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Burundi : Polémique sur la préparation des élections de 2020

Une réunion politique rassemble ce vendredi à Kayanza, au nord du pays, les partis politiques reconnus par le pouvoir pour tracer la feuille de route pour les élections de 2020. Mais le climat entre les différents acteurs politiques reste délétère. La coalition AMIZERO Y’ABARUNDI boycotte les consultations de Kayanza. Ce qui hypothèque certainement l’issue des conclusions. 

Des élections qui font craindre le statu quo

La légitimité même des élections de 2020 devrait rester un débat ouvert plutôt que dirigiste. Elle doit aussi répondre aux attentes légitimes de la population burundaise. Eu égard aux controverses que ce sujet suscite, la feuille de route qui est sur l’agenda de ces consultations reste la clé de voûte des prochaines échéances électorales de 2020.

L’on sait par ailleurs que le bureau du co-facilitateur dans les pourparlers vient d'annoncer une intention de la médiation de convoquer un nouveau ''nième'' round de négociation dont l'un des points à l'ordre du jour serait de tracer la feuille de route pour les élections de 2020.

Des observateurs se posent la question de savoir pourquoi Bujumbura veut anticiper la médiation tant que la question de la feuille de route exige un maximum de consensus des parties en conflit. Une question assez légitime dans la mesure où la coalition Amizero y’Abarundi boycotte ces présentes consultations.

« L’organisation de la rencontre de Kayanza n’a autre objectif que celui d’empêcher la session de clôture du dialogue externe ». Telle est la déclaration d’Evariste Ngayimpenda, vice-président de la coalition Amizero y’Abarundi.

Pour lui, c’est plutôt la tenue des élections transparentes, crédibles et apaisées qui devraient attirer l’attention de tout le monde. L’organisation de ces élections ne fait pas unanimité au sein de la classe politique burundaise. Cette dernière reste même divisée sur les modalités de contribution pour la tenue de ces élections et leur issue positive car les grands challengers étant toujours en exil. 

Des consultations seraient menées avec le Bureau du facilitateur Benjamin Mkapa en vue de la tenue d’une nouvelle et dernière session du dialogue inter-burundais.

Si enfin il aura lieu, le 5ème round de ces pourparlers devrait  entrer dans la logique de la 4ème session des pourparlers inter burundais organisée du 27 novembre au 8 décembre 2017 par la médiation dans le conflit burundais.  Un brin d’espoir pointe à l’horizon. Des observateurs se disent confiants de l’issue de ces pourparlers.

« Il y a des raisons de croire que, cette fois, le dialogue a des chances d’avancer. La première raison est la décision du président Pierre Nkurunziza de ne plus se représenter pour un quatrième mandat en 2020. C’est lui que l’opposition tenait pour principal obstacle, et maintenant le fait qu’il ne va plus briguer le pouvoir pourrait amener ses adversaires à être plus conciliants. Le président sortant pourrait aussi vouloir créer une autre surprise et se fabriquer pour la postérité l’image de celui qui a remis le Burundi sur les bonnes bases », estime Jean-Marie Ntahimpera, journaliste et écrivain.

Sur l’agenda du 4eme round, il figurait aussi les points sensibles comme (i) la situation sécuritaire et engagement à mettre fin à toutes les formes de violences, (ii) l’Etat de droit et lutte contre l'impunité, (iii) le Statut de l'accord d'Arusha et de la Constitution: bases de la paix et de la réconciliation, (iv) le Renforcement de l'espace démocratique au Burundi: libertés publiques-espace politique verrouillé, (v) les Questions des droits de l'homme et humanitaires: cas de la commission pour la vérité et la réconciliation (CVR) et des réfugiés.  Un gouvernement d’union nationale était aussi l’une des options sur lesquels les invités devraient se prononcer. Ces exigences riment avec la formation d’un gouvernement de l’unité nationale qui reste le plus grand des points compliqués de l’agenda car il implique directement le partage de pouvoir, selon toujours l’écrivain Jean-Marie Ntahimpera.  

« Cette exigence de la formation d’un gouvernement de l’unité nationale est aussi difficile parce que le pouvoir n’y cédera pas facilement, lui qui prétend être élu et avoir la légitimité populaire.  Mais elle est difficile aussi parce que le CNARED, la plateforme de l’opposition en exil, devra convaincre sa partie la plus radicale de la nécessité d’une telle exigence. En effet, une partie de l’opposition ne comprend et ne comprendra pas que le CNARED veuille « partager le gâteau » avec le pouvoir qui l’a persécutée. D’où l’opposition aura deux choix ; celui de laisser Nkurunziza terminer son mandat, et en revanche, au lieu des élections, pouvoir et opposition s’entendront sur un gouvernement de transition en 2020. C’est une position que les uns et les autres pourront peut-être accepter », ajoute l’écrivain.

Un gouvernement de transition sera bien sûr bénéfique aux opposants, mais il permettra aussi aux « hommes forts » du parti au pouvoir de se positionner pour la succession de Nkurunziza sans être dans son ombre 

Malgré cet optimisme dans le travail de la médiation pour le 5eme round des pourparlers ne rassure pas assez

Il s’agit d’une réalité conclue à partir de l’expérience tirée des pourparlers tenus depuis l’an 2016. En effet, Le 5e round doit entrer dans la logique de la 4eme session organisés du 27 novembre au 8 décembre 2017. 

Benjamin William M'Kapa, avait, au début de ces pourparlers, espéré qu’il allait enfin aligner tous les vrais protagonistes du conflit burundais autour d’une même table. Le médiateur n’avait pas pour autant eu la tâche facile car une grande partie de l’opposition en exil avait récusé sa médiation.  Au moment où l’on parle de la tenue du 5eme round des pourparlers, la crise bat son plein fouet ; le climat de confiance entre les acteurs reste très bas, le pouvoir clame toujours sa légitimité et se sert déjà de deux constitutions, l’économie est moribonde, la sous-région peine à s’entendre sur l’issue de la crise burundaise. Bref, les indicateurs sont au rouge.

« Vu la dureté des questions qui seront discutées, il ne faut pas s’attendre à ce que le dialogue qui va reprendre aboutisse à des résultats dans un avenir très proche. Le processus pourrait prendre encore des années », estime un observateur.

Justin  Niyonizigiye

 


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