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Le Rwanda à la tête de l'UA : pour plus de panafricanisme ? (Analyste)

Le Rwanda a été nommé pour la première fois de son histoire pour prendre la tête de l'Union Africaine en 2018.

Le Rwanda a été choisi mardi à Addis Addeba en Ethiopie, pour prendre la tête de l’Union Africaine en 2018. C'est la première fois depuis la création de l'organisation africaine en 2001, que le pays des milles collines assume une telle responsabilité. 

Le président rwandais Paul Kagame succédera donc -s'il est réélu pour un 3e mandat en août prochain comme le pronostiquent l'ensemble des observateurs politiques - au chef de l’Etat Guinéen Alpha Condé, le 30 janvier 2018, pour un mandat d'un an.

Cette nomination, commente Oswald Umutuyeyezu, analyste politique interrogé par Anadolu : «est une reconnaissance du leadership du président Kagame mais surtout une reconnaissance des progrès de toute la nation rwandaise », dont la stabilité et les progrès économiques et technologiques sont régulièrement vantés.

«Je pense que le président sera à la hauteur », estime-t-il. Depuis le sommet de Kigali en juillet 2016, les présidents africains de l'UA ont confié l'élaboration des réformes pour l'indépendance totale de l'Union Africaine, à leur homologue rwandais.

« Kagame s'est donc mis dans la posture du réformateur », commente l’analyste. Entouré d’une équipe de 9 experts, le chef de l'Etat rwandais a notamment travaillé ces derniers mois pour proposer des résolutions, parmi lesquelles le prélèvement de 0,2% sur les importations hors de l'Afrique pour assurer l'autofinancement de l’institution.

«Il ne faut pas s'attendre à ce que les réformes soient appliquées aussi rapidement qu’à l’échelle du pays mais Kagame à toutes ses chances de faire respecter les résolutions dont ses homologues lui ont confié l'élaboration. Souhaitons-lui donc bonne chance», lance à Anadolu Priva Kabre, un chroniqueur politique rwandais.

«Paul Kagame a gagné le coeur de tous les présidents africains par sa rigueur et sa transparence dans la gouvernance. Donc je pense que ses homologues vont lui faciliter la tâche dans l'implémentation des reformes au niveau continental », surenchérit Ange Hatangimana, journaliste rwandais.

« Depuis la mort du président libyen Mouammar Khadafi, en octobre 2011, le panafricanisme a du plomb dans l’aile », note l’analyste Umutuyeyezu.

Et Kagame a su profiter de ce vide pour redonner espoir, à travers certains de ses discours aux partisans d'une Afrique forte, unie et indépendante. Il n'hésite d’ailleurs plus a accusé l'Occident d'être à la base de plusieurs maux du continent, rappelle le politologue. 

Et d’ajouter : «Je pense que Kagame incarne un panafricanisme nouveau encore mieux élaborer que celui de Khadafi. C'est un panafricanisme qui tient compte des réalités et des aspirations du peuple et non la guerre d'un leadership qui le préoccupe comme on a pu le voir précédemment », a-t-il estimé. 

Même si Kagame -et a fortiori le Rwanda- semble faire l’unanimité autour de l’idée du «nouveau visage du panafricanisme » il n'en demeure pas moins que durant son futur mandat à la tête de l'Union Africaine, il sera confronté à de nombreux défis. 

Sur la question de la résolution des conflits sa voix pourrait en effet être inaudible comme au Burundi, pays plongé dans une grave crise politico-sécuritaire depuis plus de deux et dont le président, Pierre Nkurunziza, accuse régulièrement le Rwanda voisin d’être un élément déstabilisateur en abritant des opposants burundais sur son territoire. 

Autre bémol, selon les observateurs politiques, celui du respect des constitutions en Afrique. En effet, Paul Kagame a lui même bénéficié de la modification de la Loi fondamentale de son pays en décembre 2015 pour avoir la chance de briguer un 3ème mandat. Il sera donc difficile pour lui de dissuader certains chefs d'Etats qui veulent expérimenter une telle ambition. 

«Il n'aura aucune crédibilité sur ces différentes questions et je pense qu'il ne les abordera même pas durant son mandat au risque d’être taxé de donneur de leçon qu’il n’applique pas lui-même», commente Kabre. 

« Sur ces terrains, il ne pourra rien car lui même ne donne pas le bon exemple. C'est davantage sur les réformes qu'il pourra faire quelque chose », estime pour sa part Maurice Mahounon, Spécialiste des relations internationales. 

Pour rappel, la présidence tournante à la tête l’Union Africaine permet de respecter un équilibre régional. Le Zimbabwe l’avait assumé au compte de l’Afrique australe en 2015 puis le Tchad en 2016 pour l’Afrique centrale ensuite la Guinée pour l’Afrique occidentale en 2017 et le Rwanda prendra les rênes en 2018 au nom de l'Afrique orientale. 

Agence Anadolu


Journal UKURI n°84

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