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Burundi : Promouvoir les énergies durables pour faire face à la vaste déforestation

Au Burundi, le bois sert à couvrir 100 % des besoins en énergie domestique rurale, et occupe 95 % de la balance énergétique nationale. Si le citoyen burundais s'inquiète aujourd'hui à propos de la viabilité de sa situation socio-économique, il doit aussi reconnaître le caractère fragile de l'environnement d'où il tire les ressources naturelles dont il a constamment besoin. Il doit aussi comprendre qu'il est impérieux d'assurer une gestion rationnelle des potentialités biologiques disponibles notamment du secteur forestier, en vue du développement socio-économique du pays.

Peu à peu, l’Etat s’est rendu compte que la protection des forêts est plus qu’une urgence

Depuis l'époque coloniale, les pouvoirs successifs ont pris conscience de la dégradation accélérée des forêts naturelles. Mais, c'est avec le décret-loi n°1/6 du 3 mars 1980 portant création des parcs nationaux et des réserves naturelles au Burundi que les lambeaux qui restaient ont été légalement reconnus comme parcs ou réserves naturelles.

 A ce titre, ce décret a permis de démarrer les activités de création des aires protégées sous l'autorité de l'INECN, l'organe de création et en même temps gestionnaire des aires protégées du Burundi. Tel fût le cas pour la forêt de la Kibira. Là-bas, les ressources forestières sont diversifiées : forêts naturelles, les plantations, les arbres hors forêts.

Ainsi, les forêts naturelles du Burundi comptent 17 aires protégées ayant une superficie d'environ 166.662,85 ha soit 5,9% du total du pays. Actuellement, les ressources naturelles de cette aire protégée sont menacées de dégradation par des activités anthropiques de destruction ou de surexploitation, qui risquent d'entraîner la disparition imminente de beaucoup d'espèces fauniques et floristiques qui la peuplent.

Actuellement, le risque de déforestation complète du pays est alarmant.

Le Burundi dépend à 95 pour cent du bois pour le chauffage et la cuisson. Cela signifie que chaque année 64 km² de forêt partent en fumée.  À ce rythme, le pays sera complètement déforesté d’ici 30 ans !

« Les villes du Burundi déciment chaque jour 100 ha de boisement. La ville de Bujumbura consomme à elle seule 600 tonnes de charbon de bois par jour », affirme Ephraïm Ndayishima, Président de la société Burundi Quality Stoves.

Pour le chercheur François Bangirinama, « la consommation de charbon de bois pour la population urbaine s’élève à 104 718 tonnes pour la ville de Gitega et la Mairie de Bujumbura. Ce qui entraîne une perte annuelle de 3 505 à 4 673 ha de couvert forestier, soit annuellement entre 5 236 et 6 980 ha si l’on extrapole ces chiffres à l’ensemble de la population urbaine du Burundi. À ce rythme, le couvert forestier du Burundi, estimé à 171 625 ha, pourrait disparaître dans 25 à 33 ans »

Dans l’hypothèse où cette quantité de charbon provient uniquement de l’eucalyptus (arbre le plus employé pour la carbonisation au moins à 96% selon les enquêtes) et en considérant que la productivité de cette dernière est de 15 à 20 tonnes de charbon par hectare, cette quantité de charbon proviendrait de la coupe annuelle d’une superficie de 3 505 à 4 673 ha. La consommation de charbon de bois de toutes les villes des chefs-lieux des provinces entraînerait ainsi une perte annuelle d’une superficie de 5 236 à 6 981 ha.

Le risque est néanmoins connu des décideurs politiques. En effet, selon le secrétariat permanent du ministère de l’hydraulique, des Energies et des Mines, « la surexploitation de la biomasse risque de conduire à court terme à une déforestation catastrophique suite au déboisement intensif, expansif et incontrôlé et à la destruction généralisée et systématique des réserves naturelles ». D’où le gouvernement burundais cherche d'autres sources de substitution pour remplacer le bois de chauffe et faire l'économie d'énergie consommée par l'utilisation des biocarburants, des briquettes issues des déchets ménagers, du biogaz, des foyers améliorés à argile.

Des solutions alternatives sont possibles malgré la taille du défi à relever.

La première solution qui est proposée est la promotion des énergies renouvelables par le gouvernement à travers tout le pays.

« L’État seul a les moyens de pousser son avantage là où nous ne pouvons aller. À titre d’exemple, l’État finance des institutions qui consomment beaucoup de bois, comme les écoles, la police, l’armée, etc. Il peut donc les sensibiliser à l’utilisation de combustibles de substitution et de foyers améliorés », estime le président de Burundi Quality Stoves.

Cet homme d’affaires croit en cette alternative d’autant plus qu’il a été témoin des changements induits de la promotion des énergies renouvelables : « La distribution de briquettes recyclées à l’armée depuis 2006 a permis de protéger 2000 ha de forêt. Cette année de 2018, nous avons entamé la distribution mensuelle de 400 tonnes de nos briquettes à 6000 ménages vivant dans les camps de réfugiés. Au bout d’une année, nous aurons permis de protéger de 200 à 300 ha en évitant que les réfugiés n’utilisent le bois », ajoute Ndayishima.

Pour faire face aux problèmes liés à l’utilisation du charbon de bois, le gouvernement du Burundi en collaboration avec d’autres partenaires dans le domaine de l’énergie et l’environnement vulgarisent actuellement des techniques d’utilisation des briquettes combustibles, des fours solaires, du biogaz, des foyers améliorés, etc.

Steve Baragafise


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