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Burundi : les devises en chute spectaculaire

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Après trois années de récession, l’économie burundaise devrait timidement renouer avec la croissance en 2018. Néanmoins, l’incertitude politique et les sanctions infligées par l’Union Européenne, principal bailleur de fonds du pays, devraient continuer à peser sur l’activité. Pendant que le marché des devises chute de façon spectaculaire à Bujumbura ces derniers jours, un phénomène dont les causes divergent selon les acteurs sur place.

Le taux d’inflation mensuelle chute de 0,4% en mars 2018, un signe précurseur ?

Rien que pour l’année 2018, le taux d’inflation mensuelle est chuté de 0,4% en mars 2018. Cette année qui avait bien commencé pour les consommateurs avec une baisse des prix sur le marché connait aujourd’hui un taux d’inflation en hausse. Selon l’ITEEBU, dans son bulletin d’Indice des prix à la consommation des ménages du 11 Avril 2018, il annonce une légère baisse du taux d’inflation mensuelle de 0,4% contre 1,3% en janvier 2018.  Cette baisse mensuelle de l’Indice des prix à la consommation est une conséquence de la réduction des prix des produits alimentaires qui enregistrent une légère hausse. Pour la période de janvier à mars 2018, l’IPC est passée de 3,1% à 1,8%.

Au mois d’avril, les prix des denrées alimentaires repartent à la hausse. Tous les produits alimentaires connaissent une augmentation qui varie entre 500 et 1000 fbu. Cette hausse est imputable à la diminution de ces produits dans les stocks d’approvisionnement, aux aléas climatiques et surtout à la période de soudure.

Une assiette fiscale excédentaire selon l’Office Burundais des Recettes

Le message est venu directement du président Pierre NKURUNZIZA, lors du discours annuel du 1er mai donnant exemple d’un signe d’une économie en bonne santé, que l’Office Burundais des Recettes (OBR) a récolté au cours des 3 premiers mois de 2018, plus de 212 milliards de francs Bu (soit plus de 121 millions USD) sur 190 milliards (environ 108,5 Millions USD) qui étaient prévus, soit un dépassement de 22 milliards (environ 12,5 Millions USD), un excédent de 12% sur les prévisions.

Depuis 2009, c’est une première fois que l’OBR enregistre de telles performances fiscales. Officiellement,  l’économie est prometteuse pour les prochaines années. Elle sera boostée par l’équilibre énergétique annoncé entre 2019-2020 ; les débuts des 2 nouvelles routes de Soie chinoise en Afrique, les débuts d’une industrie minière burundaise et la stabilité sécuritaire et institutionnelle du Burundi. Et cette situation pourrait durer vu des classements internationaux sur le Burundi. En effet, une étude du Forum économique Mondial classe le Burundi 4ème des économies les plus inclusives en Afrique sub-saharienne après la Tanzanie, le Ghana et le Cameroun – Indice de développement inclusif 2018. Ce qui augmente les espoirs de Bujumbura. 

Des performances prises à court par le taux de croissance faible en Afrique

En effet, pour Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque Mondiale pour la région Afrique, la croissance économique a rebondi en Afrique, mais pas assez rapidement. Le taux de croissance en 2017 était de 2,6% contre 1,5% en 2016. « Certes, il y a reprise de la croissance mais elle n’est pas suffisamment forte pour nous ramener à des taux de croissance qu’on a connus avant l’effondrement des cours des matières premières de 2014. De plus, elle n’est pas suffisante pour éradiquer la pauvreté dans un horizon proche », estime M. Zeufack.

Selon toujours Zeufack, cette croissance est résorbée par la pression démographique. La région enregistre un taux de croissance de la population de 2,7%, soit un écart de 0,4% par rapport à la croissance économique. Les pays africains doivent intensifier et approfondir les réformes macroéconomiques et structurelles pour parvenir à des niveaux de croissance élevés et soutenus.

Des contextes asymétriques qui ne justifient pas la chute actuelle des devises selon les acteurs

Bien que l’Office burundais de recettes estime que l’assiette fiscale du premier trimestre de l’année a été maximale, les données sur l’évolution de la croissance au Burundi qualifient de ‘’fragile’’ l’économie globale.

Depuis 2012, le Burundi a connu une croissance médiocre : -3,9% en 2015, -0,6% en 2016, et 0,5% en 2017.  Théoriquement, cette situation renforce la hausse des devises et contraignent le pays dans une situation d’une économie déficitaire.

Malgré une probable hausse de production du café et du thé, la valeur des exportations devrait souffrir d’une évolution peu favorable des cours de ces deux denrées. Le franc burundais devrait aussi continuer à se déprécier. Déjà fragilisée par les faibles revenus, la dépendance à l’aide internationale et la faible base des exportations avant la crise politique, la dette est d’autant plus exposée à un risque de surendettement. Finançant son déficit extérieur et une partie de son déficit budgétaire par l’endettement, le Burundi voit ses ratios de la dette publique se dégrader. La dette domestique, contractée essentiellement auprès de la Banque Centrale, augmente notamment très rapidement et compte désormais pour plus de 65 % de l’encours total de la dette, alors qu’elle représentait encore moins de 50 % fin 2013.

Cette situation n’arrange pas aussi la chute des devises. Mais, Il y a une semaine qu’on assiste à la chute vertigineuse des devises, et les raisons divergent sur la cause de ce phénomène. Selon les banques commerciales :’’Cette chute de devises est liée plus à la décision de la BRB de libéraliser les services de transfert de monnaie étrangère. Maintenant, les transactions faites à Bujumbura se font en monnaie étrangère et se reçoit en monnaie étrangère. Ce qui a augmenté le flux des devises et leur disponibilité sur le marché’’

Cette explication ne convainc pas pourtant les commerçants. Un commerçant qui œuvre au centre ville de Bujumbura estime que « cette chute de devises est due à l’arrêt des activités d’import-export. Selon lui, le commerce est au point mort. La plupart des commerçants transfrontaliers sont allés s’approvisionner surtout au cours des fêtes de noël et de nouvel an. Et jusqu’aujourd’hui, nos stocks sont pleins. Alors, personne ne sollicite plus les dollars car personne ne vient acheter. Nous n’avons pas la monnaie locale en échange des devises car nos produits ne sont pas vraiment vendus comme il faut.

Nous croyons d’ailleurs que la Banque Centrale a confisqué la monnaie locale car ce phénomène de manque de monnaie locale ne se comprends pas’’, a-t-il conclu.

Cependant, il est clair que les explications données à ce phénomène ne convergent pas en réalité. Apparemment, tous devraient s’adapter au contexte du moment quel que soit le prix à payer car la macro-économie semble jouer en faveur des incertitudes.

Et en  l’absence des aides internationales, les déséquilibres subsisteront

Pourtant, la pression sur les comptes publics devrait persister en 2018 et la mobilisation des recettes devraient rester faible. Les revenus fiscaux se maintiennent seulement grâce à des taxes qui asphyxient le pouvoir d’achat des ménages burundais, tandis que la collecte des recettes non-fiscales, amputées des dons, devrait rester médiocre. Le Burundi étant privé du soutien des bailleurs de fonds internationaux, qui sert essentiellement au financement des infrastructures, les dépenses en capital demeureront modiques. Ainsi, ce sont les dépenses courantes qui continueront à peser sur la balance globale.

Steve Baragafise 


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