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Burundi : le Conseil de sécurité des NU est prié d’agir pour le retrait des groupes armés burundais sur le territoire congolais

Cette demande a été formulée par les acteurs de la société civile et les sages des mutualités locales d’Uvira, une ville frontalière du Burundi. En effet, ces acteurs estiment que seul le Conseil de sécurité des Nations-Unies peuvent agir pour que tous les groupes armés burundais et rwandais quittent la RDC.

« Nous avons été tellement francs en demandant une réunion, une session extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies pour statuer sur la question des groupes armés étrangers chez nous en RDC. Nous demandons dans le bref délai, que ces groupes armés puissent quitter de chez nous et rentrer chez eux », a déclaré, ce 30 janvier, le porte-parole de la société civile d’Uvira, Serge Mutambala à la Radio Okapi.

Cette requête a été adressée à une délégation du Conseil de sécurité des Nations unies en mission à Uvira.  En guise de réponse, cette délégation indique que toutes les résolutions des Nations-Unies sur ce sujet ont été suffisamment claires.

« Le mandat de la MONUSCO l’autorise à protéger les populations civiles et à combattre ces groupes armés. Elle a le mandat d’aider les autorités congolaises pour arriver à réduire ces groupes », a répondu le chef de la délégation onusienne, Quentin Teisseire.

Cette demande a été également matérialisée par un document de plaidoirie qui a été signée par l’ensemble de ces acteurs.

«Ces acteurs sont revenus sur les affrontements de l’année passée entre les rebelles burundais et rwandais aux cotés des groupes armés locaux dans le groupement de Bijombo ainsi que sur les combats récents des rebelles burundais contre l’armée burundaise dans les hauts plateaux de Mulenge, Murambi, Kabere et Kiryama », martèle la radio Okapi.

 Toutefois, en juin 2018, près de 500 leaders sociaux et politiques du territoire d’Uvira en province du Sud-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo, s’étaient réunis sous l’égide du Président de la Société civile du Sud Kivu et Président du cadre de concertation de la Société civile, Me Patient Bashombe pour s’insurger contre toute démarche de guerre en RDC.

« Nous nous insurgeons contre toute idée ou action d’une nouvelle guerre que l’on voudra imposer encore à notre population déjà meurtrie par des guerres successives,  sous quel prétexte soit-il. Nous sommes en train de mener un plaidoyer, comme société civile, pour qu’il y ait respect de notre constitution et des élections apaisées qui vont conduire le pays à une alternance pacifique et civilisée », a indiqué Me Patient Bashombe.

Pour lui, aucune raison ne ferait appel à une guerre aujourd’hui en RDC. « Pour rien au monde,  notre population ne peut plus accepter une nouvelle guerre. C’est le credo de toutes ces forces sociales et politiques réunies à Uvira », conclut le président de la Société civile du Sud-Kivu.

Des affrontements de plus en plus récurrents avec la FDN ?  

Mais pourquoi ces affrontements avec la FDN deviennent de plus en plus récurrents ? Jules Ndabemeye, politologue, nous en explique :  

«Les facteurs politiques sont la seule base d’explication de ces affrontements. Ils sont justifiés par le déficit de légitimité du pouvoir issu des élections contestées de 2015. Quand le parti au pouvoir a décidé de faire cavalier seul, cette situation a créé une situation évolutive de disparition des compromis sociopolitiques, des querelles des chefs pour l’accès au pouvoir et de décomposition de citoyenneté où des groupes politiques se sentent définitivement exclus. Cela a été amplifié par le fait que le gouvernement a mis en place des réformes (comme le code électoral, la nouvelle constitution du 7 juin 2018) excluantes fondées sur le principe de souveraineté acquise au prix de la victoire militaire. C’est en partie une forme de radicalité, ce qui bloque toute issue à un compromis politique. Pour moi, ces affrontements seront plus présents que le système d’accaparement des richesses qui viennent de l’Etat par une petite oligarchie du pouvoir ne donne pas également lieu à la distribution, contrôle et sanction », indique le politologue Jules Ndabemeye.

Pour lui, ce terreau d’exclusion, de pauvreté et de frustrations alimente également un désespoir et fait bouger les consciences vers la nécessité de survie et renforce l’incertitude politique de la part des décideurs. 

«Ces affrontements sont pris alors comme une finalité politique pour soit accéder au pouvoir ou le conserver. Le risque de conflit ouvert est de plus en plus évident car, dans ces affrontements, l’Etat s’appuie également sur des factions. C’est aussi le temps où l’Etat perd sa stature d’un Etat international. C’est aussi la perte de monopole de la violence légitime, donc la fin de l’Etat.  Dans ces conditions, l’Etat n’aura pas de contrôle des lois et des règles par le monopole de la violence légitime. Il sera par conséquent  de moins en moins institutionnalisé, extraverti, in finish affaibli. Les référents identitaires qu’il a favorisés depuis le début de cette crise vont de plus en plus renforcer les logiques de fractionnement de la société burundaise ; et partant des institutions régaliennes comme l’Armée, d’où la logique de survie qui oblige la militarisation d’une/ou des parties la société», ajoute le politologue Jules Ndabemeye.

Pour le politologue, au-delà de tout, ces affrontements traduisent la défaillance de contrat social qui avait été consacré  par les Accords d’Arusha. Quid de solutions ? Il propose ce qui peut être une solution.

« Le mécanisme d’avoir des médiateurs extérieurs est déjà limité. Il y a aussi absence de médiateurs internes nécessaires pour assurer la confiance. Le rendez-vous est plus qu’au dialogue politique sincère entre les protagonistes concernés sous l’égide de grandes institutions internationales comme l’Union Africaine ou les Nations-Unies», conclut-il.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°151

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