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Burundi : Pierre Nkurunziza poursuit en justice un juge belge et des journalistes pour diffamation

L’affaire remonte le 13 janvier 2016. Maître Bernard MAINGAIN, de nationalité belge remet à la chaine de télévision française une vidéo qui comporte des images intitulées « Preuve des actes de violence au Burundi».  Ces images contiennent des vidéos de personnes parlant le haoussa, une langue qui n'est parlée ni au Burundi ni dans aucun des pays voisins du pays, selon les allégations formulées par les autorités burundaises à l’ endroit de France 3 et de deux journalistes. Ces images ont vite été commentées par l’écrivain David GAKUNZI « Chaque jour dans tout le pays, on enlève des jeunes, on les torture, on les tue, on les mutile. Cela est fait par des miliciens, des membres du CNR, service national de renseignement, et la garde présidentielle ». France 3 s’excusa dès le lendemain, ce qui ne convainc pas Bujumbura.  Pierre Nkurunziza décide de porter plainte. C’est jeudi le 24 janvier 2019 que le Tribunal correctionnel de Paris a ouvert cette l’affaire.

Qui sont les interpellés ?

En cause, 4 personnes. Il s’agit de Maitre Bernard Maingain, belge, avocat ;  de David Gakunzi, journaliste, écrivain et ancien fonctionnaire international ; Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions et Luc Lagun-Bouchet, journaliste et auteur du reportage. Pierre Nkurunziza les accuse du « délit de diffamation publique envers un particulier » dans un reportage diffusé le 13 janvier 2016 sur France 3 et intitulé « Le Burundi en proie à des violences extrêmes ». Les plaintes qui sont formulées à leur endroit vont dans le sens délibéré d’évoquer « des allégations ou imputations des faits portant atteinte à l’honneur ou à la considération de Pierre Nkurunziza » comme l’indique l’ordonnance de renvoi de devant le tribunal correctionnel, daté du 14 avril 2017.

Après avoir constaté que la vidéo remise à la chaîne de télévision française FRANCE 3 contient le haoussa, Maitre Bernard Maingain avoue son inattention.   Il évoque déjà « des imprécisions liées au traitement urgent de l’information » avant de mentionner que cette vidéo lui avait être transmise par un haut gradé de l’armée. Celui-ci affirmait que cette vidéo avait servi de formation des jeunes Imbonerakure, qui sont des jeunes affiliés au cndd-fdd, le parti au pouvoir.

Un procès dont les enjeux sont aussi importants

Dans cette affaire, à part les deux français poursuivis, les personnes mises en causes sont de grands détracteurs pour Bujumbura. Maitre Bernard Maingain est l’un des défenseurs des Droits de l’homme le plus attitré dans la région des Grands Lacs. Il fait partie aussi des avocats de la CAVIB, une plateforme des avocats qui ont défendent les victimes des violations des Droits de l’Homme observées au Burundi depuis l’an 2015. « Connaisseur de longue date de la région des Grands Lacs et avocat de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, il a collationné au Burundi et en Europe de nombreux témoignages et preuves des crimes contre l’humanité commis par le régime de Nkurunziza ces dernières années»,  fait savoir Jean François Dupaquier, journaliste français, dans son article publié ce mercredi, 23 janvier 2019.  

Pour ce journaliste, « ce collectif a obtenu plus de 1 600 mandats de membres de familles de victimes. Des mandats et témoignages jugés solides par la Cour pénale internationale (CPI) et le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme », de quoi inquiéter Pierre Nkurunziza qui espère que le Tribunal correctionnel de Paris pourra lui servir d’aubaine pour déstabiliser le travail de Maitre Bernard Maingain.

David Gakunzi est aussi un grand détracteur du régime. Ancien fonctionnaire international et connu pour son parcours d’intellectuel engagé, il est à l’origine de nombreuses initiatives dont le Centre international Martin Luther King, la caravane pour la paix en Afrique, l’université africaine de la paix. Actuellement, il dirige le Paris Global Forum. Dans ses interventions, il aime critiquer le pouvoir sur la gestion du pouvoir ; corruption, manque de perspectives, exactions et diverses violations des Droits de l’Homme, etc. Ses prises de décisions sont jugées radicales par Bujumbura et rappelle la communauté internationale à ne pas bercer dans un silence complice.

« Oui, le pouvoir de Bujumbura cogne, mutile, tire, tue... En toutes libertés, en toute impunité. Et je m'interroge : combien de temps encore avant l'apocalypse finale? Et ces milices? Les milices Imbonerakure? Pourquoi ces milices armées et entrainées par le palais? Sommes-nous encore, toujours dans les préparatifs du crime contre l'humanité ou sommes-nous déjà dans le crime contre l'humanité, vicieux, méthodique, silencieux ? », s’interroge David Gakunzi, dans son article intitulé « A qui appartient le Burundi, » publié en juin 2015.

A l’instant, le régime n’a pas voulu commenter sur ce procès intenté contre les quatre personnes mais plusieurs observateurs disent bien qu’il s’agit d’un procès pour déstabiliser ceux qui dénoncent les atteintes aux droits de l’homme au Burundi.

Steve Baragafise

 

 


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