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Burundi: le CNS suspend toutes les ONG étrangères pour trois mois

Dans un communiqué diffusé jeudi dernier à la Radiotélévision Nationale, le Conseil National de la Sécurité porte à la connaissance du public que les activités des organisations non gouvernementales sont temporairement suspendues pour une période de trois mois au Burundi pour se conformer à la loi en vigueur au Burundi.

« Après avoir analysé le fonctionnement des ONG œuvrant au Burundi, le CNS a constaté que la plupart d'entre elles ne se conforment ni à la loi, ni au texte qui les régissent. Sur ce, le CNS décide de la suspension temporaire de toutes les activités de ces ONGE pendant une période de trois mois à partir du 1er octobre 2018 », a déclaré Silas Ntigurirwa, le président du Conseil National de la Sécurité, dans le communiqué sanctionnant la réunion du Conseil.

Selon ce Conseil, « cette décision de suspendre les activités des ONG à partir de 1er Octobre a été prise pour permettre aux institutions en charge de ces dernières de vérifier leurs conformités à la loi et au règlement en vigueur. Le redémarrage des activités de ces ONG sera conditionné par la conformité à la nouvelle loi qui régit les ONG au Burundi », a fait savoir NTIGURIRWA.

En effet, des acteurs s’interrogent sur le sens de cette décision tant qu’on sait qu’un bon nombre des ONG relaient le travail du gouvernement dans beaucoup de domaines. Contacté par Imburi Phare Media, Jean-Marie NTAHIMPERA, bloggeur et analyste politique, décrypte le sens de cette décision du CNS. 

« Je pense qu'ils veulent contrôler le travail des ONG et peut-être écarter celles qui, à leur avis, constituent une menace. C'est une erreur de jugement puisque les ONG, à part qu'ils donnent beaucoup de services, emplois aussi beaucoup de gens. Aussi, c'est absurde cette histoire de lois. Toutes les ONG qui opèrent au Burundi sont connues au ministère de l'Intérieur. S'il y en a qui ne respectent pas la loi, pourquoi ne pas les cibler et les punir, au lieu de suspendre toutes les ONG ? C'est une façon d'écarter en douceur les ONG qui leur paraissent suspects et d'étendre le contrôle sur celles qui resteront », ajoute notre source.

Toutefois, en manque criant des devises, une opinion   estime que cette décision du CNS voudrait faire pression sur les ONG pour que les ONG fassent des dépôts financiers au sein de la Banque Centrale et échanger au niveau de taux fixé par la Banque.

« Cette opinion aussi est raisonnable. Je ne sais pas s'ils y parviendront. Cela fait longtemps qu'ils essaient de contrôler ces "dollars" sans succès’’ , indique NTAHIMPERA.  

Sur la question de savoir si l’intention première qui a présidé à cette décision est d’inclure  les quotas ethniques dans les Organisations Non-gouvernementales, Jean- Marie NTAHIMPERA estime que cette décision serait tout simplement synonyme de manque de perspectives d’avenir pour les jeunes chômeurs du pays :

« C'est une politisation qui n'a pas lieu d'être a mon avis. Je ne crois pas que les travailleurs des ONG ou entreprises privées soient concernés  par ces quotas de l'accord d'Arusha. Tout ca montre que notre gouvernement mène des combats d'arrière garde faute d'avoir une politique solide de création d'emplois pour la majorité des jeunes chômeurs. Je trouve populiste et démagogique tout cela », conclut le bloggeur et analyste politique.

Cependant, cette décision semble ne pas inquiéter le personnel des ONG ; et certains d’entre elles expliquent les vrais enjeux qui se trouvent derrière cette décision. Selon un expert qui travaille dans l’une des organisations au Burundi :

« Cette décision peut être interprétée dans deux sens. Le premier est relatif aux Droits de l’Homme. D’emblée, il faut rappeler que le récent rapport de Doudou Diène  a laissée le pouvoir bouche-bée. Il est allé loin jusqu'à pointer du doigt la plus haute personnalité du pays. Après sa publication, le pouvoir a déjà menacé de quitter le Conseil des Droits de l’Homme. Il faudra ajouter le vote de ce Jeudi au Conseil des Droits de l’Homme qui a consacré un vote qui renouvelle pour un période d’une année la commission d’enquête sur le Burundi.  

Donc, la décision de fermer les activités de ces ONG rentre premièrement dans cet ordre. Certaines d’entre elles sont dans le viseur du pouvoir. Prises en bouc-émissaires, elles sont théoriquement reprochées de jouer le rôle de la société civile en exil depuis 2015  en relevant et en communiquant sur toutes les violations des Droits de l’Homme au Burundi.  Donc, le tir doit être changé, le pouvoir veut mettre dans ces ONG un système de contre-pouvoir pour tenter de bloquer toute initiative en ce sens qui sera de nature à ternir l’image du pays. C’est ce qui justifie les réclamations d’adopter le système des quotas dans ces ONG », indique la source.     

Cette idée de quotas est aussi relayée par un autre défi important auquel le pouvoir fait face pour le moment :

« La deuxième raison serait le manque criant des devises. Le pouvoir n’a plus de devises. Le taux de changes sur le marché grimpe de façon spectaculaire. Tétanisé par les dures sanctions de l’Union Européenne, le système d’économie parallèle créée par le pouvoir pour essayer de survivre arrive dans l’impasse. Le pouvoir ne peut maintenant reculer et avancer. Il a besoin des devises. Les ressources qui peuvent sauver sont les fonds des ONG. Donc, cette décision sera une opportunité pour le gouvernement d’imposer ses vues par rapport à cette question. 

La réponse sera négociée. Mais pas dans les meilleurs délais. Tout dépendra des bailleurs. Certains peuvent accepter cette condition, d’autres non. Par exemple, il y a un cas qui est survenu au niveau du Fonds Mondial qui a financé les projets relatifs à la Tuberculose et au paludisme. Il y a presque deux ans, le Fonds Mondial a fait un bras de fer avec le gouvernement sur cette question. A la longue, le Fonds Mondial a fini par céder et a accepté de placer ses fonds au niveau de la Banque Centrale. On ne saura pas donc l’attitude des bailleurs sur cette problématique’’, conclut notre source.

Pour tenter un rapprochement, le ministère prévoit une réunion avec les Représentants des Organisations Internationales ce lundi, 1er Octobre 2018 à l’Hôtel source du Nil. Les points qui sont à l’ordre du jour n’ont pas été indiqués. Cependant, une des ONG qui œuvrent dans le pays, CARE INTERNATIONAL, a déjà communiqué au public qu’elle met fin aux programmes d’activités qu’elle met en œuvre au Burundi suite à la décision du Conseil National de Communication. A l’heure qu’il est, les ONG ont déjà fait des réunions de crise pour gérer les implications de cette décision du CNS tandis que d’autres privilégient la prudence, arguant qu’elles n’ont pas été notifiées de cette décision. D’où elles ne peuvent pas stopper leurs activités d’autant plus que les compétences du CNS restent toujours problématiques pour prendre une telle décision.

En outre, il faut signaler que selon un relevé qui circule sur les réseaux sociaux, plus de 130 ONG seraient concernées. Ces organisations proviennent notamment de 11 pays de l’Union Européenne dont 12 organisations de l’Italie, 15 organisations de la Belgique, 11 organisations des Etats-Unis et 11 organisations de la Hollande.  Au niveau Afrique, le Rwanda vient en tête avec 2 organisations.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°135

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