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Burundi : les ONGE pourront reprendre leurs activités avant les 3 mois à certaines conditions

Sous pressions étrangères, Bujumbura vient de se rétracter dans sa décision de suspendre les ONG étrangères. Au cours d’une réunion que le ministre de l’Intérieur et de la formation patriotique, Pascal Barandagiye vient de tenir à l’endroit des représentants des organisations non gouvernementales œuvrant sur le territoire burundais, le ministre Barandagiye a annoncé que ces ONG pourront reprendre leurs activités à condition de remplir quatre documents.

Parmi ces documents exigés, il figure une Convention de coopération signée avec le Ministère des Affaires Etrangères, du  Protocole d'exécution de la loi régissant les ONGS  et le Plan National de Développement du Burundi, de l’Acte d'engagement de respecter la réglementation bancaire au Burundi et du  Plan progressif de correction des déséquilibres ethniques avec un délai de trois ans et une évaluation d'exécution d'une année.

Le ministre Barandagiye a fait savoir que toute ONG qui présentera ces documents avant la période de trois mois pourra bien rouvrir ses activités avant la fin de cette période. Il a en outre indiqué que quiconque perturbera les activités des hôpitaux et des écoles détenus par les ONG paiera lui-même les conséquences, allusion faite aux administratifs les plus zélés du pouvoir.

Cette décision semble ne pas surprendre dans la mesure où le gouvernement avait maintes fois tenté d’imposer les ONG de respecter la réglementation bancaire au Burundi, selon le ministre Pascal Barandagiye.

« Il est tout à fait normal que nous allions respecter ces clauses qui, certaines d’entre elles faisaient un moment objet de malentendu avec le gouvernement. Sur celle qui dit qu’on doit respecter les règles de travail bancaire au Burundi, il semble que le pouvoir oublie que les ONG n’ont pas la vocation d’investir. Nous travaillons dans des domaines carrément humanitaires. Donc, les fonds à notre disposition ne sont pas des fonds de fluctuation mais de consommation. Nous aidons les vulnérables. Donc, on ne peut pas s’empêcher d’exécuter cette décision de se référer à la réglementation bancaire en vigueur au pays car notre vocation dépasse de loin celle que nous impose le gouvernement », a fait savoir un des membres du staff d’une ONG humanitaire œuvrant au pays, contacté par la rédaction d’IPM.

« Mais dans les faits, nous serons de plus en plus prudents, d’ailleurs très prudents.  Aussi, Il y a un climat imprévisible qui est né et qui apparemment risque d’être entretenu. Nous croyons qu’il s’agit des exigences honnêtes, que derrière elles, il n’y aura plus d’autres démêlés qui ne sont pas nécessaires, les temps sont vraiment durs pour ce pays. Il y a plus de pauvreté, de manque de perspectives d’avenir évidentes. Notre rôle est vraiment nécessaire dans ce pays », ajoute encore notre source.   

Les conséquences de cette suspension temporaire des ONG commençaient à peser lourd a travers tout le pays.

« Depuis hier, les activités de War Child Hollande ont été suspendues dans les communes de Rumonge et Nyanza-Lac. D'après des employés de l’organisation, les activités en cours comme la réalisation d'écoles, la construction de latrines, les travaux d'adduction d'eau potable ainsi que d'accès aux soins pour les personnes vulnérables sont stoppés. L’ONG collaborait jusqu’ici avec 6 organisations étrangères. Elle emploie 11 personnes », indique le journal en ligne SOS MEDIA. La même situation prévalait aussi au Sud du pays.

« La clinique de KIGUTU a fermé ses portes. L’établissement s'occupe gratuitement des habitants des trois zones de Rumonge et Vyanda. Le projet que porte la clinique contribue aussi à la lutte contre la pauvreté et la malnutrition. Des activités d'éducation étaient en cours de réalisation. Selon une source locale, l’habituel travail de terrain a été interrompu », indique le journal.

La situation de paralysie généralisée des activités des ONG avait été aussi relevée pour les ONG Terre des Hommes et ZOA. En effet,  Terre des Hommes avait pour mission principale le suivi de la restauration d’un centre de rééducation des enfants en Zone Gatete tandis que l’ONG ZOA intervenait dans le domaine agro-pastoral dans les provinces de Cibitoke, Rumonge, Muyinga et Makamba.

Même si ces exigences ont été communiquées, la mise en application reste cependant une problématique surtout celle qui stipule que dans les 3 ans à compter de la date de réception de leur nouvel agrément, se conformer au respect des quotas ethniques en ce qui concerne leur personnel.

« Difficile à mettre en application, comment savoir l'appartenance ethnique des lauréats/candidats à un poste ? Ou va-t-on introduire de nouvelles cartes d’identité mentionnant l'appartenance ethnique du porteur, comme ce fut le cas dans le pays voisin, le Rwanda ? », s’interroge Patrick Njebarikanuye, un internaute.

En ce sens de ne pas céder aux tentations ethnisantes des postes au Burundi, la loi N°1/09du 17/3/2005 portant distinction des fonctions politiques des fonctions techniques, (une loi qui était prévue   par l’accord d’Arusha en son premier Protocole Chapitre II ,article 7 point 10) précise clairement en son Article 5 alinéa 3 que le recrutement pour les postes techniques se conforme uniquement et
exclusivement à la compétence et au mérite. Les fonctions techniques au sein de l’administration ne respectant que les critères de compétence, il s’en dégage que
l’usage des quotas ethniques a été sensiblement limité et qu’il ne saurait s’étendre
aux ONGE étrangères qui sont éminemment apolitiques.

Steve Baragafise | IPM Bujumbura

 


Journal Ukuri n°135

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