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Rwanda : les femmes ne profitent pas de l’élevage bovin à Bigorwe

Dans le secteur de Bigorwe, la plupart de la population vit de l’élevage de vaches regroupées à Gishwati. Mais comme dans cette région les femmes ne pratiquent pas l’élevage, ce sont les hommes qui profitent des bénéfices de cet élevage et en abusent.

Dans le secteur de Bigorwe, l’élevage bovin est considéré comme le poumon de l’économie car une usine de collecte de lait et de fromages y est installée dans les centres de Mukamira   et peut collecter une capacité variante entre 6000 litres et 8000 litres du lait par jour d’après les autorités administratives sur place.

Mais suite à une culture des Bagorwe qui discrimine les femmes à faire de l’élevage des vaches, les hommes se sont appropriés de la quasi- totalité du rendement de cet élevage.

Une situation qui provoque pas mal d’indignation chez les femmes.

Mukasine Esperance considère ce comportement comme une violence sexuelle lié à l’économie.

« Dans ce siècle, c’est très dommage de voir une telle injustice. Nous aussi nous travaillons beaucoup mais lorsqu’il est temps de partager les intérêts de la vache, nos maris nous écartent », s’indigne Mukasine.

Selon Madame Mukasine, les femmes doivent s’occuper des enfants et des travaux de ménage mais les affaires des vaches, c’est pour les maris et leur fils.

Propos corroborés par Gahire Niyonzima Faustin qui représente le conseil national des personnes handicapées dans le secteur de Bigorwe. Selon lui, la tradition a fait que les hommes gèrent l’économie de la famille.

Certains hommes arrivent même loin car ils veulent avoir une main mise sur toute la récolte des pommes de terre et laissent à leurs femmes une petite miette de pomme de terre qui reste dans les champs communément appelle « injumbure » juste pour satisfaire les petits besoins de la maison tandis que les hommes gèrent la grande récolte de ces pommes de terre.

Une tradition  qui y tient mordicus

Cette tradition qui fait que les hommes gèrent la quasi-totalité des richesses de la famille, est loin d’être éradiquée.

Joselyne Tuyisenge est une femme vaillante qui a voulu changer la situation mais en vain :

« Un certain samedi, je me suis hasardée de faire une visite des vaches de mon mari dans une ferme se trouvant à Gishwati. Quand je suis entrée dans notre étable, tous les gens qui trayaient leurs vaches à côté de nous ont dû stopper. Ils chuchotaient et se posaient des questions si je suis vraiment une femme de Bigorwe ou pas. J’étais stigmatisée et c’est vraiment blessant » , s’inquiète Tuyisenge.

Les hommes y tiennent mordicus. Innocent Cyubahiro est un de ces éleveurs de vaches qui affirme que sa femme n’a aucun droit sur ses vaches.

« Moi, je vous jure, la femme n’a aucun droit sur mes vaches, même-si je vais la vendre elle ne peut pas oser m’accompagner. Ce que je peux faire c’est juste lui donner un rapport. Je peux aimer une personne et lui faire un cadeau d’une vache. Je ne suis pas obligé d’avoir l’accord de ma femme ni même de la prévenir », nous a confié Cyubahiro.

Angélique UmulisaAngélique Umulisa travaille pour la synergie « profemmes twese hamwe » dans un projet chargé du renforcement des capacités des femmes pour une bonne gouvernance.

Selon elle, il est temps que les femmes changent de mentalité.

Nous essayerons de faire de différentes sensibilisations en montrant d’une part aux femmes qu’elles doivent jouer un rôle dans la gestion des biens de la famille et d’autre part aux hommes que ce ne sont pas eux uniquement qui doivent avoir une main mise sur la richesse familiale.

Selon le secrétaire exécutif du secteur Bigorwe, Jean Paul Gahututebuka, la culture reste un défi majeur pour inculquer une bonne gestion des biens de la famille.

« Ce que nous essayons de faire, c’est de sensibiliser dans les différents assemblées, la loi portant sur la gestion des biens familiaux entre les mariés et surtout aussi sensibiliser les futurs époux sur la bonne gestion des biens communs dans la famille », a indiqué Gahututebuka.

Par Adronis Mbazumutima

 


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