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Crise burundaise: le 5ème round des négociations prévu du 19 au 24 octobre à Arusha. L'UA appelle toutes les parties à y participer

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Cette annonce a été faite par le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Ce conseil « exhorte toutes les parties prenantes burundaises et les autres acteurs concernés à soutenir et à coopérer pleinement avec le médiateur afin de tenir un dialogue inclusif suivant le renforcement de la démocratie et du respect des droits de l'homme »

Selon le communiqué, « le conseil de sécurité de l’Union Africaine indique avoir pris note de la paix et de la stabilité relatives qui règnent au Burundi et réaffirme, une fois encore, l’attachement de l’UA au respect scrupuleux de la lettre et de l’esprit de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation d’août 2000. À cet égard, le Conseil encourage toutes les parties prenantes au conflit burundais, à préserver les acquis obtenus, depuis la signature de l'Accord d'Arusha et à participer pleinement au cinquième round du dialogue inter-burundais, prévu du 18 au 24 octobre 2018 à Arusha en Tanzanie ».

L’Union africaine, toujours au tournant de la crise burundaise

En effet, depuis que le Burundi est entré dans la crise de 2o15, le pays n’arrive point à se relever politiquement de ses trois années de conflit. Dans cette crise, l’Union Africaine y a véritablement subi un grand camouflet ; échec des tentatives de solutions, persistance d’une situation explosive qui continue de se mettre en place, avec les potentielles répercussions dans une région des Grands Lacs très instable, des positions très radicalisées des protagonistes, etc. Cette situation d’impuissance a d’ailleurs provoqué le terrible aveu d’Idriss Deby, jadis président de l’institution.

« Nous nous réunissons trop souvent, nous parlons toujours trop, nous écrivons toujours beaucoup, mais nous n’agissons pas assez et parfois pas du tout »,  regrette le Tchadien Idriss Deby.  

Tout au long des années 2016 et 2017, le dossier burundais va d’ailleurs exposer au grand jour  les faiblesses et les contradictions de l’Union Africaine,  comme le note  Pascal DE GENDET, du Comité de Rédaction de SIREAS, un ‘’think-thank’’ européen d’Analyses, d’Etudes et de Politique Internationale :

« Jamais l’Union Africaine n’a semblé en position de faire plier Bujumbura.  Pire : les messages envoyés ont été contradictoires.  En octobre 2015, le président de l’Union Africaine a même estimé  que le troisième mandat de Pierre Nkurunziza  n’était pas anticonstitutionnel. Une position en totale opposition avec un rapport d’experts juridiques, commandité par l’UA en 2015, qui avait conclu que ce troisième mandat était bel et bien une entorse à la constitution burundaise et donc aux Accords d’Arusha dont l’Union Africaine est la garante.

On retrouve ici la distorsion qui peut naître de la différence d’approche entre les positions officielles d’une institution et celles, plus personnelles, de ses représentants ».

Un appel qui ne répondrait pas aux défis du moment

Toutefois, pour ce 5ème Round des pourparlers, l’Union africaine appelle désormais tous les tous les acteurs concernés par la crise burundaise à répondre au prochain round des pourparlers dans l’esprit de préserver les Accords d’Arusha. Ce qui pousse l’opinion a bien des doutes.

« Il s’agit d’une formulation vague qui n’oblige en rien le pouvoir burundais à négocier avec le Cnared, la plate-forme regroupant la quasi totalité de l’opposition. Dans cette crise, l’Union-Africaine s’est contentée de chapeauter une série de mécanismes régionaux qui prennent soit la forme d’envois d’observateurs, soit la forme de réunions sur la crise. Mais, elle n’a pas usé ses forces pour exercer un pouvoir coercitif sur Bujumbura. Elle peine toujours à s’engager. Maintenant que le régime brandit le principe de souveraineté et de légitimité populaire, il est de plus en plus difficile de pousser Bujumbura à de véritables négociations avec l’opposition en exil. D’ailleurs, il a élaboré ce qu’il appelle une feuille de route pour les élections de 2020. J’ai bien des doutes que ce 5eme round ne va seulement se focaliser sur ce point et pousser l’opposition en exil à plus de désespoir et de perte de vitesse. Je pense que cette fois-ci l’Union Africaine va jouer la fermeté pour amener le régime a bien saisir le langage de véritables négociations et pouvoir y adhérer », indique le politologue Jules Ndabemeye. 

Le processus fait face à plus de défis liés à la politique régionale et des interventions mal coordonnées de la communauté internationale dans son ensemble. Face à la résistance du gouvernement à s’engager dans un dialogue sérieux avec son opposition sans conditions, une approche cohérant entre et au sein des Nations Unies, l’UA et l’EAC est nécessaire.  Aussi, il y a un besoin urgent d’internationaliser l’équipe de médiation pour la rendre plus crédible et techniquement performante.

« Il est urgent de raviver la médiation internationale en vue de mettre à profit les ressources disponibles dans les différentes organisations, particulièrement celles disponibles dans la Division des politiques et de la médiation du Département des affaires politiques au sein ses Nations-Unies. Les acteurs internationaux sont également cruciaux pour utiliser leur pression à l’égard des parties en conflit en vue d’un processus sérieux et inclusif. La grande conséquence de l’absence d’une vision et d’une approche commune de la communauté internationale dans le processus de résolution de la crise est que la médiation semble avoir échoué à lancer un processus largement inclusif et à amener sur la table des négociations toutes les parties prenantes sans conditions », commente Audace Gatatu, Chercheur à l’Université Notre Dame.

Gaudence Uwineza | IPM Bujumbura


Journal Ukuri n°135

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