Burundi-Elections : le CNDD-FDD, va-t-il finalement lâcher du lest ?



Selon des informations non officielles qui circulent sur les réseaux sociaux, l'on s'acheminerait vers une reconnaissance de la victoire écrasante du parti CNL, Conseil national de la Liberté. Ce qui devrait être un grand soulagement pour ce pays d’Afrique de l’Est dans la dégringolade socio-politique et économique depuis plusieurs années.  

Alors que la proclamation des résultats par la Commission Nationale Electorale Indépendante, la CENI, se fait attendre, Agathon Rwasa, leader du CNL et véritable challenger du CNDD-FDD dans ces élections, a, lui déjà réclamé victoire de ces élections du 20 mai. Mais, contrairement à leurs habitudes, on observe un silence radio du côté des responsables du CNDD-FDD. Du moins, aucune réaction officielle jusqu'à présent, à part « quelques Imbonerakure plus zélés qui fabriquent sans scrupules des résultats fantaisistes ou exhibent des résultats de 2015 et qui les font lire à certains journalistes triés sur le volet de la radiotélévision nationale du Burundi », s’indigne un internaute. Mais dans un message audio, un Imbonerakure appelle ses collègues à la prudence et de ne pas jubiler. Dans son message en kirundi (langue locale), il laisse clairement sous-entendre qu’ils n’ont pas gagné.

Malgré l’arrestation et la persécution des centaines de mandataires du parti CNL peu avant et pendant les élections, le black-out des réseaux sociaux et le refus de publication du fichier électoral, ou même les bulletins de vote supplémentaires déjà déposés par les Imbonerakure dans les urnes avant même l’ouverture officielle, l'échec du parti au pouvoir serait très cuisant et leur plan de fraudes massives n'aurait pas du tout fonctionné. Les mandataires du CNL (voire même du CNDD-FDD voulant le changement) ont rapidement partager les PV après chaque comptage et seraient rentrés avec tous les PV des résultats par bureau de vote. D'où le plus grand désarroi et dilemme des ténors du CNDD-FDD en ce moment.

Lâcher du lest après 15 ans au pouvoir et reconnaître, la mort dans l'âme, ce ras-le-bol de leur mauvaise gouvernance exprimée par la population à travers ces élections ?

Ou alors Carabavunye et donc ne rien lâcher, se foutre de la volonté du peuple, puis se proclamer vainqueur et se préparer plutôt à réprimer les contestations comme en 2015 ?

Des discussions entre deux camps au sein du CNDD-FDD seraient en cours. Et il semblerait que le président sortant Pierre Nkurunziza a décidé de jouer l'arbitre. En tant que président sortant mais surtout en tant que leur guide suprême. C’est le CNDD-FDD lui-même qui l’a porté à ce grade et c'est le moment alors de l'écouter sans hypocrisie.
Mais ce serait peut-être aussi l'occasion en or de Nkurunziza de redorer son image, de se racheter auprès de la population burundaise qui a trop souffert de son long règne, avec 15 ans de corruption, de violences, de tueries, de pauvreté extrême...de galère.
Dans une interview accordée hier à la radio Haguruka, Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président de la Coalition des Forces de l’opposition burundaise pour le rétablissement de l’Accord d’Arusha pour la paix et la reconciliation (CFOR Arusha) et ancien vice-president du Burundi, appelle justement le président Nkurunziza à être au-dessus de la mêlée et à penser à l’intérêt général de tous les Burundais qui se sont exprimés ce 20 mai.  

Bamvuginyumvira pense également que, en plus du président sortant Nkurunziza, le président de la CENI et le Chef d’Etat major de l’armée burundaise ont aussi un grand rôle à faire respecter la volonté des électeurs qui ont voté le changement.

Il n’est pas le seul à faire cet appel. Dans un message anonyme qui a circulé sur les réseaux sociaux, un Burundais rappelle à Pierre Claver Kazihise, le président de la CENI, qu’il est avant tout médecin et que « le caractère des médecins va au-delà des sentiments humains qui nous rendent prisonniers de nos passions, même partisannes pour s’adonner à soigner l’ennemi de son camp...Car le médecin que vous êtes, n’est pas ce juriste qui se cache derrière l’invocation de cas de conscience -certes vraie- pour échapper à dire la vérité. Dire la vérité pour vous Dr Kazihise, c’est faire preuve de ce caractère fort du médecin qui prime sur les sentiments partisans de membre de parti... ».

Espérons que cet appel sera entendu. Et les Burundais retiennent leur souffle pour ce week-end qui risque d'être très long.

Steve Baragafise | IPM Bujumbura

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