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Burundi : le pays se dote bientôt d’un marché de capitaux

La Banque Centrale vient d’organiser, ce lundi 5 Novembre, une réunion d’information aux médias de son projet de créer un marché de capitaux au Burundi.

 Selon Arsène Mugenzi, le Chef du service chargé de la régulation du marché des capitaux à la BRB, un projet de loi régissant le marché des capitaux au Burundi est sur la table du Sénat pour adoption.

« Il y a cette possibilité de pouvoir mobiliser les financements, à partir d’un grand nombre d’investisseurs.  Avec le marché des capitaux, un investisseur pourra investir dans plusieurs activités de son choix. Ces agents en besoin de financements, pourront avoir accès aux investissements de plusieurs horizons, mais également à plus long terme », indique Arsène Mugenzi.

Concrètement, le marché des capitaux est un lieu de rencontre entre les détenteurs de capitaux et les agents en besoin de capitaux, estime Arsène Mugenzi.

 « Avec le marché des capitaux, une entreprise peut aisément être détenue par 5 ou 10 mille investisseurs. Lorsque certains membres veulent se désengager de cette entreprise, ils ne s’adressent pas à l’entreprise -mère pour mettre à mal ses financements, mais mettent leur part sur le marché des capitaux », fait savoir Mugenzi.

Ce projet ne fait pas pourtant l’unanimité au sein des acteurs économiques du pays. Contacté par la rédaction, Jean-Paul Irankunda, Analyste en économie de marchés, ce projet est simplement d’ordre symbolique. Le Gouvernement veut tout simplement harmoniser le système économique du pays à celui de la sous-région.

« Ce marché  de capitaux est une option du gouvernement. Mais, il est conditionné par les activités économiques du pays. Le marché de capitaux fonctionne à partir de trois acteurs ; il y a les investisseurs, les acheteurs et les intermédiaires. Parmi ce groupe d’acteurs, l’unique lien qui existe entre eux est la prise de risque. Ce risque dépend de la qualité du marché qui les lie. Donc, si l’activité économique qui rend possible ce lien est morose, il n’y a pas effet immédiat de leur action. Aussi, les agences de notation sont celles qui donnent valeur aux titres de marché. Alors, si le climat d’affaire est morose, comment va-t-il être rentable ? Donc, ce projet est plus d’intérêt symbolique. Il est politiquement orienté. Le gouvernement se conformer au système économique des pays de la sous-région. Le Burundi et le Sud-Soudan sont les seuls pays qui n’ont pas de marché de capitaux dans la sous-region », indique Jean-Paul Iradukunda, analyste en économie de marchés financiers.

 

Cet analyste fait savoir que ce genre de projets est créé dans une dynamique d’économie plus évolutive, rentable et compétitive. Hélas, il trouve que le moment est mal choisi pour penser à ce genre de projet.

« Le Burundi est dans la dépression, l’économie est au rouge. Le PIB est le plus bas, faible alors qu’il est le seul indicateur qui montre comment le climat d’affaire se porte dans le pays. Dans cette situation, les entreprises ne peuvent pas avoir assez de rentabilité qui peut attirer les acheteurs. Ceux-ci ne peuvent pas avoir confiance en ces entreprises  tant  publiques que  privées, car il n y a pas de dividendes. Dans cette logique, le marché de capitaux ne peut pas servir à grand-chose. Aussi, la mise en place d’un environnement légal et réglementaire rigoureux qui défende les droits des investisseurs extérieurs (les actionnaires et les créanciers) est déterminante pour la fourniture de services financiers stimulant la croissance », ajoute Iradukunda.

 

Pour les pays en développement où l’économie locale n’est pas aussi compétitive pour attirer les acheteurs, les marchés des capitaux peuvent servir dans le processus de développement du pays, indique Jean-Paul Iradukunda.

« Les marchés peuvent positivement affecter le développement économique en fournissant des services pour gérer le risque et par l’accroissement de la liquidité, même si moins de capitaux sont empruntés sur ces marchés. De plus, les marchés peuvent compléter les banques locales en offrant des moyens alternatifs de financement des entreprises. Les deux aspects du système financier peuvent agir conjointement durant le processus de développement. Les systèmes de marché et de banques ne pourraient constituer deux systèmes financiers alternatifs entre lesquels il faudrait choisir », conclut l’analyste.

Les marchés de capitaux ont acquis une importance notable dans l’économie mondiale. En outre,  la mondialisation  a considérablement accru les flux de capitaux dans le monde entier. Les marchés financiers se sont massivement développés en quelques décennies.  Ainsi,  de plus en plus d’épargnants optent pour l’épargne vers les marchés boursiers et deviennent actionnaires ou obligataires. Au Burundi, le marché financier étant encore embryonnaire. Mercredi, le 3 Octobre 2018, l’Assemblée nationale a adopté  à l’unanimité le projet de loi régissant le marché des capitaux du Burundi. Il s’agit pour le gouvernement d’une institution qui va garantir la stabilité de l’économie nationale.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°138

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