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Pourquoi les banques sont-elles si frileuses à financer la diaspora africaine ? Réponse de la Société Générale

SG Diaspora

Marion Turbet, intrapreneur au sein du groupe Société Générale, se penche depuis quelques mois sur des instruments financiers -mais pas seulement- innovants destinés à la diaspora africaine pour accompagner et financer des projets entrepreneuriaux (dont agricoles) et immobiliers. 

Prenons un cas de figure : je suis de la diaspora en France, j'aimerais investir dans une plantation en Côte d'Ivoire, que me proposez-vous ?

Jusqu’à très récemment, il existait peu de produits pour adresser les besoins spécifiques de la diaspora. Nous avons constaté qu’un certain nombre de personnes de la diaspora ont des projets dans l'élevage ou dans l’agriculture, qu’il s’agisse de profiter des opportunités offertes dans leur pays d’origine et qu’ils ont identifiées grâce à leur connaissance du marché, ou dans l'optique de préparer un retour dans leur pays d'origine.

Or, nous avons toute la légitimité de le faire puisque nous avons une présence à la fois dans le pays de résidence de beaucoup d’entre eux -la France- et dans les pays d'origine pour les principales diasporas en France. Nous avons, donc, démarré un projet en interne pour mieux adresser les besoins spécifiques de la diaspora. Ce projet a été sélectionné parmi des centaines d’idées pour être accéléré dans le cadre du programme d’intrapreneuriat que Société Générale a lancé en 2018, l’Internal Start-up Call.

Vous intéressez-vous particulièrement aux projets d'investissements agricoles de la diaspora ?

A vrai dire, dans un premier temps, nous avons décidé de nous attaquer à des sujets qui semblent encore plus prégnants parmi la diaspora : les projets immobiliers.

Notre sentiment est que le premier besoin de la diaspora africaine est d'avoir un pied-à-terre dans leur pays d'origine. Pour toutes les personnes que nous avons interrogées, c'est bien souvent la réalisation de soi, un peu un passage obligé, un rêve. Mais, pour nombre d'entre eux, c'est encore très compliqué à réaliser car il faut trouver un terrain non litigieux, des partenaires fiables, transparents, capables aussi de comprendre leurs attentes car ils ont vécu à l'étranger et ont souvent d'autres aspirations que ceux restés dans le pays d'origine. Il faut trouver des entrepreneurs, un architecte sérieux qui vont pouvoir réaliser leur projet, et des financements, ce n'est pas toujours très facile. Il faut pouvoir challenger les devis, suivre son chantier à distance, s’assurer que l’argent que l’on envoie pour financer le projet est bien utilisé pour financer la construction.

En ce qui concerne le financement, malgré une bonne connaissance de leurs clients, les banques du pays de résidence sont très frileuses pour ces projets transfrontaliers. En effet, elles connaissent mal le marché immobilier local, elles ne sont pas en mesure de prendre des garanties réelles sur le bien financé, etc. A l'inverse, les banques sur place, en Afrique, considèrent les personnes de la diaspora comme non résidentes et donc plus risquées. En effet, leurs revenus n’étant pas domiciliés chez elles, il leur est donc difficile d’appréhender  la solvabilité de cette clientèle .

Société Générale a ici un avantage concurrentiel car présente à la fois en France et dans nombre de pays africains dont les diasporas sont originaires. Nous expérimentons actuellement différents services, qu’il s’agisse de solutions financières innovantes ou des solutions d'accompagnement un peu plus concret, notamment dans les projets immobiliers. Par exemple, des solutions de suivi de chantier, de sécurisation des fonds alloués au projet car beaucoup de personnes envoient des fonds à des personnes sur place, souvent des personnes de leur famille, mais la probabilité que 100% de ces fonds aillent effectivement dans le projet immobilier est parfois faible.

Nous, en tant que banque, nous pouvons jouer ce rôle d'intermédiaire de confiance. On travaille en ce moment sur ce projet et on le fera aussi sans doute avec des partenaires.

Et sur l'agriculture ?

Une initiative intéressante qui porte sur l'agriculture mais qu'on envisage de transposer sur l'immobilier est dérivée du Fongad Invest. C'est un projet qui est en train d'être monté par des Sénégalais résidant aux Etats-Unis, permettant à des membres de la diaspora de participer à un fonds de garantie pour lever des financements destinés à des projets agricoles ou agroindustriels en Afrique. Nous sommes en train d'étudier sérieusement cette question. Il s'agirait de mutualiser les risques, comme le Crédit Logement : on demande à toutes les personnes qui ont un projet de verser une cotisation qui sera réunie dans un fonds mutuel permettant de cautionner des financements bancaires. Cela permettrait de lever des barrières et de permettre aux banques d'être beaucoup plus agressives dans leurs propositions de financement.

Nous étudions ce sujet pour l'immobilier mais Fongad Invest, lui, s'intéresse à des projets spécifiquement tournés vers l'agroalimentaire. C'est leur secteur prioritaire.

Le Cameroun ne reconnaissant pas la double nationalité, lorsqu'un Français d'origine camerounaise vient vers vous pour monter quelque chose au Cameroun, cela pose-t-il un problème ? Car ici il est Français et là-bas il est Camerounais…

Oui c’est effectivement le cas et c'est une vraie préoccupation pour la diaspora.  De nombreuses personnes de la diaspora n’ont en effet pas la nationalité camerounaise, ce qui entrave leur capacité d’investissement au Cameroun car la concession définitive de parcelles de terrain (titre foncier, i.e. le vrai titre de propriété) est réservée aux personnes de nationalité camerounaise ; les « étrangers » ne peuvent bénéficier que d’un bail de location (sauf accord du ministère des Domaines, du cadastre et des affaires foncières).


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