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Diaspora au féminin : L’engagement des femmes immigrées

De G à D : Laurence Ndong, Taila Kindi, Cécile Kyenge, Michaëlle Jean, Rokhaya Diallo et Isabelle Kibasa-Maliba © www.laurencendong.com

Dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme, Cécile Kashetu Kyenge, député européenne d’origine congolaise, organisait mercredi, au Parlement européen à Bruxelles, une conférence afin de célébrer les femmes de la diaspora africaine.

Ce 8 mars, l’institution européenne a servi de podium. Présidée par la célèbre auteure réalisatrice Rokhaya Diallo, la conférence donnait la parole à 4 femmes invitées qui ont échangé pendant près de deux heures sur leurs engagements.

Parmi les participants, majoritairement des femmes, on a tout de même pu compter une dizaine d’hommes. Chaque intervenante à aborder son parcours et les challenges rencontrés en tant que femme et immigrée.

Isabelle Kibassa-Maliba : devenir la carte SIM qui permet de communiquer

Isabelle Kibassa-Maliba a ouvert les débats. Conseillère provinciale belge depuis 2012, elle est aussi vice présidente des femmes prévoyantes socialistes à Tubize (Belgique). Elle abat un travail associatif remarquable pour le droit des femmes et la protection des enfants. Arrivée adolescente en Europe, elle a évoqué ses difficultés d’intégration et son entrée en politique. Elle confie avoir eu deux choix devant elle : rester de son côté ou rentrer dans le système ?

A l’aide d’une métaphore sur la carte sim elle explique son choix. « Vous pouvez avoir le plus beau GSM […] si vous n’avez pas de carte sim, vous n’allez pas communiquer. » Elle décide alors de « rentrer dans le système », d’être cette carte SIM, pour échanger, donner et apporter ce qu’elle a. Pour ceux qui s’y connaissent un peu en politique congolaise, le nom de Kibassa-Maliba n’est pas inconnu. Fille de feu Frédéric Kibassa Maliba, ancien ministre des Mines congolais sous Kabila père, la politique elle a baigné dedans.

Elle a invité les femmes à dépasser leurs frustrations et s’imposer.

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Laurence Ndong : l’immigration choisie mais pas comme on l’entend

L’enseignante-chercheur Laurence Ndong, militante gabonaise, a souligné la nécessité pour chaque femme de se battre pour la démocratie en Afrique. L’éloignement n’empêche pas, selon elle, de se rendre active pour son pays. Les femmes de la diaspora peuvent et devraient s’impliquer dans la politique africaine. Elle a au passage taclé sans les citer, ces dirigeants qui s’éternisent au pouvoir et musèlent le peuple.

Le problème de démocratie et l’immigration sont étroitement liés. Elle a notamment déploré une immigration de contrainte. Cette immigration qui n’émane non pas d’un réel désir de l’immigré, mais parce que les conditions de vie au pays sont déplorables. Elle fustige la pensée selon laquelle «Il vaut mieux mourir plein d’espoir en mer que mourir pauvre sans espoir près de sa mère», faisant écho aux nombreux décès en mer de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe par tous les moyens.

Il est donc nécessaire, pour elle, de changer les choses et mettre un terme à la mal gouvernance, principal fléau qui détruit bon nombre de pays africain. L’Afrique est le futur du monde et pourtant le développement est lent.  Elle refuse catégoriquement de regarder l’Afrique comme dans un rétroviseur. Elle appelle les femmes à oeuvrer pour la libération du continent pour que leurs enfants puissent s’épanouir à leurs cotés plutôt que de risquer leur vie dans l’immigration clandestine.

Cécile Kyenge et Michaëlle Jean, un respect mutuel 

L’invitée d’honneur Michaëlle Jean s’est longuement exprimé. Introduite par Cécile Kyenge, la première femme Secrétaire générale de la Francophonie a partagé son expérience et a livré son témoignage.

L’ancienne ministre italienne, a profité de l’occasion pour lui transmettre des recommandations faites au Parlement européen, mais  qui selon elle, concerneraient aussi l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Ses recommandations concernent deux points : la lutte contre l’afrophobie et l’éducation. Concernant l’éducation, les intervenantes ont toute unanimement reconnue qu’il y avait une nécessité d’éduquer. Ecrire ou réécrire l’histoire de l’Afrique, afin de combattre les stéréotypes. Et ôter l’image négative qui colle à la peau des afro-descendants.

Michaëlle Jean a tout d’abord rendu hommage aux femmes, comme Cecile Kyenge, qui se sont battues pour arriver où elles en sont. Aussi, elle a retracé le parcours de cette immigrée devenue ministre dans une Italie où elle a du faire face à un racisme fort. Elle a ensuite eu une pensée pour les exilés. Faisant le parallèle avec sa propre histoire de réfugiée, elle avoue avoir puisé sa force auprès des femmes de son entourage. Celle dont la famille a fuit le régime de Duvalier en Haïti, a exercé des fonctions importantes telles que gouverneure générale du Canada. Elle a donc encouragé chaque femme à ne pas baisser les bras face aux petits esprits.

Michaëlle Jean : ses différentes actions au sein de la Francophonie

Au sein de la Francophonie, elle lutte pour l’autonomisation économique des femmes. Elle leur reconnait le statut d’acteur économique majeur, mais fait le triste constat des inégalités qu’elles subissent. Pour agir dans ce sens, elle a mis en place un programme d’entrepreneuriat, afin de soutenir les différentes initiatives économiques. Le projet connait actuellement un succès dans 12 pays d’Afrique subsaharienne.

En plus, elle a annoncé la récente création d’une entité promotrice de l’égalité homme-femme au sein de l’OIF. Cette entité aura une mission d’accompagnement des états et gouvernement francophones.

Par ailleurs, ce mois de mars a vu le lancement du site internet « Guide des expertes francophones » qui regroupe l’avis de femmes sur diverses thématiques. Selon elle, l’expertise féminin est trop peu exploité. Cet outil se veut donc propulseur des talents féminins.

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Taila Kindi : les femmes n’obtiendront rien sans se battre

Pour clôturer la conférence, le médecin gynécologue Taila Kindi, a rappelé que les femmes, et les jeunes femmes, ne doivent pas attendre qu’on leur serve tout sur un plateau d’argent. Pour avancer, les femmes doivent se lever et combattre. Présidente de l’association Deade, elle a raconté son combat. Arrivée en Italie, et considéré comme n’ayant aucun avenir elle a du se battre pour s’intégrer et devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Si elle n’estime pas avoir une histoire exceptionnelle, elle rappelle que l’engagement des femmes passe aussi par l’éducation. Les femmes ont la charge de l’éducation des Hommes. En effet, elle explique que l’éducation se fait par le canal de la mère. Celle-ci n’inculquera jamais l’inégalité à ses enfants.

S’adressant particulièrement aux jeunes filles, elle les encourage a ne pas rester dans leur coin. La société est remplie d’individus prêts à les mettre de côté. S’auto-exclure n’est pas la solution.

Pour le reste, elle a interpellé Mmes Kyenge et Jean, représentantes du Parlement européen et de l’OIF, sur le respect de la Convention d’Istanbul. Cette convention ratifiée par pas moins de 22 pays, porte sur les violences faites aux femmes. Dans le cadre de sa profession, le Dr Kindi est directement confronté aux victimes. En outre, elle déplore le fait que face à des situations plus que compliquées, certaines femmes n’ai pas la protection prévue par ladite convention.

S’il fallait retenir un mot de ces échanges, ce serait combat. Même si la journée des droits de la femme n’est célébrée qu’une fois dans l’année, la lutte pour ces droits est définitivement un combat de tous les jours. D’autre part, les avancées en la matière dépendent de l’engagement de chaque femme. Mais pas seulement. Dans cette lutte, les hommes ont eux aussi leur place. Le ralentissement des droits des femmes dans certaines régions du monde est l’affaire de tous.

africapostnews.com


Journal UKURI n°81

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