Lire nos articles en différentes langues ici

Burundi: le Burundi dans le top 10 des pays africains les plus corrompus

Une enquête de Transparency International révèle des résultats accablants. Le phénomène de la corruption devient de plus en plus inquiétant. Le Burundi a reculé de 13 places en matière de lutte contre la corruption, comme l’indique le rapport d’une enquête menée par Transparency International et publié ce mardi, 29 janvier 2019. Alors qu’il occupait la 157ème place en 2017, le Burundi occupe aujourd’hui le 170e rang, figurant ainsi parmi les pays les plus corrompus de la planète.

« Le Burundi a perdu 5 points, passant de 22 en 2017 à 17 en 2018. A l’exemption du Rwanda, les autres pays de l’Est ne s’en tirent pas mieux. Pour la septième année consécutive, la Somalie et le Soudan du sud, ravagés tous les deux par des années de conflit, restent les pays les plus corrompus du monde où ils ont respectivement 10 et 13 points », indique le rapport.

Transparency International relève aussi les facteurs qui sont à la base de ce phénomène de corruption grandissante.

« Les lois ne sont pas souvent appliquées et les institutions disposent de peu de ressources et ne sont pas en mesure de traiter les plaintes de corruption », ajoute l’enquête.

Cette organisation indique aussi que l’absence des droits politiques comme une presse limitée et les règles de droit faibles font que la corruption progresse à un niveau très inquiétant.

Le top 10 des pays africains les plus corrompus est composé de la Somalie (10 points), du Soudan du Sud (13), du Soudan, Guinée Bissau et la Guinée Equatoriale (16), la Libye et le Burundi (17) et enfin le Congo, le Tchad et l’Angola avec 19 points.

Toutefois, des pays comme le Rwanda, l’Ouganda a conservé les mêmes positions en matière de lutte contre la corruption.

« Le Rwanda a conservé sa position de 48è place, avec 56 points. Il est le pays le moins corrompu d’Afrique orientale et le quatrième en Afrique après les Seychelles, le Botswana et le Cap-Vert. La Tanzanie a marqué 36 points en 2017 et en 2018. L’Ouganda n’a pas bougé. Il a gardé ses 26 points. Pour le Burundi, celui-ci a perdu 13 places. Au moment où il occupait la 170ème position en 2017 sur 180 pays documentés, il occupe pour le moment le 157ème rang parmi les pays les plus corrompus au monde. Le Soudan du Sud occupe la 178ème position, la somalie occupe la dernière position, c’est-à-dire à la 180ème place », martèle l’enquête de Transparency International.     

Au Burundi, la corruption a été la cause profonde des différentes tensions politiques entre l’Etat et les citoyens, tout comme elle a sapé les efforts de développement économique, comme l’indique l’étude présentée à l’Institute of Developpent Policy de Belgique par l’ancien vice-président Gervais Rufyikiri en l’an 2016.  

« La grande corruption impliquant le parti au pouvoir et les hautes personnalités politiques et administratives au sommet de l’Etat a profité de la politisation des services publics qui a conduit à la faiblesse et au disfonctionnement des institutions notamment de lutte contre la corruption mettant ainsi en échec la politique de réformes visant la bonne gouvernance en général et la lutte contre la corruption en particulier.

« Il convient donc de considérer la corruption comme facteur majeur de l’instabilité au Burundi et de l’aborder, non pas comme un problème « principal/agent », mais plutôt comme un problème d’action collective » , indique l’étude.

 L’étude propose quelques pistes de solutions pour endiguer le phénomène en question comme la bonne gouvernance, le leadership clairvoyant, etc. Ces propositions sont également formulées par des acteurs locaux comme le PARCEM. D’ailleurs, pour cette association, la corruption prospère dans un système qui permet son éclosion et facilite sa perpétuité ; c’est-à-dire qui crée les conditions favorisant son apparition et diminue les risques de sanction pour « l’auteur » et le « bénéficiaire »

Des pistes de solutions exploitables

Pour lutter contre ce phénomène, les Etats, convaincus de la nécessité d’éloigner ce fléau qu’est la corruption, gagneraient à élaborer une véritable politique anti-corruption, cohérente et systémique comprenant des mesures à prendre ou à améliorer, des cadres à créer ou à renforcer, des actions à initier ou à améliorer. La lutte contre la corruption suppose aussi une impérieuse nécessité d’adopter une réforme efficace de l’administration publique et surtout un renforcement durable des capacités institutionnelles.

 « La politique, à mettre en œuvre, doit partir des causes de la corruption identifiées. La stratégie à mettre en œuvre doit reposer sur des axes tels que : la formation, l’éducation et la sensibilisation du public sur la corruption et les domaines connexes, la prévention et la dissuasion contre les pratiques de corruption, les sanctions ou la répression anti-corruption. La mise en application de ladite stratégie, doit être inclusive et impliquer notamment les  ministères, les forces de l’ordre, la Justice, les administrations locales, la société civile, le secteur privé, et bien entendu, les citoyens eux-mêmes. Si la pauvreté, considérée par certains comme la cause numéro 1 de la corruption, est en cause, l’Etat doit l’appréhender, c’est-à-dire faire en sorte que les conditions de vie de sa population s’améliorent. » propose une étude intitulée « Les crises économiques comme une cause de la corruption » de Mathias Kinezero du Fonds de Microcrédit de Bujumbura.

La lutte contre la corruption, un engagement à l’international

Lors du sommet de Séoul en 2010, les dirigeants du G20 se sont engagés à prendre d’ici la fin de 2012 des mesures pour que les donneurs d’alerte soient protégés, dans le cadre d’un Plan anti-corruption fondé sur des recommandations présentées par l'OCDE. L’absence ou l’inefficacité des mécanismes institutionnels de sanction des auteurs et d’incitation à la dénonciation, les solidarités communautaristes et partisanes contraignent souvent les donneurs d’alerte effectifs et potentiels au silence. Les entreprises et les multinationales doivent embrasser une culture d’intégrité à travers les codes d’Ethique et le Compact Global de, l’ONU.

Devenue aujourd’hui un enjeu global et vital pour les nations, cette lutte est l’affaire de tous, aussi bien des dirigeants que de la population affectée, de la société civile organisée, des médias et de la communauté internationale. La mise en œuvre de méthodes et outils de transparence et de lutte contre la corruption requiert une appropriation nationale forte et la volonté des uns et des autres.

Steve Baragafise


"Burundais des 90's" -Invitation