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Denis Mukwege : « la guerre en RDC ne vise aucune victoire »

Denis Mukwege : « la guerre en RDC ne vise aucune victoire »

« Des femmes nous arrivent après que des objets ont été introduits dans leurs appareils génitaux entrainant la perte des urines ou des matières fécales. Souvent elles sont rejetées par la société et abandonnées par leurs maris. Elles nous parviennent avec un profond désespoir ».

Ces mots sont ceux du Dr Denis Mukwege, à l’occasion de la commémoration ce mercredi à Bukavu, province du Sud-Kivu (RDC) de la journée internationale de lutte contre la fistule. Le thème de cette journée était « Ne laisser personne derrière, engageons-nous pour l’élimination de la fistule obstétricale ».

A Bukavu, cette journée a été inscrite comme étant une occasion de reconnaître les souffrances que subissent  les femmes porteuses de cette pathologie. Ici, plusieurs dizaines de femmes souffrant de cette pathologie urogénitale étaient venues de plusieurs coins de la RDC pour bénéficier de soins médicaux à l’hôpital général de Panzi.

Environs 6.123 cas de fistule obstétricale ont déjà été opérés dans 53 zones de santé dans les quinze provinces de la RDC depuis la fin des années 90. Mais le Dr Mukwege se dit consterné de constater que les cas de fistule ne cessent d’affluer dans ses services. Aucune mesure de prévention ne semble prise pour essayer de barrer la route à cette tragédie.

« Lorsque vous avez à faire à une femme qui souffre de cette pathologie vous pouvez comprendre que c’est une tragédie à l’image de ce qu’a été la lèpre il y a de cela 100 ans », a-t-il lancé. Selon lui, des milliers et des millions de femmes sont abandonnées à leur sort en République démocratique du Congo, en Afrique subsaharienne et en Asie et cela accentue la mortalité des mères lorsqu’elles accouchent. Quant aux rescapées, elles se sentent honteuses et stigmatisées.

Pour le Dr Chubaka, médecin et chef de la zone de santé de la commune d’Ibanda à Bukavu, la fistule est une conséquence d’un accouchement mal ou non assisté. Cette pathologie est une vraie problématique à l’Est du Congo surtout à cause des conflits armés. C’est est un vrai problème de santé public à Bukavu. En 2017, l’hôpital général de Panzi a pris en charge 138 cas de fistule auquel s’est rajoutée la prise en charge de 30 autres cas au cours du premier trimestre 2018. L’insécurité mais aussi le manque de médecins dans certaines zones de la province accentuent le nombre de cas de fistule.

Pour le Dr Mukwege, « la guerre persistante à l’Est de la RDC et qui fait souffrir les populations se distingue des autres conflits armés par le fait qu’elle ne vise aucune victoire. Les bourreaux ne font qu’abuser sexuellement des femmes innocentes de tout âge et s’attaquer à la valeur la plus suprême et la plus sacrée qu’est la dignité de la femme ». Il ajoute qu’en RDC, cette maladie est un défi à relever car elle affecte beaucoup de filles et de femmes dont la plupart n’a pas accès aux soins.

« Nous avons passé des années à soigner les conséquences de la guerre, l’heure est venue pour nous de nous attaquer à la racine de ce mal », a conclu le Dr Mukwege.

La Libre Afrique

 


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