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Burundi: "un site mémorial du génocide des Hutu de 1972 avant et après" fortement critiqué

 Le collectif des survivants et rescapés du génocide Hutu de 1972, avant et après érige, sous les auspices du pouvoir, un mémorial du Génocide des Hutus d’avant et après 1972.  Ce site se trouve en commune Giheta, province de Gitega.

« Malgré toutes les vicissitudes, nous l’avons fait, nous continuons cette œuvre de briser le silence contre cette horreur. Nous avons définitivement tout ce qu’il faut pour demander que le Génocide contre les Hutus du Burundi soit enfin reconnu par les Nations-Unies. Nous construisons un mémorial afin de sortir les nôtres de l’indignité des fosses communes dans lesquels ils ont été jetés », estime le collectif des survivants et rescapés du génocide Hutu d’avant et après 1972.

Pour ces survivants et rescapés de ce génocide d’avant 1972 et après, « Il s’agit de l’holocauste qui a fauché et fait disparaître de la surface de la terre des centaines de milliers des parents, frères, sœurs, amis et connaissances pour le seul crime d’être des Hutus. Ce génocide a fait également des centaines de milliers de veufs, veuves et orphelins dont la majorité ont sombré dans des traumatismes. »

Présentement, pourquoi faut-il mettre à nu les blessures de l’histoire au moment où elles sont, dans les discours officiels vouées à la disparation ? Telle est la question fondamentale que se pose un grand nombre de personnes alors que les pages de l’histoire non clôturée du pays avaient été réservées à la CVR ?

« Dans le rappel des blessures de l’histoire, comme la construction de ce mémorial, certains y voient un geste d’hostilité à l’encontre de la communauté tutsie, tandis que d’autres diront qu’il ne sert à rien d’évoquer un passé lointain, si tragique soit-il, sinon à compliquer davantage encore les efforts de cohabitation entrepris à Arusha et tant chantés. Il n’y a pas de communauté qui peut honnêtement se dire innocente. Ce que l’histoire commune de ce pays nous révèle,  c’est que les deux communautés partagent la responsabilité des crimes que l’une impute à l’autre. Qu’on le veuille ou non, des Hutu et des Tutsi se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité dans notre pays, mais il est tout aussi vrai que nombre de Hutu et de Tutsi ont aussi donné la preuve de leur commune humanité », estime le politologue Jules NDABEMEYE.   

Pour lui, ce genre de mémorial permet de regarder l’histoire en face, de pouvoir l’écrire, même si elle est révélatrice de problème. Ils aboutissent a la radicalisation des mémoires si vraiment il n y a pas un haut dégrée de sincérité qui précède cette action. 

« Je me pose la question de savoir pourquoi l’aspect d’humanité qui a caractérisé beaucoup de hutu et de tutsi dans des moments aussi cruciaux de l’histoire est présentement oublié ou feint d’être ignoré ? Si l’intention de rapprocher les mémoires brisées n’est pas prise en compte au premier degré, le risque qui existe est l’apparition de mémoire communautarisée où chacun regarde l’histoire de ce pays à travers son vécu, son appartenance familiale. Ce regard particularisé ne permet pas le métissage des mémoires pour éviter que l’histoire ne se rejoue. Il permet plutôt un retour problématique où se répète le cloisonnement des mémoires où chacun vient disputer une date, un lieu de commémoration’, donc le retour a la case départ », fait savoir Jules NDABEMEYE.

Pour le Professeur Evariste NGAYIMPENDA, il faut éviter la mémoire sélective et celle qui consiste à niveler les crimes pour des raisons partisanes.

« Les conflits du mémoire part de la maitrise de l’événementiel. Les événements historiques peuvent être interprétés et analysés différemment. Ce qui pose problème, c’est l’espace d’antagonisme de mémoire sur les faits », estime-t-il.             

En effet, la construction de ce site Mémorial des victimes du génocide de 1972 n’apporte pas une valeur ajoutée au travail de réconciliation amorcé depuis les accords d’Arusha de 2000.

« Comment parler de réconciliation si la construction des sites mémoriaux consiste à rappeler à certains que les autres ont tué les leurs ? C’est maintenir les uns dans une position de culpabilité éternelle, ce n’est pas seulement raviver la haine chez les autres, c’est ne pas permettre à leurs plaies de se cicatriser. La haine grandissante d’un côté, de l’autre la peur permanente. Certes, le moment de restituer leurs mémoires  aux communautés hutu et tutsi a été consacrée depuis l’an 2000 par la signature des Accords d’Arusha, une mémoire ni sélective ni vengeresse, mais d’une mémoire « métisse » qui maintienne vivante la commune humanité des uns et des autres, et ceci pour mieux les libérer du cancer de l’ethnisme et du fantasme, en un mot pour faciliter le travail de conscience qui s’impose à tout un chacun. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, qu’un nouveau Burundi pourra renaître des cendres de son passé.  En dehors de cette logique, cette phase de rappel de mémoire blessée n’a autres visées que de calculs politiques qui répondent à la volonté d’asseoir la légitimité d’un régime en quête de pouvoir pour les élections de 2020 dont la majorité des électeurs est de l’ethnie hutu. Il s’agirait alors d’un message de solidarité par destin, qu’ils sont sommés d’agir autant par la force des circonstances et la nature des défis qui les hantent », conclut le politologue.  

Gaudence Uwineza  

 

 

 


Journal Ukuri n°135

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