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Burundi : la ligue islamique mondiale contre toute forme de violence

Depuis ce mardi, 15 janvier 2019, il se tient à Bujumbura un atelier à l’endroit des représentants des communautés musulmanes du pays, des confessions religieuses, des représentants des organisations non-gouvernementales, des administratifs locaux ainsi que des hauts cadres du Gouvernement. Cet atelier a été organisé par l’Institution de l’Ombudsman du Burundi en collaboration avec la ligue islamique mondiale sous le thème « La diversité religieuse, ethnique et la coexistence positive » Le Secrétaire Général de la ligue islamique mondiale Sheikh Mohammad Bin Abdoul Karim Al Issa avait également marqué de sa présence cet atelier.

Se ralliant aux préceptes du coran, l’Ombudsman burundais, Edouard Nduwimana a vite exprimé sa gratitude face à la présence du Secrétaire Général de la ligue Islamique mondiale qui,  sa présence marque un bon signe que cette ligue milite toujours pour la paix et la bonne cohabitation entre les peuples.

«Celui qui opprime un citoyen non musulman, qui lui retire ses droits, exige de lui plus qu’il ne peut supporter et qui le contraint à une quelconque concession, je serai le défenseur de cet opprimé le jour du jugement dernier », a indiqué dans cet atelier  Edouard Nduwimana, l’Ombudsman burundais.

Justifiant plutôt sa casquette politique pour exprimer l’intention réelle de ce séminaire, Edouard Nduwimana a ajouté que cet atelier va servir « de réfléchir sur les stratégies à adopter surtout en ce moment où le peuple burundais se prépare aux élections de 2020 ». Ce qui est souvent à la base des violences politiques qui affectent les communautés. 

Si l’Ombudsman estime que le secrétaire général de la ligue Islamique Mondiale est un messager de paix et de bonne cohabitation dont prône l’Eglise Musulmane, il estime toutefois qu’un travail de dialogue inclusif entre les religions demeure une garantie pour la paix et la stabilité politique du pays.

«Le dialogue entre les différentes composantes religieuses, ethniques et politique permettra non seulement de renforcer la coexistence positive, mais également à prévenir et empêcher la naissance des tendances extrémistes, qui sont de nature à détruire les sociétés. La paix et la tolérance sont les grandes valeurs de toute religion qui se traduit par la fraternité humaine, la considération de l’autre et son respect », ajoute l’Ombudsman burundais Edouard Nduwimana.

Ce message a été relayé par le premier vice-président burundais, Gaston Sindimwo dont la présence avait rehaussé cet atelier. Pour lui, «L’Islam est fondamentalement une religion au service de la paix et l’amour du prochain », ajoute Gaston Sindimwo, le premier Vice-Président du Burundi. Gaston Sindimwo a également demandé au Cheikh Sheikh Mohammad Bin Abdoul Karim Al Issa de plaider pour le Burundi auprès du roi saoudien dans ses efforts de développement. 

Une visite qui n’a rien de religieux, estime un observateur

La ligue Islamique Mondiale est une importante institution basée à La Mecque et destinée à la promotion de l’islam dans le monde. Née en Arabie saoudite, un pays majoritairement musulman et très conservateur, il n’est pas étonnant de voir cette ligue être à l’initiative de plusieurs projets interreligieux.

« La présence du secrétaire général dans le pays est semblable à une visite d’un officiel. Vous comprenez que les enjeux de cette visite sont plus importants. D’abord, l’Arabie Saoudite est l’un des pays du Moyen-Orient qui est à la conquête de l’Afrique. Par exemple,  en 2009, un consortium d’entreprises agroalimentaires d’Arabie saoudite avaient  étudié les possibilités pour investir 150 millions de riyals ($40 millions) dans des projets agricoles en Afrique afin d’assurer la sécurité alimentaire du pays. Trois ans plus tard, en 2018, l'Arabie Saoudite a investi une somme de 10 milliards de dollars dans des projets énergétiques en Afrique du Sud, etc., C’est plus évident qu’elle est à la conquête de l’Afrique», commente le politologue Jules Ndabemeye contacté par Imburi Phare.

Ce politologue ajoute que le Burundi fait partie aussi du champ de prédilection des investisseurs saoudiens en Afrique :

« En Afrique, l’Arabie Saoudite investit à travers un organisme public dénommé Fonds Saoudien de Développement Industriel, le SIDF. Celui-ci octroie des facilités financières pour ces sociétés qui investissent à l’étranger. Les domaines d’investissement sont largement constitues du domaine agricole pour que le royaume arrive à satisfaire en besoins alimentaires sa population. Les cultures privilégiées sont largement constituées de l’orge, le maïs, le soja, le riz et le sucre. Vous savez que le Burundi est l’un des pays de l’Est qui peut arriver à une production commerciale de sucre excédentaire si une fois il arrive a restructure cette filière ponctuée de scandales de corruption. Ce petit pays possède aussi des étendues non exploitables qui peuvent séduire le SIDF », ajoute Jules Ndabemeye ; avant de conclure en ces termes :

« Je pense qu’au-delà de cette observation théorique, cette visite s’inscrit aussi dans l’ordre idéologique. Le Burundi est en panne idéologique ; il ne suit ni l’axe libéral ni l’axe socialiste moins l’axe communiste en chute libre depuis les années 1990. Il perd les repères. Etant en conflit ouvert avec ses partenaires techniques et financiers, il cherche désespérément de nouveaux partenaires qui peuvent appuyer le Burundi à travers le nouveau Plan de Développement qui coiffe toutes les politiques nationales au service du peuple. Cette visite est donc un enjeu de taille. Le gouvernement veut que Sheikh Mohammad Bin Abdoul Karim Al Issa lui serve de courroie de transmission auprès du fameux SIDF. Mais, Il semble oublier qu’il s’agit du win-win. Engager le pays dans cette course est plus que jamais risqué. Il s’agit de plaider auprès du SIDF l’enveloppe nécessaire pour la mise en œuvre de ce nouveau Plan de Développement. », conclut le politologue Jules Ndebemeye.

Steve Baragafise


"Burundais des 90's" -Invitation