des personnalités du régime. « Sinon, personnellement, je n’en attends pas grand-chose », commente encore ce militant.

 

La lutte contre la pauvreté, « véritable enjeu des élections »

L’avènement de l’ancienne rébellion CNDD-FDD au pouvoir date de 2005. Depuis, le taux de pauvreté est passé de 67% en 2006 à 74,4% en 2018, selon les dernières estimations de la Banque mondiale, et ce, malgré un ralentissement significatif de la croissance démographique. L’espoir créé par la fin de douze années d’une guerre civile sanglante et les premières élections démocratiques depuis l’assassinat du premier président élu Melchior Ndadaye ne s’est pas traduit en une amélioration des conditions de vie des Burundais. Après la crise politique de 2015, le Burundi a même connu deux années de récession, en 2016 et 2017 (-0,2%), et commençait à peine à renouer avec la croissance. Mais la pandémie de Covid-19 qui l’a obligé à fermer ses frontières risque de mettre en danger cette fragile reprise, avec une prévision de 2 à 3% de croissance cette année, loin derrière les autres États membres de l’EAC qui sont entre 5 et 9%. Le pays de Pierre Nkurunziza doit régulièrement faire face à des pénuries de devises, carburant, médicaments ou autres produits de première nécessité.

Le général Ndayishimiye est présenté sur ses affiches de campagne comme « l’Héritier » de Pierre Nkurunziza. Tout au long de ses meetings, le candidat du CNDD-FDD a présenté son prédécesseur comme celui qui « a posé les fondations, la paix et la sécurité ». Lui assure qu'il va « mettre le Burundi sur la voie du développement », allant jusqu’à promettre du travail à tous les chômeurs. « Votez pour moi, a-t-il appelé, et si vous ne trouvez pas du travail, que tous les chômeurs viennent alors chez moi à la maison, je leur trouverai du travail. »

Au Burundi, 65% des jeunes sont au chômage, selon la Banque mondiale. Au sein du parti au pouvoir, malgré des discours souvent triomphalistes, un officiel reconnaît que « le véritable enjeu de ces élections est la lutte contre la pauvreté » plus encore que « le raffermissement de la paix » ou « la réconciliation nationale ». Cet officiel rend hommage à « l’homme de parole » Pierre Nkurunziza qui a tenu sa promesse de ne pas se présenter à ces élections et vante les mérites du candidat du régime. Pour lui, Évariste Ndayishimiye a tous les atouts pour relever ces défis. « Il a une expérience pratiquement dans tous les domaines : politique, militaire et administratif », explique ce haut responsable burundais. « Il est intègre. Aucune accusation de crime économique ou de sang ne pèse contre lui. »

Le général Ndayishimiye n’en demeure pas moins un homme du sérail, ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique en 2007 et aujourd’hui secrétaire général du CNDD-FDD. La ligue des jeunes du parti, les Imbonerakure, est régulièrement accusée d’être une milice et de commettre de graves violations des droits de l’homme. Comme beaucoup de Burundais, l’officiel sous couvert d’anonymat dit aujourd’hui souhaiter « une normalisation des relations entre le Burundi et l’Union européenne », mais qualifie de « fausse perception » l’idée que son pays ait pâti de la suspension de la coopération avec ses principaux bailleurs traditionnels et souffre aujourd’hui cruellement du manque d’investissements étrangers et de devises. « Le Burundi est resté ouvert à tous les autres pays », assure-t-il. « Les Chinois et autres Asiatiques, les Turcs, les Russes et même certains Européens ont investi au Burundi. Nos fonctionnaires sont payés chaque 25 du mois. »

Une ouverture du pays envisageable « à moyen terme » ?

Un intellectuel du parti au pouvoir dresse un tableau plus pessimiste : « On ne peut pas le cacher, il n’y a plus eu d’investissements étrangers depuis cinq ans et le pays dépendait majoritairement de l’aide extérieure. Le chômage a explosé. » Ce cadre cite comme exemple les hôtels et restaurants de Bujumbura « presque désertés », la fermeture des ONG pourvoyeuses d’emplois et la production de café « à l’arrêt et très mal gérée depuis la libéralisation du secteur ». Même les opérations de maintien de la paix où le Burundi avait encore des militaires déployés sont en train de réduire leurs effectifs.

Les principales sources en devises du Burundi se sont presque entièrement taries. Cette situation a eu des conséquences dramatiques pour un pays essentiellement tourné vers l’agriculture vivrière, mais qui dépend des importations pour tout le reste. « Les ressources qui restent font l’objet d’une véritable ruée. Même le parti ne pourra pas engager ceux qui viennent à lui », déplore ce cadre du CNDD-FDD. « Il n’y aura pas de changement sur le court terme, Pierre Nkurunziza est encore à la tête du pays. Certaines initiatives pourraient être intimidées par sa présence », explique ce cadre. « Il est populaire, il reste le guide du patriotisme, un titre qui lui est garanti par la loi, ce n’est pas possible de prendre des décisions à 180°. » Selon lui, la décision de fermeture du pays « n’était pas du fait du président, mais d’un système ». Quand son collègue en fonction exige une reprise de la coopération « dans le respect mutuel » et sous forme de « partenariats gagnant-gagnant » et « investissements directs », cet intellectuel dit être conscient que des « efforts » seront exigés par la communauté internationale. « Avec le Covid-19, même l’Arabie saoudite et la Chine qui nous soutenaient ont des ennuis financiers », explique-t-il encore. Le CNDD-FDD n’aurait « à moyen terme » d’autre choix que d’ouvrir le pays quand il a multiplié ces dernières années les discours hostiles envers la communauté internationale. « Jusqu’à aujourd’hui, le pouvoir a agi comme une entité unique. Mais celui qui sera élu doit se dégager d’une partie de l’équipe qui jusqu’ici dirigeait le pays. » L’Initiative pour les droits de l’homme au Burundi, une ONG de droit britannique, estime que s’il est élu, le général Evariste Ndayishimiye devra « marcher sur une corde raide » entre Pierre Nkururunziza et le groupe de généraux issus de l’ancien principal mouvement rebelle hutu du CNDD-FDD dont il fait lui-même partie

L’officiel burundais que nous avons pu interroger, lui, se refuse à reconnaître l’existence de « différents courants » au sein du parti ou moins encore d’une lutte interne à venir entre radicaux et modérés. « Depuis que Évariste Ndayishimiye est devenu secrétaire général du parti en 2015, le CNDD-FDD n’a connu aucune friction de nature à le faire éclater en ailes. Tout ça grâce à son caractère rassembleur », assure ce haut responsable burundais. « Avant lui, le parti a connu plusieurs turbulences, pratiquement chaque deux ou trois ans. » 

M. Ndayishimiye serait « le plus petit dénominateur commun », explique pour sa part un activiste en exil. « C’est comme ça que Nkurunziza a été choisi. Il n’avait pas de grade important, il avait fait des études de sport et parlait avec tout le monde. » Mais les principaux généraux du CNDD-FDD – dont Évariste Ndayishimiye – s’étaient partagé les autres leviers du pouvoir. C’est pourquoi, selon cet activiste, il faut observer les éventuelles nominations qui pourraient s’opérer au sein des forces de sécurité. « Dès que Évariste Ndayishimiye aura le pouvoir, il pourra imposer certaines choses, mais la mentalité du parti va être difficile à changer », estime encore cette source. « Le CNDD a un problème de compétence, ils ont chassé leurs intellectuels en 2015. Il y a aussi beaucoup de gens dans le parti qui attendent d’avoir une place et croient que c’est leur tour. » Mais il croit que « les généraux sont conscients que la situation n’est pas tenable et certains discutent déjà avec des diplomates ».

Sous pression de l’opposant Agathon Rwasa

La victoire du candidat du parti au pouvoir ne sera peut-être pas aussi facile à imposer que prévu. Depuis le début de la campagne électorale, le 27 avril 2020, son principal challenger, Agathon Rwasa, déplace les foules. « Le CNDD-FDD ne l’a pas vu venir. Quand ils ont ramené Rwasa au gouvernement, qu’ils lui ont pris son parti, ils ont pensé entamer sa popularité », commente encore l’activiste en exil. L’ancien chef de la rébellion FNL, longtemps considéré comme un extrémiste hutu, avait noué en 2015 une alliance avec l’Uprona de Charles Nditije, un parti historiquement tutsi. Malgré son appel au boycott initial, il s’était vu attribuer la deuxième place à la présidentielle avec 18,99% des voix. M. Rwasa avait dénoncé des résultats « fantaisistes » et néanmoins siégé à l’Assemblée dont il a pris la vice-présidence. Privé de la dénomination de son parti et ancienne rébellion, il avait été contraint l’an dernier de créer une nouvelle structure, le Conseil national pour la liberté (CNL).

Depuis 2010 et son retour au pays, ses partisans sont parmi les principales victimes de la répression politique. Les deux principaux mouvements rebelles hutus, le CNDD-FDD, et le Palipehutu-FN, le groupe dont Agathon Rwasa va prendre la tête, sont rivaux depuis leur création dans les années 80 les camps de réfugiés en Tanzanie. Ils s’affrontaient déjà en 1996, durant la guerre civile qui les opposait à l’armée, alors dominée par la minorité tutsi. Cette compétition se poursuit aujourd’hui encore sur le terrain politique. La communauté hutu représente toujours aujourd’hui 85 % de la population et l’essentiel de l’électorat.
« Les cadres de Rwasa ont travaillé dans les églises adventistes de campagne, ils faisaient passer des messages clandestinement », explique encore l’activiste en exil. « Les FNL, ce sont presque une secte dans leur manière de fonctionner. Les partisans sont très disciplinés. » Pour lui, M. Rwasa a réussi à se présenter comme une alternative au CNDD-FDD et à conquérir un nouvel électoral. « C’est même devenu le parti pour lequel les Tutsis vont voter, ce qui aurait été inimaginable à la fin de la guerre », estime-t-il. « Il y a encore 400 000 réfugiés hors des frontières du pays et leurs familles restées à l’intérieur sont anti-pouvoir. Pendant trois ans, le CNDD-FDD a aussi fait cotiser tout le monde pour les élections, ce qui a créé un ressenti supplémentaire. » Pour le haut responsable burundais, l’électorat de M. Rwasa est au contraire « plus ou moins stable depuis 2010 ». « C’est l’extrême droite hutue à laquelle on ajoute aujourd’hui la sympathie spontanée et circonstancielle d’une partie de l’opposition radicale tutsie hostile au CNDD-FDD », résume-t-il sans évoquer les causes de ce revirement historique. Depuis 2015 et les premières manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza, les partis politiques majoritairement tutsis se sont eux aussi retrouvés victimes d’une répression sanglante. Ils accusent comme le CNL le régime de Pierre Nkurunziza d’avoir remis en cause les équilibres constitutionnels issus de l’Accord de paix d’Arusha et de relancer.

Le cadre du CNDD-FDD ne croit pas non plus à un raz-de-marée, mais donne une autre raison. « Pierre Nkurunziza soutient notre candidat et il est toujours aussi populaire parmi les masses paysannes et dans la gouvernance du pays, les généraux ont encore leur importance », confie-t-il. « Ce qui va jouer, c’est l’histoire douloureuse du pays. En 1993, on a élu un président qui a été tué par l’armée. Même aujourd’hui, dans les messages qu’on fait passer, on rappelle que Rwasa n’a pas d’armée. » À l’approche des scrutins, la crainte d’un nouveau cycle de violences ressurgit. « Le CNDD-FDD va réprimer comme en 2015, il va tenter de faire taire toutes les voix dissidentes », redoute encore l’activiste. « Le parti conserve encore une base de fidèles, tous ceux qui ont bénéficié du régime. Mais ils ont perdu la masse paysanne. »

Au sein de la société civile comme de l’opposition, pour l’essentiel en exil, on redoute aujourd’hui un nouveau passage en force et une fraude massive, en l’absence de toute mission d’observation et organisation de défense des droits de l’homme sur le terrain. « La population en a assez de la violence, je ne pense pas qu’on soit à la veille d’un conflit généralisé, mais qu’il puisse y avoir un peu de bruit n’est pas exclu », estime pour sa part le cadre du CNDD-FDD. « Rwasa sait qu’il ne peut pas être élu président, mais il peut peut-être créer la surprise au niveau du Parlement », concède-t-il.

RFI

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Le scrutin marquera la fin de l'ère Pierre Nkurunziza, à la tête du pays depuis 2005, et qui ne se représente pas.Sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015 avait plongé son pays dans une grave crise politique, qui avait fait au moins 1.200 morts et poussé à l'exode 400.000 Burundais.

La présidentielle oppose notamment son dauphin désigné, le général Évariste Ndayishimiye, au chef de l'opposition Agathon Rwasa.

"Le vote est ouvert", a solennellement déclaré peu après 06H00 (04H00 GMT) Prosper Sindayihebura, président d'un bureau de vote à l'école primaire de Bugera, dans la commune de Ndava située dans la province de Mwarao (centre).

"On a reçu le matériel électoral hier et nous avons pu être prêts à temps", a déclaré M. Sindayihebura.

Par ailleurs, plusieurs collaborateurs de l'AFP et habitants de Bujumbura, la capitale économique, ont constaté ne pas pouvoir accéder à leurs réseaux sociaux, depuis 05H00, sauf à recourir à un réseau privé virtuel (VPN).

Contrairement à l'Éthiopie, qui a reporté ses élections d'août en raison de l'épidémie de nouveau coronavirus, le gouvernement burundais a choisi de les maintenir coûte que coûte.

Ainsi, non seulement le Burundi n'a pas imposé le confinement de ses quelque 11 millions d'habitants, contrairement à certains de ses voisins, mais la fièvre électorale a donné lieu à des rassemblements de milliers de personnes sans mesures de distanciation sociale.

Le gouvernement a assuré au début de l'épidémie que le pays était protégé par la "grâce divine".Il recense officiellement 42 cas, pour un seul décès, mais est accusé par des médecins sur place de minimiser la gravité de la situation.Il a même fait expulser la semaine dernière l'équipe de l'Organisation mondiale de la santé chargée de le conseiller sur l'épidémie.

- Guide Suprême -

La campagne, émaillée de violences et d'arrestations arbitraires, a été d'autant plus tendue que la concurrence est réelle pour la présidence, avec parmi les sept candidats en lice un duel serré entre le général Ndayishimiye et Agathon Rwasa.

Évariste Ndayishimiye, 52 ans, présenté par le CNDD-FDD comme "l'héritier" de Pierre Nkurunziza, est un général issu du sérail, ancien combattant comme son mentor au sein de la rébellion hutu du CNDD-FDD qui lutta pendant la guerre civile burundaise (1993-2006, 300.000 morts) contre l'armée, dominée par la minorité tutsi.

Agathon Rwasa, 56 ans, est issu du plus ancien mouvement rebelle du pays (Palipehutu-FNL), un des deux principaux groupes rebelles pendant la guerre civile.Aux yeux des Hutu, qui représentent 85% de la population, M. Rwasa a autant de légitimité à briguer la présidence que son rival du CNDD-FDD.

"Le peuple ne se laissera pas voler sa victoire", a averti M. Rwasa.Le parti au pouvoir, véritable machine de guerre électorale disposant d'importants moyens, a fait savoir de son côté qu'il n'envisageait rien d'autre que de gagner.

Le futur président, élu pour un mandat de sept ans, sera investi en août, à la fin du mandat de Pierre Nkurunziza.Ce dernier, élevé au rang de "guide suprême du patriotisme" en février par l'Assemblée nationale, restera le président du Conseil des sages du parti, l'organe qui en prend les décisions les plus importantes.

Le scrutin, arbitré par une commission électorale accusée par l'opposition d'être acquise au pouvoir, va se dérouler à huis clos.Le gouvernement a rejeté toute mission d'observation de l'ONU ou de l'Union africaine.

Les observateurs de la vie politique burundaise ont relevé le fait que M. Rwasa avait mobilisé les foules pendant sa campagne.

"Il y a un phénomène de ras-le-bol, +tout sauf le CNDD-FDD+, et Rwasa surfe sur cette vague", estime Onesphore Sematumba, analyste du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Les Burundais ont été soumis par le pouvoir à un régime de contributions forcées impopulaires, officiellement pour financer les élections, le tout sur fond de crise économique.

Le Burundi est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde selon la Banque mondiale, qui estime que 75% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, contre 65% à l'arrivée au pouvoir de M. Nkurunziza en 2005. 

Outre leur président, les quelque 5,1 millions de Burundais sont également appelés à choisir députés et conseillers communaux.Ces derniers désigneront en juillet les membres du Sénat.

Les bureaux de vote doivent fermer à 14H00 GMT.Les résultats provisoires sont attendus lundi ou mardi, selon le porte-parole de la Céni.

Africa Radio

 

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Le financier présumé du génocide rwandais Félicien Kabuga, arrêté samedi après 25 ans de cavale, était présenté mardi au parquet général de Paris, prélude au débat sur sa remise aux mains de la justice internationale, selon des sources concordantes.

Trois jours après son arrestation en banlieue parisienne, M. Kabuga, 84 ans, a été transporté à la mi-journée de la prison de la Santé, où il est détenu, jusqu'à la cour d'appel de Paris.

Là, il était présenté à une avocate générale qui doit lui notifier le mandat d'arrêt du Mécanisme international (MTPI), la structure chargée d'achever les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

M. Kabuga est mis en accusation par cette entité pour, notamment, "génocide", "incitation directe et publique à commettre le génocide" et "crimes contre l'humanité (persécutions et extermination)".

A l'issue de cette étape, M. Kabuga doit comparaître devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, chargée de vérifier la validité de ce mandat et d'émettre un avis favorable ou non à sa remise au MTPI. Elle devra aussi statuer sur son maintien ou non en détention.

L'audience devrait se tenir mercredi, ou bien le 27 mai si la défense demande un délai. La chambre aura ensuite quinze jours pour se prononcer.

 

En cas d'avis favorable à cette remise, M. Kabuga pourrait encore se pourvoir devant la cour de Cassation, qui aura deux mois pour statuer.

M. Kabuga, qui résidait à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous une fausse identité, est notamment accusé d'avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994 qui fit 800.000 morts selon l'ONU.

En 1994, M. Kabuga appartenait au cercle restreint du président rwandais Juvénal Habyarimana dont l'assassinat, le 6 avril 1994, allait déclencher le génocide.

Il présidait la tristement célèbre Radio télévision libre des Mille collines (RTLM), qui diffusa des appels aux meurtres des Tutsi, et le Fonds de défense nationale (FDN) qui collectait "des fonds" destinés à financer la logistique et les armes des miliciens hutu Interahamwe, selon l'acte d'accusation du TPIR.

Cette arrestation "est un rappel que ceux qui sont responsables de génocide peuvent être amenés à rendre des comptes, même 26 ans après leurs crimes", avait commenté samedi le procureur du MTPI, Serge Brammertz, dans un communiqué. 

AFP

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Les plateformes de médias sociaux sont devenues inaccessibles au Burundi alors que le vote a débuté dans tout le pays d'Afrique de l'Est mercredi.

Les bureaux de vote au Burundi ont ouvert mercredi à 06h00 heure locale (04: 00GMT) avec environ cinq millions d'électeurs qui devraient participer aux élections générales.

Les électeurs éliront leur président, les membres du parlement et les membres du conseil communal.

Sept candidats cherchent à remplacer le président Pierre Nkurunzinza, au pouvoir depuis 2005. Les principaux prétendants étant Agathon Rwasa du parti d'opposition CNL et Evariste Ndayishimiye du parti au pouvoir CNDD-FDD.

Les électeurs de la diaspora ne voteront pas à cause de la pandémie de coronavirus.

Les bureaux de vote fermeront à 16h00 heure locale et les premiers résultats préliminaires devraient être connus aujourd’hui même dans la soirée.

La commission électorale a annoncé qu'il y aura 53 observateurs internationaux  dont le personnel des ambassades de Tanzanie, d'Égypte, de Chine, du Kenya, d'Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo, du Nigéria, de la Russie et de la mission de l'Union africaine au Burundi.

La commission a interdit l'utilisation de téléphones portables et d'appareils photo par des observateurs et des mandataires politiques ainsi les agents de vote à l'intérieur des bureaux de vote.

La BBC a confirmé que l'accès à Twitter, WhatsApp et Facebook a été bloqué.

Seuls ceux qui utilisent un réseau privé virtuel (VPN), qui masque l'identité d'un utilisateur, peuvent accéder aux sites de médias sociaux.

Les organisations de défense des droits humains ont pourtant exhorté le gouvernement à ne pas bloquer Internet le jour du scrutin, car cela entraverait l'accès aux informations cruciales sur les élections.

Les critiques disent que la panne affectera également l'opposition qui ne pourra pas signaler les abus électoraux.

BBC News

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Les deux puissances se sont affrontées par discours interposés lors de l'assemblée générale de l'OMS, lundi. Pékin a réaffirmé son rôle exemplaire dans la lutte contre le coronavirus, alors que Washington l'a accusé d'avoir menti sur les origines de la maladie. L'assemblée pourrait néanmoins déboucher sur une résolution inédite pour déclarer les traitements à venir comme des biens publics mondiaux. 

Le premier défi pour l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) lors de cette réunion genevoise n'était pas politique mais technique. Comment organiser une assemblée générale à distance, avec 194 États membres en visioconférence, rappelle notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche. On a eu droit à beaucoup de problèmes de connexion. Mais tout le monde ou presque a finalement pu s'exprimer.

« L'échec » de l'OMS a coûté « nombreuses vies »

Et parmi les premiers, Xi Jinping. Le président chinois a maintenu que Pékin a été totalement transparent dans la crise. Faux, lui a répondu quelques instants plus tard le secrétaire américain à la Santé Alex Azar. « Au moins un État membre s'est moqué de son obligation de transparence et a tenté de cacher l'épidémie. Avec des conséquences énormes pour le monde entier. Ceci ne doit plus jamais se reproduire », a-t-il lancé.

Le secrétaire américain a aussi souligné que « l'échec » de l'agence onusienne face à la pandémie de Covid-19 avait coûté de « nombreuses vies », réclamant une OMS « bien plus transparente » et qui « rende davantage de comptes ». 

Trump menace de suspendre indéfiniment la contribution américaine à l'OMS

Si beaucoup de pays partagent le scepticisme des États-Unis, peu sont prêts à les suivre dans leur stratégie de confrontation avec Pékin et avec l'OMS. D'autant plus que la Chine a rejoint les appels à ce qu'un éventuel vaccin soit déclaré bien public mondial. C'est à dire accessible à tous. Un texte à ce sujet doit encore être débattu. Il demande également une évaluation de la façon dont l'OMS a géré la crise. Évaluation qui ne pourra avoir lieu qu'après la fin de la pandémie, a rappelé le patron de l'agence.

Dans une lettre adressée au directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qu'il a partagée sur Twitter à l'issue de l'assemblée, Donald Trump estime que l'organisation a manqué d'indépendance vis-à-vis de la Chine dans la crise du coronavirus. Lors de la réunion, le président américain avait d'ailleurs qualifié l'OMS de « marionnette de la Chine »

Donald Trump indique donc en conclusion que la suspension du financement américain à l’OMS deviendra définitive à moins que l'agence onusienne s'engage, sous 30 jours, à procéder à des « améliorations » majeures et qu'il pourrait aussi remettre en cause l'adhésion des États-Unis à l'OMS.

Washington condamne « l'exclusion » de Taïwan

Dans un communiqué, le chef de la diplomatie américaine a « condamné » également l'exclusion de Taïwan de l'assemblée annuelle de l'organisation, après que les pays membres ont décidé de reporter les débats sur sa participation comme observateur, réclamée par Washington et une quinzaine d'autres pays. Après avoir bénéficié d'un statut d'observateur, l'île a été exclue de l'OMS en 2016 sous pression chinoise, la présidente taïwanaise refusant de reconnaître le principe de l'unité de l'île et de la Chine continentale au sein d'un même pays.

RFI

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